La métaphore sportive n’est pas forcément la plus adéquate pour décrire les résultats d’un vote. Dans le cas de la primaire de la droite, elle trouve pourtant toute sa place. François Fillon, l’outsider, a remporté, et de loin, un scrutin qui le donnait perdant face à un duo de favoris composé d’Alain Juppé et de Nicolas Sarkozy. Les deux mastodontes des Républicains s’étaient pourtant promis de se partager l’affiche du second tour dimanche prochain, et pas grand monde n’imaginait une issue différente ces dernières semaines. Oui mais voilà, Juppé et Sarkozy se sont reposés sur leurs acquis et n’ont pas passé la vitesse supérieure au moment où il le fallait. Le premier a fait étalage de sa posture présidentiable et d’une identité heureuse et joyeuse, jeune et hype à 70 balais, alors que le second a joué carte sur tables en redressant nerveusement, quoique moins qu’à l’accoutumée, une barre qui penchait déjà grandement vers l’abime. Juppé sera au second tour, pas Sarkozy.
Au-dessus des deux têtes trop confiantes a émergé l’ombrageux François Fillon, celui qui a, faut-il le rappeler, œuvré depuis plus de trois ans à l’inscription de la primaire dans l’ADN de l’ex-UMP, contre l’avis même de son ex-patron Sarkozy. Fillon, l’employé modèle durant cinq ans, avait quasiment tout prévu, lui qui annonçait il y a un mois déjà que « le duople » s’était « effondré »  à une période où les sondages le créditaient de seulement 10% des intentions de vote. Entre voyance et miracle, le coureur de fond Fillon a sorti du sac la carte du calme, celle d’un débat lent et en syllabes mâchées. Il a probablement convaincu les votants de droite grâce à cette botte (plus vraiment) secrète, cachant tout de même un programme ultra conservateur, prévoyant notamment de revenir sur l'adoption pour les couples homosexuels. Avec 44% des voix ce dimanche, Fillon a vu la « vague » évocatrice de sa dynamique se changer, dans les urnes, en raz-de-marée. C’est sans nul doute qu’il surfera encore dessus le week-end prochain.


Paul Idczak