Face au Brexit, la résistance s'organise

Londres, capitale d’un Royaume-Uni aux trois millions de ressortissants européens, a voté massivement pour rester dans l'Union européenne lors du référendum de juin 2016. Aujourd’hui, les expatriés vivant et travaillant sur place ne savent toujours pas à quoi s’attendre. La résistance, elle, s’organise.

Par Manon Brethonnet et Théophile Pedrola
Photos Théophile Pedrola

4 juin 2018

Parmi les trois millions d’européens expatriés au Royaume-Uni, tous ne vivent pas le Brexit de la même manière. Si certains s’en inquiètent, d’autres ne voient pas en ce vote un danger pour la situation personnelle. Ils se sont en effet vus rassurés par le projet de résidence établie proposé par le gouvernement britannique. Il s'agit d'un droit de séjour permanent qui s’obtient après avoir passé cinq ans sur le territoire à la date du 29 mars 2019, date officielle du Brexit. À défaut, les expatriés pourront demander le statut de résident temporaire. Pour les personnes installées depuis longtemps, le Brexit ne sera donc pas un problème. Mais pour ceux qui voudront rejoindre l’Angleterre après sa sortie de l’Union, la situation demeure incertaine.

 

Dans le même temps, de nombreuses entreprises s’interrogent : doivent-elles rester au Royaume-Uni ? Certains établissements bancaires, comme HSBC, ont déjà annoncé leur départ. En mars dernier, Bruno Le Maire, ministre français de l’Economie, a même assuré que « plusieurs milliers d’emplois » seraient ainsi délocalisés en France à cause du Brexit.

« Nous devons obtenir un nouveau vote »

 

Pour contrer cela, des Britanniques ont choisi de s’unir sous le nom du Sodem (Stand of defiance european movement, ou Mouvement européen de lutte contre le Brexit). Tous les jours, on peut désormais croiser des drapeaux européens mêlés à l’Union Jack flotter chaque jour devant Westminster, la chambre des députés. Le cri de « Stop Brexit ! » vient déchirer le brouhaha ambiant de l’une des rues les plus fréquentées de la capitale, déclenchant parfois les moqueries des passants. L’endroit leur permet de sensibiliser un maximum de monde à leur cause. Willis, âgé d’une quarantaine d’années, passe justement devant les manifestants. Il avoue avoir voté leave et ne comprend pas « pourquoi le Brexit serait une mauvaise décision ». Néanmoins, après quelques minutes de discussion, Willis promet, si un nouveau vote était organisé, de voter remain.

Parmi les habitués du mouvement, on retrouve Lesley Bell. La femme de 72 ans est allée jusqu’à déménager de sa maison de province du nord du pays pour venir combattre le Brexit de manière plus efficace dans la capitale. « Les Anglais doivent comprendre que cela va être une très mauvaise chose pour eux. Les jours qui ont suivi le résultat, j’avais l’impression d’être en deuil. Les valeurs de l’Angleterre ne sont pas le racisme et la division mais la paix et la fraternité », estime-t-elle.

 

James Torrance, qui a choisi de combattre le Brexit par les urnes, est d’accord avec elle. Il a lui-mêm fondé en 2017 le mouvement politique Renew Britain (Renouveler l’Angleterre), une formation centriste pro-européenne qui souhaite casser le bipartisme anglais, et dont les idées rejoignent celles de La République en Marche. 

Pour le moment, son parti se fait discret. Au sud de la capitale, au coeur d’un quartier résidentiel cossu, une petite maison en pierre abrite leurs locaux. Aucun logo, drapeau, ne vient distinguer cette maison des autres. Lors des élections partielles de mai 2018, le parti a présenté seize candidats, mais aucun n’a réussi à dépasser la barre des 10% des voix. De bons résultats, nuance toutefois James Torrance, qui met en avant la jeunesse de son parti. Pour lui et ses acolytes de Renew Britain, 2022 sera une date charnière : ils veulent être en capacité d’investir des candidats dans les 650 circonscriptions du pays en faisant campagne sur un objectif : « Nous devons obtenir un nouveau vote. Les citoyens n’étaient pas assez informés des conséquences du Brexit lors du référendum. » Une opinion confortée par un sondage BMG réalisé à la fin 2017, indiquant que 52% des Britanniques souhaitaient désormais rester dans l’Union européenne, un chiffre en constante augmentation depuis juin 2016, le jour du vote.

 

Ainsi, le parti compte bien en profiter pour capitaliser sur l’incertitude liée au Brexit. Il a déjà convaincu quelques expatriés de s’engager et espère en séduire beaucoup d’autres, notamment depuis l’annonce de Theresa May de repousser le Brexit en 2023, symbole du brouillard qui entoure cette échéance chez les Britanniques.