Deux chercheurs américains ont étudié l’impact des fausses informations sur le vote des électeurs américains lors des élections présidentielles de 2016. Leurs conclusions sont sans appel.

 

Quel a été l’effet des « fake news » sur la campagne présidentielle ? C’est la question à laquelle Hunt Allcott et Matthew Gentzkow, deux chercheurs en économie à l’Université de Cambridge (Massachussetts), ont tenté de répondre dans une étude parue dans la revue Journal of Economic Perspectives en 2017.

 

Ils ont pour cela constitué une base de données de 156 articles liés aux élections présidentielles et tous considérés comme faux par des sites de fact-checking. Dans le même temps, ils ont réalisé une enquête post-électorale en ligne auprès de 1200 personnes afin de chiffrer leur consommation de fausses informations.

 

Des fausses informations qui penchent largement en faveur de Donald Trump

Leur corpus de fausses informations comptait 115 articles pro-Trump, partagés plus de 30 millions de fois sur Facebook, contre 41 articles pro-Clinton partagés 7,6 millions de fois. Les chercheurs confirment donc le fait que les fake news étaient à la fois largement partagées et fortement en faveur de Donald Trump.

 

Tous les américains adultes ont été exposés à au moins une fausse information

Dans le sondage en ligne, environ 15% des répondants se sont souvenus avoir vu chacune des quatorze fausses informations les plus marquantes qui ont circulé avant l’élection. Mais 14% se sont aussi souvenus avoir vu des informations « placebo », créées spécialement pour le sondage, et qui n’ont jamais circulé. En utilisant la différence entre ces deux réponses, ils mesurent la capacité des internautes à véritablement se rappeler des fake news rencontrées. De là, ils estiment qu’un adulte moyen a vu et s’est souvenu de 1,14 fausse information.

Tous les américains adultes ont donc été exposés à au moins une fausse information dans le mois précédent les élections, avec une exposition plus importante aux articles pro-Trump. Un chiffre considérable en terme de portée, mais qu'en est-il en terme d’impact ?

 

Un impact qui dépend de l’exposition

Pour étudier l’impact réel de ces fausses informations, Allcott et Gentzkow ont comparé leurs effets à celui des spots publicitaires diffusés lors des campagnes électorales aux États-Unis. D’autres chercheurs ont montré que de telles publicités changeaient les votes des électeurs de 0,02 points de pourcentage. Si une fausse information est aussi persuasive qu’une publicité politique, les 156 articles répertoriés auraient changé la part des votes de quelques centièmes de point de pourcentage. Une bagatelle si l’on compare avec la marge de Donald Trump dans les États clés, comme l’Ohio ou la Floride, dont dépendait la victoire du candidat républicain.

 

Si la méthode peut-être critiquée, la conclusion est tranchée. Les fake news ne sont pas responsables de l’élection de Donald Trump, contrairement à ce que de nombreux commentateurs ont pu affirmer.

TEXTE
 CECILE LEMOINE

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24 janvier 2018