FERMETURE DES MOSQUEES : 
UN LEURRE DU GOUVERNEMENT ?

par Nathan Bonin

Ce mercredi, trois mosquées ont été fermées pour “radicalisation”, une mesure efficace contre le terrorisme?
 

Une mesure choc a été prise. Ces fermetures placent désormais une limite aux prêches, à travers cet acte, le gouvernement se veut ferme. La communication gouvernementale laisse à penser que de telles mesures n’ont été possibles que dans l’état d’urgence, ainsi, les mosquées diffuseraient des idées à la base du terrorisme. Le raccourci peut être rapidement fait, mais il faut avant tout voir ces mesures comme un coup de communication dans un contexte où la lutte antiterroriste s’inscrit dans sur du long terme.
 

Un tabou brisé par la gauche
 

Si l’on s’était habitué à voir un parti socialiste au pouvoir assez autoritaire avec Manuel Valls, c’est bien ici la première fois qu’un exécutif prend l’initiative d’intervenir fortement au sein du culte musulman. Si l’État en 2003 - lorsque Nicolas Sarkozy était ministre de l’Intérieur - avait essayé de créer une instance représentative avec le Conseil Français du Culte Musulman (CFCM), les différents gouvernements n’osaient pas s’immiscer dans l’islam en France. Il faut dire que l’opposition de gauche à l’époque et les associations de lutte contre le racisme se tenaient prêtes à crier à la discrimination dès que le sujet du culte musulman était abordé.

Aujourd’hui, le gouvernement Valls a rompu avec cette politique de laissez-faire et a posé des limites aux prêches : à savoir la diffusion d’idéaux politiques et extrémistes.  Comme la France l’a historiquement fait pour les autres cultes, elle intervient dans l’islam pour qu’il se limite à la spiritualité.


Un coup de com à côté des enjeux réels
 

Avec ces fermetures, on pourrait penser que la solution au problème de la radicalisation n’est finalement pas plus compliquée que la dissolution de quelques associations de culte. La fermeture de ces mosquées pose cependant problème. L’association gérant celle de Lagny-Sur-Marne avait déjà été dissoute il y a un an, les idées radicales ne circulent désormais plus par les nouveaux imams, mais par quelques fidèles que l’on peut compter sur les doigts d’une main.

Spécialiste de la question de l’endoctrinement et auteur de La vie après Daech, l’anthropologue Dounia Bouzar est parvenue à trouver des pistes expliquant la chute des jeunes dans la radicalité. D’après elle, les imams en France sont bien souvent dépassés par de petits groupes qui répandent discrètement des idées extrêmes, à caractère politique et qui tentent petit à petit de diriger l’association gérant la mosquée.

De plus, elle observe que parmi les jeunes endoctrinés qu’elle a étudié, une infime partie seulement s’est physiquement rendu à la mosquée. Les “imams du net” ont une influence à ne pas sous-estimer, les jeunes voulant apprendre l’islam par internet étant des proies extrêmement faciles. A noter que D. Bouzar publiera cette semaine des travaux statistiques sur les lieux d’endoctrinement des jeunes.


Un islam de France restant à construire
 

On nous répète que c’est l’état d’urgence qui a permis à l'exécutif de fermer les lieux de culte. En réalité, la loi de 1905 de “séparation de l’Église et de l’État” place tous les cultes sous la tutelle du ministère de l’Intérieur qui est en plein droit de contrôler ce qu’il s’y dit et de fermer des établissements en cas de trouble à l’ordre public.

Par ailleurs, la timidité des gouvernements successifs face à l’islam est à l’origine d’une situation absolument incongrue dans laquelle les gestion du culte musulman a été déléguée à des pays et personnes étrangers. En témoignent les discussions pour vendre la Grande Mosquée de Paris à l’Algérie. Le fait que bon nombre d’imams ne soient pas des natifs français et que les cadres des institutions représentatives des musulmans viennent de l’étranger démontre que la France n’a pas su créer son islam.

Le CFCM avec lequel le gouvernement traite n’est absolument pas reconnu par les imams de France, et aucune formation des aumôniers n’est légalement prévue, alors que les prêtres en France ont le séminaire par exemple.

 

Au delà de fermer des mosquées, le gouvernement se doit de changer les structures de l’islam en France. Il doit faire face aux prêches en lignes qui sont la vraie cause de la radicalisation. Qui plus est, l’enjeu majeur est de faire en sorte que, comme le prévoit la loi de 1905, l’islam soit vraiment sous le contrôle du ministère de l’Intérieur. On peut déplorer la fermeture de lieux de culte musulmans alors que, par manque de place, certains prient dans la rue ou dans des endroits insolites, hors de tout contrôle.