Arbitrage vidéo : outrage au spectacle ?

Lors du match amical France-Espagne, le principal fait de jeu n’était autre que la mise en place de l’assistance vidéo pour un test grandeur nature à la demande des deux fédérations.

 

Un arbitrage plus serein

 

Ce match a été plus qu’un test puisque la vidéo a permis de régler trois actions ambiguës qui auraient pu changer le résultat si elles n’avaient pas été vérifiées. Pour autant, cela a occasionné de nombreux débats tout au long du match et cette innovation sera encore au cœur de nombreuses discussions ces prochaines semaines.

Faut-il oui ou non mettre en place l’assistance vidéo ? Les récents évènements ont montré qu’une plus grande sécurité au niveau de l’arbitrage était nécessaire, au vu du nombre d’injustices dont on peut être témoin en 90 minutes. Il s’agissait alors du constat d’un grand nombre de Parisiens qui auraient sans doute voulu pareille aide après la déroute face au FC Barcelone, bien aidé par les erreurs humaines de l’arbitre allemand Deniz Aytekin.

PAR TIMOTHÉ GOYAT VERDEGUER
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Une vidéo à double tranchant

 

On peut cependant exprimer une once de méfiance face à ce dispositif, qui apparait pourtant comme un Deus ex machina dans le foot. Donner le pouvoir à l’arbitre d’arrêter le cours du jeu et de vérifier l’attribution d’un carton ou un but est en effet problématique. L’une des principales critiques concerne la culture de l’instant. Supprimer cette liesse générale lorsqu’un but est marqué parait inconcevable pour beaucoup et rend le spectacle moins vivant.

La joie était à son paroxysme quand Antoine Griezmann a délivré l’équipe de France à la 48ème minute face à l’Espagne – enfin, c’est ce que ressentaient tous les supporters avant que l’espoir ne ne redescende suite à la vérification vidéo.

Après le match, Hugo Lloris a d’ailleurs réagi sur le sujet : « C’est une bonne chose car ça rend les décisions justes. Mais ça peut tuer le ressenti après un but, comme on a pu l’avoir ».

Là est le cœur du problème, comment faire preuve de naturel lorsqu’on est en attente, qui plus est lorsque celle-ci est relativement longue ? La réaction est forcément différente après ce laps de temps. La vidéo enlève ce moment si cher aux supporters qu’est l’explosion de joie. Si on doit attendre avant de pouvoir le fêter, on dénature alors tout ce qui fait la beauté de ce sport, le petit plus du foot disparait.

Vers un sport plus déshumanisé mais plus juste ?

 

Il serait plus judicieux dans le cas où la mesure est totalement approuvée, d’opter pour un système s’inspirant du tennis avec le « Hawk-Eye », autorisant ce recours de manière limité pour chaque match et pourrait permettre la garantie de ne pas être utilisé à outrance. En le mettant en place, on se dirigerait alors vers un jeu mieux contrôlé, avec moins de fautes d’arbitrages flagrantes et un meilleur comportement des joueurs - qui se savent observés - accompagné d’un plus grand fair-play.

 

On dit que l’avis des plus grands pèse le plus, je dirais que ce sont les arguments qui valent le plus. En ce sens, de nombreuses personnalités se sont exprimées sur ce sujet. On retrouve en haut lieu du contre l’ex-président de l’UEFA Michel Platini, qui estime que cette disposition « tuerait la fluidité de ce jeu » laissant à l’arbitre l’entière décision. De même, lors de la demi-finale de coupe du monde des clubs en décembre 2016 opposant le Club América aux Real Madrid, Cristiano Ronaldo et Luka Modric n’avaient pas donné beaucoup de crédit à cet arbitrage testé pendant la compétition, arguant que le système ne fonctionnait pas et perturbait tout le monde.

Fervent militant du pour, Arsène Wenger considère que cela aurait dû être mis en place depuis longtemps. Le technicien français a notamment déclaré au lendemain de la victoire de l’Espagne que les réactions négatives montrent « que le monde du football est toujours rétrograde, qu’il a peur d’avancer ». De son côté, le président de la FIFA Gianni Infantino n’a pas mis beaucoup de temps pour se démarquer de son ancien patron depuis qu’il est à la tête de la FIFA. L’Italien a comme point de mire la mise en place de la vidéo lors de la Coupe du Monde 2018 et veut « éviter qu’une compétition comme un Mondial se décide avec une grave erreur de l’arbitre » et améliorer le système déjà existant.

 

Il n’y a pas de véritable réponse pour le moment, néanmoins avec tous les éléments que nous possédons au vu des quelques essais réalisés, on peut déjà réfléchir à comment faire évoluer ce sport qui nous passionne tant, sans pour autant le dénaturer.