C'est l'année des vingt ans pour les festivals. Après Marsatac, c'est Solidays qui souffle les bougies de ses deux décennies. Aux portes de Paris, retour en images et en rencontres sur une édition record pour le festival organisé par Solidarité Sida.

Texte et photos
Paul Idczak

1er juillet 2018

212 000. C'est le nombre record de festivaliers qui ont investi l'Hippodrome de Longchamp du 22 au 24 juin dernier pour la vingtième édition de Solidays. Dès la conférence de presse initiale, Luc Barruet, directeur de l'évènement qui vise à financer des campagnes de lutte contre le SIDA dans le monde entier, avait donné la couleur en annonçant la bonne nouvelle. Il faut dire, en effet, que les chiffres de 2017 étaient en-deça des espérances pour Solidarité Sida : seulement 169 000 personnes au bataillon. La faute pour les uns à une prog moins excitante que les années précédentes, pour d'autres à l'absence de la Greenroom, scène convoitée tant par les fans d'électro et de techno que par les amis égarés, comptant sur le pavillon d'Heineken pour d'heureuses retrouvailles.

Pour le vingtième anniversaire, les organisateurs ont donc frappé fort, avec un line-up alliant aussi bien des stars mondiales (David Guetta, DJ Snake...) que des nouveaux visages de la scène musicale française (Eddy de Pretto, Thérapie Taxi, Clara Luciani, Rilès...). Le tout saupoudré des habituels rendez-vous du festival : l'exposition Sex In The City, le village solidarité, le saut à l'élastique, la Color Party... et les capotes, cela va de soi ("protégez-vous !", refrain toujours au rendez-vous).

Sans tout chambouler, cette édition particulière a fonctionné de bout en bout, enchaînant les concerts divers et variés avec une fluidité remarquable. Quitte à frustrer les festivaliers, notamment le dimanche, où, temps réduit oblige, de nombreux artistes se sont retrouvés programmés à la même heure. C'est le cas de Juliette Armanet et Thérapie Taxi, ou encore de Niska et Clara Luciani : divisions, mais scènes remplies à ras-bord dans tous les cas (difficile d'y voir clair pour les spectateurs situés à vingt mètres du dessous du chapiteau où Thérapie Taxi s'est produit !).

Avec ses journées à rallonge, Solidays a effectivement le mérite de plaire à tout un chacun, en offrant des surprises au badaud qui se promène de scène en scène. Celui-ci tombe ici sur un "van reggae" dont le chauffeur distribue des vibes des heures durant à deux pas de la scène Paris, là sur le "camion Bazar", stand de bouffe reconverti en abri pour DJ aguerri perdu au fond d'un bois. 

 

MADEMOISELLE K
FILLE ÉLECTRIQUE

Douze ans après son premier album Ça me vexe,
Katerine Gierak continue de tracer son chemin dans le rock français. Après un concert enivrant sur la scène du Domino, elle a répondu à nos questions.

 

Comment c’était, ce concert à Solidays ?

J’ai bien kiffé, c’était cool ! Chaque concert est différent, là c’était super, c’était assez fort. Les gens étaient ouf, ils m’ont hyper surpris. Ils appréciaient vraiment les titres rock qui envoyaient, ça m’a fait plaisir.

Quel est ton rapport à Solidays ?

Les festivals, c’est toujours un peu différent, il y a toujours ce côté conquérant pour faire sa place face aux autres groupes qui jouent en même temps que toi. Il faut être focus, envoyer son bout de viande et le balancer aux gens en espérant qu’ils aimeront ça. Chaque fois que je suis venu, les gens sont là. Peut-être aussi parce qu’il y a une grosse fanbase qui vient, mais même les gens qui ne connaissent pas ont eu l’air d’aimer. Sur Ca me vexe, j’ai eu les poils. D’habitude, il y a quelques personnes qui se soulèvent, mais là, c’était vraiment une grosse vague. Sous le Domino, il y avait un peu de poussière, de fumée au-dessus d’eux, c’était très beau.

Cette nouvelle période électro, ça change tes lives ?

J’aime bien cette nouvelle structure avec les synthés-basse, c’est différent. En plus, avec le son dont on dispose aujourd’hui, on peut vraiment bien envoyer sur toutes les fréquences. Sur On s’est laissé, y avait vraiment un truc trippant avec la texture électro et le son des synthés. En plus, le public a répondu présent, c’était vraiment agréable. Ce n’est pas comme ça à tous les festivals !

C’est quoi être punk aujourd’hui en 2018 ?

C’est tracer sa route, ne pas se laisser influencer par les courants dominants. J’ai été clairement influencée par l’électro, le hip-hop… mais je reviens toujours à ce que j’aime faire, le son électrique. Plus je vois d’électro et de hip-hop, plus je me dis que le rock, c’est ma musique, mon style, là où je suis. Etre punk, c’est aussi avoir ce côté « rien à foutre » qui est très important, c’est avoir une attitude, comme certains artistes hip-hop que j’aime.
Il ne faut pas se stresser parce que l’on ne joue pas sur la scène la plus populaire, il faut rester soi-même.


  C’est quoi la suite pour toi ?

Je veux continuer à explorer, ne pas faire la même chose. Je n’aime pas faire deux albums similaires.
Quand je regarde avec du recul, je me dis que je suis toujours là après cinq albums. C’est difficile de durer, mais c’est ça que je trouve excitant maintenant. Sortir un premier album, c’est toujours facile si tu as des bons titres et que tu es bien entouré. La suite, c’est comment tu restes, comment tu te renouvelles… Mon but, c’est de continuer à sortir des albums, continuer à jouer dans des festivals alors que je suis indé depuis deux albums. C’est peut-être ça, être punk, d’ailleurs, continuer à arriver à être là tout en étant indé, avec une moins bonne visibilité que quand tu es dans un grand label. Je n’ai rien contre les majors, je suis là en partie grâce à eux, mais aujourd’hui je suis indé, et je dois continuer à sortir ma musique de cette façon.

 

EDDY DE PRETTO
PAS LÀ POUR PLAIRE

Avant son live du vendredi 22 juin, on a rencontré le "kid" de la chanson française Eddy de Pretto. Une nouvelle star qui ne veut pas oublier d'où elle vient.
 

A le voir évoluer sous les derniers rayons de soleil qui illuminent la Bagatelle, on imagine un mec à l’aise, sûr de lui face au public de Solidays. « J’ai un peu peur de jouer ici », confiait pourtant Eddy de Pretto plus tôt dans la journée. Logique, avant qu’il n’aborde un rendez-vous qui marque selon lui « une avancée de [sa] carrière ». Sur scène et en coulisses, vous l’aurez compris, le jeune homme de 25 ans n’est pas tout à fait le même. Sous les projecteurs, Eddy de Pretto danse frénétiquement, lâche de rares sourires, comme concentré sur son devoir de musicien. En-dehors, c’est détente, rires et lâcher prise, même face à des médias qu’il ne côtoie pourtant régulièrement que depuis quelques mois. La raison de cette aisance est simple : Eddy de Pretto a été « éduqué avec les télé-crochets » dans lesquels des anonymes se retrouvent dans la lumière du jour au lendemain. Le natif de Créteil est pourtant très loin d’en être issu. C’est son premier album Cure sorti au début de l’année, qui a fait office de véritable tremplin pour sa carrière, après deux ans d’ascension musicale et de médiatisation progressive.

A l’écouter, Eddy de Pretto n’aurait néanmoins pas mis tous les atouts de son côté dans son premier disque. « J’avoue que mon album peut ne pas être très agréable à la première écoute », reconnaît-il. Son titre, Cure, par exemple, invoque certes «une cure de vie, de jouvence », mais son auteur préfère évoquer« sa sonorité particulière ». A l’intérieur, les quinze morceaux marquent l’écoute par leurs paroles crues mais pas trop, témoins du passé du chanteur, mais aussi de sa recherche de lyrics « idéales » : « J’ai cherché des mots non utilisés, dégueus, pour donner de l’âpreté à l’ensemble. »

Transposé au live, « pur égotrip », Cure se transforme en one-man-show d’un homme loin d’être complètement banal, comme le prouve son complet t-shirt short signé Stella McCartney et paré d’un "intoxication" répété comme un refrain sur le tissu brillant. L’image d’Eddy de Pretto soulevant les foules (« j’aime me dire “putain y a du feeling“ ») avouant que « le plus dur, c’est de retourner dormir solo dans [son] lit » ne doit tout de même pas effacer celle d’un être qui s’épanouit pas plus que ça dans la célébrité, regrettant que s’installe avec elle « une hiérarchie sociale assez cloisonnante ».

Il suffit effectivement de le questionner sur son futur pour réaliser que sa vie d’avant sera probablement encore longtemps au cœur de ses textes et de ses compositions. Le jeune homme souhaite ainsi continuer à écrire sur
« le désir d’anonymat, la vie et la banalité de choses en restant le plus à l’os possible ». La logique est limpide, et sa philosophie résumée en une phrase : « L’important, c’est de montrer que tu n’as pas changé. » Si son succès ne change pas, lui non plus, Eddy de Pretto pourrait bien continuer à titiller les étoiles pendant de longues années. Ce qui n’est pas pour déplaire à Luc Barruet, directeur de Solidays, ravi que la star de son vendredi soir ait « réussi la prouesse de faire passer de la musique pop sur NRJ ! »