En Irak, l’Etat Islamique perd du terrain

Etablie sur les territoires syrien et irakien depuis presque deux ans, l’Organisation Etat Islamique est en perte de puissance depuis fin 2015 et ne cesse de reculer, principalement en Irak. Symbole de cette reconquête par la coalition menée par les Etats-Unis, la ville de Fallouja tombée lundi 30 mai 2016.

 

Fallouja, une ville et plusieurs enjeux

 

Après une semaine d’offensives et de combats urbains, la coalition entre l’armée irakienne et les milices chiites au sol, appuyée par des bombardements américains, a repris le contrôle de Fallouja hier dans la journée. Sous contrôle de l’OEI depuis 2 ans, la ville située à 50 km de Bagdad est depuis les années 2000 un symbole des combats dans la région. D’abord bastion d’Al-Qaïda et de l’insurrection anti-américaine en Irak, elle fut en 2014 la première ville à tomber aux mains de l’Etat Islamique. L’enjeu était donc de taille pour les troupes irakiennes, d’autant plus que la proximité avec la capitale du pays en faisait jusqu’à hier, une menace permanente pour le pouvoir en place à Bagdad. Avec la prise de Fallouja, la capitale va à présent pouvoir être mieux sécurisée par l’armée locale. A l’heure d’aujourd’hui, on ne peut pas affirmer que la ville soit totalement aux mains de la coalition et qu’elle soit sécurisée, cependant, les banlieues sont sous contrôle et différents groupes militaires sont bel et bien entrés dans la ville elle-même. Les affrontements ne sont pas terminés dans le centre et pour pouvoir établir un contrôle précis sur la zone il faudra se battre quartier par quartier, là où est estimé à 50 000 le nombre de civils que Daesh tente encore de garder sous son autorité.

 

Une nouvelle stratégie à différentes échelles

 

Si la ville symbolique de Fallouja devrait être rapidement sous contrôle quasi-total, le reste du pays poursuit aussi sa lutte contre l’Organisation Etat Islamique qui recule selon la même dynamique. Ce succès, loin d’être une fin en soi, ouvre cependant la voie à de prochaines victoires de la coalition face à Daesh. L’Etat Islamique, qui a effectué sa percée a l’été 2014, avait pour cela choisi d’opérer sur plusieurs fronts, ce qui avait porté ses fruits quand on connait la vitesse à laquelle ils ont pu se déployer sur un territoire prenant plus de la moitié de la Syrie et de l’Irak. La coalition composée de l’armée irakienne, de milices chiites, de milices kurdes et des occidentaux menés par les Etats-Unis, a récemment choisi d’utiliser la même stratégie en Irak et également en Syrie. C’est avec ce même principe mais à l’échelle d’une seule ville, en attaquant sur plusieurs petits fronts, que Fallouja a pu être reprise lundi. A l’échelle nationale et afin d’affaiblir et disperser les forces de Daesh, trois fronts importants ont ainsi été mis en place, à Fallouja et Mossoul en Irak, et à Racca en Syrie. Selon les experts, les djihadistes n’ont pas les moyens techniques et humains pour se déployer efficacement sur ces différents fronts. Les effets ont vite été ressentis, d’abord à Fallouja, mais également à Mossoul au nord du pays près de la frontière avec la région du Kurdistan irakien autonome. Là-bas, plusieurs villages situés entre Mossoul et Erbil, capitale du Kurdistan irakien, ont été repris par les forces kurdes lundi 30 mai.


Peu d’améliorations en Syrie

 

En Syrie, les Forces Démocratiques syriennes (FDS) composées de Kurdes et d’Arabes ont lancé une lourde offensive dans la province de Racca où les affrontements ont actuellement lieu. Plus au nord, à la frontière avec la Turquie, l’EI semble être dans une meilleure situation qu’en Irak, alors qu’elle avait été repoussée il y a quelques mois, notamment de la ville kurde de Kobane. A l’Est de cette dernière et au nord d’Alep, plusieurs affrontements se sont produits lundi et ont fait plus de 60 morts dont une trentaine de civils.

Dans cette toute petite zone d’à peine 40 kilomètres de long, aucun des deux camps ne semble prêt à céder au vu de l’importance de contrôler la frontière avec la Turquie. Entre rebelles syriens et djihadistes, les enjeux sont différents mais tout aussi importants : protéger leurs terres dans un premier temps, puis l’Europe pour les premiers, et gagner toujours plus de territoire et se déployer sur un nouvel Etat pour les seconds.

(Crédits photo : AFP)