par Paul Idczak

Espagne :
vent nouveau à l'Assemblée

Hier, les élections générales espagnoles ont donné lieu à de nombreux changements dans la répartition des sièges de l’Assemblée, qui laissent à penser que l’ère du bipartisme est terminée pour de bon de l’autre côté des Pyrénées. 
 

Le gouvernement sortant de Mariano Rajoy était inquiet, tout comme ses adversaires socialistes avant la tenue du scrutin de ce dimanche 20 décembre. Les conservateurs ont réussi à engager la relance économique du pays après une crise économique dévastatrice, mais la politique d’austérité mise en place par Rajoy et ses ministres n’a pas plu à une partie importante du peuple ibérique. Dans le camp socialiste, la dégringolade s’est amorcée avec le départ de l’ancien Premier ministre José Luis Zapatero il y a quatre ans, et l’émergence des nouvelles formations politiques de gauche comme Podemos n’a pas favorisé son renouveau à l’échelle nationale. Hier, les élections législatives n’ont fait que confirmer ces craintes des deux plus grands partis politiques espagnols.


Plus de majorité absolue
 

Le Parti Populaire de Mariano Rajoy, qui avait obtenu 186 sièges en 2011, est arrivé en tête hier. Cette première position apparaît pourtant quasiment comme une défaite pour la formation conservatrice, puisqu’elle ne compte désormais plus que 123 sièges à l’Assemblée, soit 53 sièges en dessous du seuil de la majorité absolue. C’est la première fois depuis le retour de la démocratie en Espagne que la majorité absolue n’est atteinte par aucun parti.
Les socialistes, arrivés deuxièmes, perdent de leur côté 18 sièges et, avec 22% de voix, réalisent leur plus mauvais score depuis 1977. Au vu des sondages, le parti dirigé par Pedro Sanchez s’en tire tout de même de manière plus qu’honorable, même si la chute électorale continue pour le PSOE.
Les deux formations que l’on pourrait considérer comme gagnantes au vu des résultats électoraux sont deux partis relativement nouveaux. Podemos, parti anti-austérité ayant bénéficié du mouvement des indignés pour se développer dans la péninsule ibérique, est aujourd’hui la troisième force politique espagnole. En obtenant 69 sièges, Pablo Iglesias et ses collaborateurs prouvent qu’il faut désormais compter sur leur parti, qui s’inscrit dans une mouvance comparable à celles de Syriza en Grèce ou du Front de Gauche en France. Ciudadanos, parti du centre-droit fondé en 2006 par des catalans opposés à l’indépendance de leur région, fait également une percée remarquée et remarquable avec l’obtention de 40 sièges à l’Assemblée. Le point commun de ces deux partis réside dans leur vision novatrice de la politique, dénonçant la corruption présente dans le PP et le PSOE mais aussi, plus largement, le clivage droite-gauche.


Des alliances impossibles ?
 

Face à ces résultats, un problème se pose : quelle allure aura le gouvernement mis en place à la suite de ces élections ? La Parti Populaire est en position privilégiée, mais même l’éventuel soutien de Ciudadanos ne lui permettrait pas d’entrevoir la majorité absolue. A gauche, c’est encore moins le cas. Une alliance PSOE- Podemos appartient au domaine de la fiction, tant Pablo Iglesias est opposé au fonctionnement d’une formation socialiste dont il considère les valeurs comme contraires à celle d’un parti de gauche.
Dans les faits donc, le prochain Premier Minsitre devrait être Mariano Rajoy ou Pedro Sanchez. Toutefois, si les idées de chaque parti prennent le dessus sur le reste, la formation d’alliances sera difficile voire impossible, et il faudra alors envisager la tenue de nouvelles élections. Ainsi, le quadripartisme désormais en vigueur est peut-être une bonne nouvelle pour la démocratie espagnole, mais il n’est en tout cas pas du meilleur augure pour la stabilité politique du pays. 

 

Le leader de Podemos Pablo Iglesias