L'émotion, moteur du jeu de l'équipe de France

Il aura suffi de onze minutes à l’équipe de France pour se mettre tout le pays dans la poche. Fini les débats sur Karim Benzema, Olivier Giroud ou le style de jeu affiché par les hommes de Didier Deschamps. En éliminant avec la manière l’Argentine de Messi, Di Maria, Aguero et consorts, puis l'Uruguay, les coéquipiers de l’infatigable N’Golo Kanté ont balayé tous les doutes d’un extérieur du pied de Benjamin Pavard.

Par Thomas Flenet
Photo AFP

1er juin 2018

Les émotions, voilà pourquoi tant de gens sont passionnés par le football, ce sport où « des millionnaires courent derrière un ballon », comme dirait Anne-Sophie Lapix. Voilà pourquoi tant de gens regardent semaine après semaine Marco Verratti contester les décisions arbitrales, s’enthousiasment pour un crochet de Messi, une passe de Modric ou encore un simple but de genou lors d’un Metz – Strasbourg le samedi à 20h. Tous ces choses qui font que saison après saison, des gens continuent de pleurer de joie ou de tristesse avec les résultats de leur équipe. Alors oui, pour les non-initiés ça peut paraître bizarre de râler devant un match de foot, de pleurer lorsque sont équipe perd le match le plus important de sa saison, d’avoir du mal à dormir un soir de mars lorsqu’une remontada a lieu et d’en faire encore aujourd’hui quelques cauchemars, de revoir parfois le poteau de Gignac lors de la finale de l’euro 2016 et penser à la célèbre phrase d’Al Pacino dans l’Enfer du Dimanche : « tout est une histoire de centimètres » mais c’est le lot de tout passionné de football. La tristesse va de pair avec la joie intense indescriptible comme celle qui a envahie tout supporter parisien un soir de mai 2008 lorsque Amara Diané sauve le PSG lors de la dernière journée du championnat. Voilà pourquoi nous aimons tant ce sport, parce qu’il nous donne des frissons et des émotions dont il a le secret.

Frissons devant les Bleus
 

Aujourd’hui, beaucoup découvrent avec l’équipe de France pourquoi nous aimons tant le football et le pays entier se prend à rêver d’émotions encore plus fortes. Ce samedi 30 juin, beaucoup de supporters français ne savaient pas quoi penser de cette équipe de France sur le papier si talentueuse mais qui ne dominait pas ses adversaires de manière outrageuse. L’Argentine apparaissait donc comme un test pour les Bleus. Après un début de match réussi ponctué par un but sur penalty de Griezmann, tout semblait bien se présenter pour les joueurs de Didier Deschamps avant que Di Maria ne crucifie Lloris d’une de ses frappes enroulées dont il a le secret, faisant voler en éclat la sérénité française. Au retour des vestiaires, un but plein de réussite des Argentins a mis le doute dans l’esprit de tous les Français. La suite, vous la connaissez, onze minutes de folie entre la magnifique volée de Benjamin Pavard et le deuxième but de Kylian Mbappé, tout un pays qui chavire pour cette bande de jeunes en quête du toit du monde. Cette victoire c’est comme un pied de nez de cette équipe à tous ceux qui ne croyaient pas en eux, cette bande emmenée comme un symbole par un Paul Pogba irréprochable depuis le début de la compétition, lui qui a été tant décrié pour ses performances en Equipe de France.

C’était maintenant à l’Uruguay et sa défense de fer de se présenter sur la route des Bleus. Effacer l’échec du Maracana il y a quatre ans, tel était l’objectif des joueurs français ce 6 juillet après-midi. Comme un symbole, c’est Raphael Varane qui ouvre le score d’un magnifique coup de tête, lui qui s’était fait battre au duel par Mats Hummels il y a quatre ans. Ensuite, Lloris sort une parade énorme pour empêcher Caceres d’égaliser pour l’Uruguay, montrant ainsi qu’il est toujours décisif en bleu, nonobstant ses détracteurs. Enfin, Griezmann parachève le succès français, lui dont les larmes avaient ému la France entière il y a quatre ans. Voilà la France en demi-finale pour la cinquième fois de son histoire après 1982, 1986, 1998 et 2006. Cette fois ça sera face au voisin belge emmené par Eden Hazard qui s’apprête à découvrir la difficulté de joué contre son coéquipier à Chelsea N’Golo Kanté.


Peuple debout
 

En 1998, l’élan populaire avait eu lieu après la victoire de l’équipe de France aux tirs au but contre nos voisins transalpins. Sortir l’Italie de Maldini, Del Pierro, Nesta et Baggio, finaliste de la précédente édition aux Etats-Unis, relevait quasiment de l’exploit. En 2006, le célèbre « Vas-y mon petit » de Thierry Gilardi, symbole de la victoire de la France face à l’Espagne et le succès face au Brésil de Ronaldo et Ronaldinho en quart de finale avaient symbolisé l’élan populaire qui avait suivi la France jusqu’en finale. Aujourd’hui en 2018, c’est cette victoire face à l’Argentine qui aura lancé cette passion indispensable à la victoire finale. Pour la demi-finale, une fan zone ouvrira ses portes sur le parvis de l’hôtel de ville de Paris pour permettre aux supporters français de rêver plus grand une nouvelle fois vingt ans après. Pour que la jeune génération puisse, à son tour, mourir tranquille, comme dirait feu Thierry Rolland.