François Fillon, candidat envers et contre lui-même

Il y a un mois, cela aurait eu l’air d’une mauvaise blague. Mis en examen, François Fillon maintient pourtant sa candidature à la présidentielle.
 

C’est officiel : François Fillon est mis en examen, mais maintient sa candidature. Lui, le candidat de la probité. Lui, le gaulliste, qui déclarait en août dernier que personne n’imaginait « le général de Gaulle mis en examen ». Si François Fillon ne faisait pas de la politique, ces petites phrases sonnant comme des promesses d’exception au sein d’un parti multipliant les crasses en tout genre seraient probablement vérifiées par les faits. Oui mais voilà, le petit monde de la politique voit chaque jour ses pages noircies par une encre indélébile, tâchant sans vergogne jusqu’aux vêtements les plus immaculés. L’ex-Premier ministre faisait jusqu’aux premiers jours de 2017 figure de candidat idéal pour la droite conservatrice : une longue expérience politique, des talents d’orateur indéniables, un programme dans la plus pure tradition de son parti, mais surtout… un casier judiciaire vierge. Entre Jacques Chirac, Alain Juppé puis Nicolas Sarkozy, il est vrai que les grosses têtes du RPR puis de l’UMP avaient pris l’habitude de profiter des largesses du système pour magouiller à foison, sans probablement penser que ces pratiques éclateraient au grand jour.
Espoirs déçus… il en va de même pour François Fillon. Avec, néanmoins, une différence. Le député de Paris a été le premier à véritablement se revendiquer d’une politique proprette et dénuée d’affaires, où la morale serait la condition même de l’autorité. Il y a sept mois, associer « François Fillon » et « emploi fictif » sur Google n’aurait renvoyé aucun résultat probant. Aujourd’hui, on ne compte plus le nombre de papiers sur le sujet, à mesures de dizaines d’articles et de milliers de tweets chaque jour.

Mais où est donc passée la probité ? Cela fait longtemps que les gens ont abandonné les recherches. Il faudrait surtout se questionner sur la réelle importance que ce terme prend dans une campagne présidentielle. Aussi bien la base de votants du Front National que celle des Républicains semble aujourd’hui n’en avoir cure, et leurs candidats non plus. Les tactiques sont différentes selon le degré de droiture, mais le fond est le même : la justice « ne respecte pas l’Etat de droit », elle tente d’interférer dans le « rendez-vous avec les Français » que représente l’élection présidentielle, elle fait partie d’un « complot orchestré par la gauche », etc.
Ce mercredi midi, François Fillon a même parlé d’ « assassinat  politique» contre lui et la France ! En suivant son argumentaire, la justice deviendrait criminelle parce qu’elle met en examen un candidat à la présidentielle, ce dernier restant en course alors même qu’il avait déclaré qu’il se retirerait s’il était mis en examen… Dans les faits, le mari de Penelope n’a pas besoin de la justice pour remettre en cause sa crédibilité et sa carrure présidentielle : il le fait très bien tout seul.

Il faut bien réaliser, dans ces rebondissements tous droits issus de la meilleure fiction politique qui soit, que les regards sont tournés vers l’horizon proche. L’élection présidentielle a lieu dans moins de deux mois, et chaque mot est réfléchi pour avoir une influence maximale. Depuis un mois, François Fillon a donc taché de renforcer l’idée que personne ne pourrait le remplacer, bien aidé par les autres mastodontes (Sarkozy, Juppé) qui ont fait preuve d’un soutien sans faille au vainqueur de la primaire de novembre dernier. Toutes les initiatives de fronde ont fait long feu, ramenant des fortes têtes comme Georges Fenech du côté des soutiens – peut-être plus par dépit qu’autre chose. Sans parler du manque de temps et d’organisation pour un éventuel remplacement, puisque la date limite de dépôt des signatures est fixée au 17 mars.

En parvenant à s’affirmer comme l’unique candidat possible pour LR, François Fillon pouvait donc se permettre de revenir sur sa promesse de retrait du 26 janvier dernier au 20h de TF1. Peu importe le choix de la justice, puisque ce sont aux Français de décider « par les urnes » de son sort – une victoire lui offrant, rappelons-le, l’immunité présidentielle. La présidence ou le procès, voilà les deux issues du printemps pour François Fillon, victime sans défense d’un système soi-disant aux mains de la gauche dont il entend se défaire. Critiques infondées : si le système est défaillant, ce n’est pas parce qu’il accuse Fillon, mais bel et bien parce qu’il lui laisse encore une chance d’atteindre la présidence.

PAR PAUL IDCZAK
PHOTO AFP

En parvenant à s’affirmer comme l’unique candidat possible pour LR, François Fillon pouvait donc se permettre de revenir sur sa promesse de retrait du 26 janvier dernier au 20h de TF1.

François Fillon a été le premier candidat de sa famille politique à se revendiquer d’une politique proprette et dénuée d’affaires, où la morale serait la condition même de l’autorité.

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