Le pays présenté comme la seule « véritable démocratie » du Proche-Orient et son premier ministre Benyamin Netanyahou continuent leur avancée dans l’autoritarisme. Une loi très controversée datant de février dernier témoigne de la dérive sécuritaire du gouvernement de l’Etat hébreu, entrainant toujours moins d’égalité.

 

Deux grandes catégories d’ONG

 

Nombreuses sont les organisations non gouvernementales en Israël, de différentes orientations politiques et créées dans des buts divers. Le pays étant une démocratie, elles sont toutes légales, mais ne reçoivent cependant pas la même opinion de la part du gouvernement. Entre autres, les ONG de droite et d’extrême droite, pro-gouvernementale qui sont donc soutenues par ce dernier. Celles-ci ont pour vocation de soutenir la présence du peuple juif comme seul légitime sur les terres revendiquées par Israël, en comptant également les colonies installées au dehors des frontières parmi le territoire. De cette manière, elles rejettent la solution à deux Etats qui menacerait la sécurité intérieure du pays.

Face à elles, les ONG de gauche soutenues très souvent par les gouvernements européens et nord-américains sont essentiellement des organisations de défense des droits de l’Homme. Parmi elles, la plus connue « Breaking The Silence » dénonce les dérives du gouvernement. Elles sont qualifiées par celui-ci de taupes présentant un danger pour le pays. Fondée par d’anciens soldats des forces israéliennes en 2004, elle a pour projet de récolter des témoignages de ceux qui ont joué au cours de leur carrière un rôle militaire aux frontières et dans les territoires occupés. Ainsi elle met au jour, pour la population de son pays, les abus du gouvernement vis-à-vis du peuple palestinien.

 

 

Le financement, un motif pour délégitimer

 

Une loi pour la transparence a été adoptée en février dernier par la Knesset, le parlement israélien qui a pour particularité d’être monocaméral. L’objectif de cette loi est de rendre public la totalité des financements que les ONG reçoivent de la part de gouvernements étrangers. Jusque-là pourquoi pas ? Le problème, ONG de droite et de gauche ne sont pas financées de la même manière. Tandis qu’à droite leurs fonds proviennent très souvent d’investisseurs privés locaux ou étrangers, à gauche ce sont directement les gouvernements des pays qui les soutiennent qui les financent dans la majorité des cas. Le premier ministre Netanyahou a affirmé : « je pense que l’on doit exiger que chaque ONG dévoile les contributions qu’elles ont reçues à partir du premier dollar », une ironie puisque la loi ne contraint aucunement ceux qui reçoivent des financements étrangers privés à le déclarer. Cela porte atteinte à la démocratie et ne fait que discréditer les organisations qui défendent les droits de l’Homme devant les israéliens. En effet, une différence est de ce fait clairement marquée entre deux types d’ONG, celles qui vont dans le sens du gouvernement, présentées comme « bonnes » pour l’Etat d’Israël, et les autres, les « traitres » qui projetteraient une image négative du pays à l’étranger.

 

 

La transparence, un simple argument

 

Cette loi n’a donc aucune vocation à la transparence mis à part dans son titre. Elle ne fait qu’isoler l’opposition en la diabolisant aux yeux du peuple comme l’ennemi infiltré. C’est une véritable chasse aux sorcières qui est mise en place depuis plusieurs années et qui ne fait que s’accentuer, et tous les ingrédients sont présents pour nous rappeler de tristes passages de l’histoire. L’analogie est simple à faire si l’on compare cela au Maccarthysme américain de l’après Seconde Guerre mondiale, cherchant à tout prix à retourner l’opinion publique vers un ennemi commun en le rendant toujours plus illégitime à travers des arguments construits de toutes pièces. On se retrouve une nouvelle fois face à une manœuvre politique de plus de la part du gouvernement israélien qui cherche à accroitre sa puissance, sa longévité et sa sécurité au discrédit des droits de l’Homme et de la démocratie.

Si le constat n’est pas des plus réjouissants, nous pouvons cependant être rassurés que l’une des mesures phares de cette loi ait finalement été retirée. Elle visait à forcer les représentants des ONG financées par les gouvernements étrangers à porter des badges distinctifs lors des réunions, commissions et venues à la Knesset. Un point qui ne peut nous empêcher de faire un rapprochement avec l’étoile de David mise en place pour discriminer les juifs sous le IIIème Reich.