La loi séparant les enfants de leurs parents pénétrant sur le territoire américain a provoqué un émoi national, et uni la majorité de la classe politique contre le président des Etats-Unis Donald Trump.

Par Léa Gorius
Photo Creative Commons

21 juin 2018

Encore une fois, Trump fait la Une des médias aux États-Unis pour sa politique tranchante et ses propos sans détour. Sauf que cette fois, la polémique semble mettre la majorité de l’opinion américaine d'accord (tous bords politiques confondus). De la droite conservatrice à la gauche démocrate en passant par Melania Trump, tous se lèvent vent debout contre la dernière folie du Président américain : autoriser la séparation des familles sans-papiers à la frontière mexicaine.

 

Le 7 mai dernier, le Ministre de la Justice Jeff Sessions annonce la mise en place d'une loi stricte sur l'immigration, qui a pour conséquence de séparer les enfants migrants de leurs parents lorsque ceux-ci sont placés en détention après avoir traversé illégalement la frontière américaine. Les enfants ne pouvant désormais plus suivre leurs parents dans les centres de détention, le gouvernement américain décide alors qu'ils seront placés dans des foyers, confiés à des proches ou pris en charge par des familles d'accueil. Seul problème : les services de l'immigration et les services sociaux travaillent très peu en collaboration et les enfants ont peu de chances de pouvoir retrouver leurs parents un jour.

 

Selon les chiffres du Sénat américain, entre le 5 mai et le 9 juin, pas moins de 2 342 enfants ont été arrachés à leurs parents lors de contrôles à la frontière.


Face à ces révélations et aux images de ces nouveaux orphelins qui circulent sur Internet, l'Amérique tout entière s'est émue au cours de ces dernier jours.

Ainsi, Laura Bush, épouse de l'ex-président George Bush, a déclaré dans le Washington Post que la nouvelle loi sur l'immigration était « cruelle et immorale » et qu'elle lui « brisait le coeur ».

Toujours au sein du clan républicain, Bill O'Reilly - limogé l'an dernier de son poste sur Fox News pour agression sexuelle - a exprimé son dégoût face au traitement que ces enfants subissent sur le sol américain,  tandis que les églises évangéliques protestantes du pays (qui soutiennent habituellement Trump) ont décidé de dénoncer la loi avec ferveur, prenant la défense des enfants migrants. Melania Trump elle-même s'est exprimée via une attachée de presse, en déclarant souhaiter que Démocrates et Républicains se rassemblent pour gouverner un pays qui, certes, obéisse à des lois, mais qui soit aussi « doté d'un coeur ».


Le mur des séparations
 

Ces réactions sont plutôt inattendues, car elles émanent des proches du Président américain, et de l'intérieur même de son propre camp politique. Mais pourquoi une telle loi ? Pour beaucoup, cette politique de tolérance zéro mise en place par Jeff Sessions et le gouvernement Trump n'a en réalité qu'un seul but : aider Donald Trump à finaliser son projet de construction du mur à la frontière américano-mexicaine.

En effet, en mettant en place des lois qui sont censées plaire à la majorité républicaine du Congrès Américain et en mettant la pression sur les Démocrates qu'il accuse d'être responsable de la situation, Donald Trump se rapproche un peu plus du projet phare de sa campagne électorale... Le Congrès étant l'instance qui gère le financement du mur, ce genre de politique démontre la détermination du Président à être ferme en mesure d'immigration : les Démocrates, voyant que Trump est capable de mettre en place des lois très dures, seront peut-être plus à même de voter des lois restrictives sur l'immigration, si tant est qu'elles soient moins sévères.


Soutiens inamovibles 

Donald Trump s'est exprimé sur Twitter en déclarant : « Je déteste le fait que des enfants soient séparés de leurs parents. Les Démocrates doivent changer leur loi, c’est leur loi» . Cependant, bien que Trump ait déchaîné une fois de plus la colère des foules, quelques-uns de ses proches associés lui restent encore fidèles. Le 17 juin, Kirstjen Nielsen responsable de la Sécurité Intérieure du pays, a ainsi déclaré sur Twitter : «Nous n'avons pas de lois qui séparent les familles à la frontière. Point.» Dans le même temps, Jeff Sessions déclarait : « Si vous faites passer un enfant à la frontière, alors nous vous poursuivrons en justice et cet enfant sera séparé de vous comme le veut la loi. Si cela ne vous plaît pas, ne faites pas passer d'enfants de l'autre côté de notre frontière. » 

La presse américaine, elle, défend la thèse que les Démocrates ne sont en rien responsables de la mise en place de cette loi comme le dénonce Trump et que, s'il voulait faire annuler la loi, il pourrait le faire en un coup de téléphone (ce qu'il a fait mercredi 20 juin par un décret, ndlr)... Cette annonce a donc bouleversé les États-Unis tout entiers à quelques jours de la fête des pères. Mediapart cite par exemple le témoignage d'Anne Chandler, directrice à Houston (Texas) de l'ONG Tahirih Justice Center, pour décrire ces tragiques séparations : « Parfois on ne leur dit rien du tout. Ou bien, assez souvent, des officiers leur disent “votre enfant va aller prendre un bain”. L’enfant s’en va, une demi-heure plus tard, le parent demande “Où est mon petit ?” de cinq ans, de sept ans… “Le bain est long”… et là, on leur dit “vous ne verrez plus votre enfant”. Parfois des mères pleurent, des enfants hurlent et vomissent, on interdit à leur père de les consoler (...) L'of icier leur dit : “Vous devez les laisser partir, si vous ne le faites pas, je rajoute des charges contre vous”. (...) Les parents ne reçoivent pas d’information sur leurs droits pour communiquer avec leurs enfants, on ne leur dit pas comment ils les retrouveront. »
  

Une loi injuste qui vient s'ajouter au bouleversant rapport du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) qui dénombrait fin 2017 69 millions de réfugiés et de déplacés au niveau mondial... dont la moitié sont des enfants.