Sentir l’air rempli de sel et gonfler nos poumons au bord de la mer, voilà ce que nous réservait La Rochelle du 11 au 15 juillet dernier pour la 34ème édition des Francofolies. Entre concerts, fête nationale et Coupe du Monde, le festival a vécu des moments forts à vivre ou revivre à travers notre récap’ et nos photographies : laissez-vous emporter par le doux vent rochelais, quatrième et dernier rendez-vous de cette première édition du FestiTour…

Texte et photos
Julia Maz-Loumides & Léo Sanmarty

12 juillet 2018

Sous le soleil de La Rochelle, la grande scène des Francofolies prenait encore une fois place sur le parking Saint-Jean d’Acre, à l’entrée du port. Rochelais et touristes, venus en masse écouter la programmation diverse, mais 100 % française du festival, entamaient leur longue attente entre les barrières, patientant parfois plus de cinq heures sur le béton brûlant pour tenter d’obtenir les meilleures places : au plus proche de la scène, à quelques mètres des artistes. L’organisation avait tout prévu en mettant à la disposition des vigiles des tuyaux pour arroser les courageux de temps à autre, rafraîchissant les festivaliers sous ce soleil de plomb. Pour ceux qui ne souhaitaient pas attendre si longtemps, le village des Francos proposait nombre de petits stands pour occuper ses après-midi : t-shirt, posters, bijoux et radio en direct, les visiteurs ne pouvaient pas s’ennuyer. Évidemment, plusieurs camionnettes servaient des repas divers et variés pour lesquels nos porte-monnaie ont malheureusement hurlé. Malgré la douceur des frites de patates douces ou le goûteux sandwich à la raclette, les prix s’envolaient très vite ! Mais la soirée du vendredi nous fit très vite oublier ce détail. Entre Bigflo & Oli qui ont soulevé La Rochelle et dont nous vous parlerons plus bas, et Shaka Ponk, nous avons découvert Voyou et Suzanne. Deux jeunes artistes venus partager leurs musiques devant la foule des spectateurs. Avec son nouveau morceau Papillon, Voyou a tenu la cadence en partageant ses mélodies rythmées, malgré le difficile créneau entre les deux têtes d’affiche.

Car oui, c’était bien Shaka Ponk qui enchaînait après ce nouvel artiste. Une scénographie à la hauteur de la réputation du groupe, un Frah (chanteur) au top de sa forme qui n’a pas hésité à se jeter à plusieurs reprises dans la foule qui, bras tendus pour l’élever au plus haut, en redemandait sans cesse. Nous avons même pu croiser Frah dans les rues de La Rochelle dès le lendemain, tentant désespérément d’avancer tout en accordant selfies et sourires aux fans le reconnaissant.

Le samedi, Eddy de Pretto prenait la première partie de la soirée avec ses titres phares tels que Kid ou Fête de trop, suivi par Jeanne Added, une révélation pour certains festivaliers venus pour voir la tête d’affiche. Jain a ensuite pris le relais sur scène avec l’énergie folle qui la caractérise. Après un feu d’artifice regardé depuis la fosse qui entonnait des « Aurélien, une chanson ! Aurélien, une chanson ! » souhaitant par tous les moyens faire venir le rappeur au plus vite, Orelsan, sourire aux lèvres face à son public, a offert un show parfait aux festivaliers : entre ses albums Le chant des sirènes et La fête est finie, il a ravi les fans aussi bien anciens que nouveaux qui ont laissé leurs voix au pied de la scène. Et comment terminer plus en beauté ce festival que sur les mythiques notes de MC Solaar qui a récupéré un public en feu après la victoire de la France en finale de la Coupe du Monde de football. Les festivaliers ont pu regarder leur équipe sur les grands écrans de la scène tout en hurlant à chaque but. Nombreux sont les supporters s’étant jetés dans le port au coup de sifflet final, tentant de rafraîchir leur sang en ébullition après ce match hors du temps.

 

HOSHI
UNE MARINIÈRE À LA ROCHELLE

Du haut de ses 21 ans, avec un album dans les bacs, Hoshi venait chanter ses vers poétiquement marins pour le Chantier des Francofolies. Avec Ta Marinière qui résonne sur toutes les radios, impossible de ne pas vouloir croiser le chemin de cette jeune chanteuse à la voix si particulière, donnant envie de prendre la mer avec elle.

 

Comment as-tu vécu cette année sous le feu des projecteurs ?

 

Je l’ai vécue (rires) ! Chaque jour était différent, mais j’ai pris tout le bon qu’il y avait à prendre, toutes les bonnes ondes. Je regarde tout le temps les petits commentaires, c’est ma force.
Là, je suis très honorée d’être aux Francofolies, c’est un mythe d’y participer pour un chanteur. Cet été j’enchaîne pas mal de festivals, mais je suis contente de passer par ici.

 

Cet album, comment l’as-tu construit ?

 

J’ai mis beaucoup de mon âme dedans, il représente beaucoup. Souvent, il y a un mot qui me vient, ou un jeu de mots, puis j’écris autour. Mes chansons viennent d’un moment qui me tient à coeur et où je veux mettre des mots. En studio je suis dans un certain mood, et quand je suis sur scène c’est un autre moment, j’y adapte tous mes titres.

 

Tu penses déjà au second ?

 

J’écris beaucoup trop de chansons pour en faire un album, ou alors il faudrait que je fasse comme Maître Gims ! Donc il a fallu faire des choix, j’ai mis dans cet album les chansons qui représentaient le mieux ce que je voulais montrer, j’ai laissé les autres de côté. Alors… oui j’y pense déjà ! Je suis quelqu’un qui me projette beaucoup trop vite, dans la vie de tous les jours, je pense beaucoup à l’avenir. J’écris un peu, mais surtout pour une probable réédition de l’album.

 

Comment as-tu réagi la première fois que tu as entendu Comment je vais faire ?, ton premier titre, à la radio ?

 

La première fois c’était dans un taxi… trop bizarre ! J’étais pas très à l’aise. Et une autre fois dans un magasin de chaussures avec ma mère, elle me disait « c’est toi, c’est toi ! », je lui répondais « oui, je sais maman... ». C’était au tout début, et elle est allée vendre la mèche à la caissière, mais elle n’a pas eu de chaussures gratuites (rires) ! Mon entourage me soutient beaucoup, il y a des moments où je ne les vois pas beaucoup, mais j’ai de la chance d’être bien entouré.

 

Et depuis, ta popularité ne fait que grimper !

 

Je l’ai vue grandir. Déjà on me reconnaît dans la rue, ça fait chaud au coeur. Il y a plein de petites choses qui arrivent, c’est drôle : par exemple des gens de la SNCF qui chantent ma chanson sur le quai (rires). J’ai un super rapport avec mon public, dès que je peux prendre des photos avec eux je le fais, ils sont ma force.

 

Qu’est-ce que ça fait d’avoir ses premières fanpages ?

 

Des fois ils en savent plus que moi-même ! Je me renseigne sur leurs pages pour mes dates ou mes rendez-vous. Mais ça fait grave plaisir d’avoir ses propres pages, j’adore.

 

Aurais-tu envie de faire des duos ?

 

Je ne me suis jamais projetée là dessus, je ne savais pas qui allait écouter mon album, mais depuis quelque temps j’aimerais beaucoup faire un duo avec Orelsan. On s’est croisé quelques fois, mais je suis timide en fait, donc aller vers les gens et forcer ce n’est pas mon truc. Je laisse les discussions se créer et puis si elles sont là, je les continue !

 

Quel sera donc le troisième single ?

 

Femme à la mer, il vient d’être envoyé aux radios, vous allez l’entendre !

BIGFLO & OLI
UN COEUR GROS COMME TOULOUSE

 

Selfies, photos, check, sourires, quelques mots échangés avec petits et grands qui, étoiles dans les yeux et portable à la main, attendaient impatiemment de prendre une photo avec un duo de frères plutôt normal. Ils ne sont plus vraiment à présenter, surtout à La Rochelle : tentant difficilement d’accéder à l’espace d’interview, BigFlo & Oli se frayent un chemin jusqu’aux micros des journalistes pour quelques minutes de discussions. Les Toulousains sont presque chez eux ici. Le Chantier des Francofolies les a accueillis il y a quelques années, et leur a permis de faire leur premier concert affiché complet. Pas étonnant qu’ils soient retenus où qu’ils aillent.

 

Assis au fond d’un canapé, Florian et Olivio répondent aux questions plutôt banales des interviewers. «Bien sûr qu’on espérait toutes ces ventes d’albums, on ne veut pas faire comme tous ces artistes qui paraissent étonnés, on rêvait des zéniths depuis longtemps !», s’exclament les frangins, un sourire ravi sur le visage. Ils ne cachent pas leur bonheur d’être ici et répandent leur joie partout où ils passent. La Rochelle les a vu grandir, ils ont ici parmi leurs plus fervents fans, qu’ils remercient toujours chaleureusement sur scène. Ils y montent d’ailleurs d’ici une heure, le timing est serré.

 

Le temps pour eux de nous expliquer leur régulière présence sur YouTube dans les vidéos de vidéastes connus tels que McFly & Carlito, Squeezie ou encore Amixem. « À la base, on est fans de ce qu’ils font, raconte BigFlo, ça nous fait super plaisir de faire des vidéos avec eux puis ils sont devenus des vrais potes ! D’ailleurs, nous on a une chaîne YouTube avec énormément d’abonnés et on se retrouve souvent en top tendance alors que ce n’est pas du tout notre métier. Mais on a grandi avec les réseaux, et souvent des artistes plus anciens nous disent qu’ils n’y pigent rien (rires) ».

 

Rebondissant sur cette présence multisupport, ils comprennent mieux que quiconque l’influence qu’ils possèdent. Florian le sait, « on est des modèles pour certains. On ne peut pas faire de la musique égoïste, car on sait qu’il y a des familles entières qui écoutent nos albums. Certains commentaires sont touchants aussi, une personne a reparlé à son père après notre clip pour notre titre Papa, et d’autres se tatouent des phrases de nos textes. » Leur dernier texte vient d’ailleurs de sortir, Demain en collaboration avec Petit Biscuit.

Forcément, nous leur avons demandé comment ils choisissaient leurs featurings. « Pour nous, c’est le côté humain qui prime d’abord. Il faut voir si on se sent bien avec la personne, si on rigole tous ensemble, si on est naturel quoi », explique Olivio. Le public rap est intransigeant avec ses artistes, mais commence d’or et déjà à avoir l’habitude avec les deux Toulousains : entre leurs stories avec Vianney et leurs vidéos délirantes avec Squeezie, BigFlo & Oli ne restent pas dans les clous. La preuve en est qu’en pleine interview, Olivio toussote en lançant un « salauds ! » quand les journalistes évoquent les mots « les professionnels ». 

 

Après quelques rires, c’est Florian qui raconte qu'« au début, les professionnels du milieu ne voulaient pas nous voir, pas nous entendre, en fait ils ne voulaient pas nous donner notre chance ou de crédit. Puis maintenant qu’on est connus, qu’on s’est battus et que d’autres, dont le public, nous ont donné notre heure, ces professionnels nous font les yeux doux ! »

Recevront-ils bientôt la médaille de la ville de Toulouse ? Ils le glissent dès qu’ils peuvent pour tenter de convaincre le maire. Oli sait déjà où il la mettra : « Je la cale direct à l’entrée de ma maison, les gens seront obligés de la voir pour entrer ! »

Entre deux éclats de rires, les frangins posent pour une photo exclusive, dos à la mer, pour La Pause Actu et partent pour leur show : le public les attend déjà. Et il ne sera pas en reste. BigFlo & Oli, jouant à la tombée de la nuit sur les Francofolies, ont rendu fou leurs fans : entre des tests pour définir s’ils avaient devant eux le meilleur public, un décor parfaitement travaillé reflétant leur dernier album La vraie vie et le traditionnel lancer de ballon gonflable en fin de concert… même les fans venus pour Shaka Ponk se laissaient entraîner dans la folie toulousaine, au cœur de La Rochelle.