A Paris, François Fillon lance sa deuxième campagne

Le candidat des Républicains comptait sur son grand meeting de Paris pour relancer sa campagne et répondre aux critiques suite aux diverses affaires l'ayant impliqué cette semaine.

Deux mois après sa victoire à la primaire de la droite, François Fillon aurait probablement souhaité aborder son rendez-vous de La Villette dans de meilleures conditions. Ces dernières semaines, la communication hasardeuse de ses porte-paroles sur les grandes lignes de son programme, la fronde des sarkozistes ainsi que les trois affaires révélées cette semaine dans les médias ont en effet semé le doute sur la faculté de l'ex-Premier ministre à rassembler, tout en remettant en cause sa probité mainte fois autoproclamée.

Entouré de ses fidèles et de certains des malheureux de la primaire, à commencer par un Alain Juppé ovationné à de multiples reprises, François Fillon était évidemment attendu sur l'emploi présumé fictif de sa femme Penelope. « Nous n'avons rien à cacher », a commencé par dire son mari, demandant à ce qu'on laisse sa compagne « en dehors de ça ». Au premier rang, Penelope reste elle de marbre, saluant timidement la foule lorsqu'elle apparaît sur les écrans géants.
Passée cette brève défense, le candidat des Républicains a axé son heure de discours autour de grands slogans, exalté son programme, sa stature présidentielle, et attaqué ses adversaires.


Le candidat d’une « France libre »

En écho à son discours fondateur prononcé en août dernier dans son fief de Sablé sur Sarthe, François Fillon s'est dit le représentant de « la France des rois, des sans-culotte, de De Gaulle et d'Aimé Césaire », exprimant son désir de « rendre à la France » tout ce qu'il a « reçu d'elle ». Ces mots, il les a replacés sous une bannière plus universelle : « la France libre ». Prononcée à divers moments du discours, cette expression pourrait bien se révéler être le slogan du candidat dans la course à la présidentielle.
Cette France libre, l’ex-Premier ministre l’a défendue ce dimanche en la comparant aux Etats-Unis. « Debout toujours, à genoux jamais » a-t-il déclaré, car « la France n’est la vassale de personne », critiquant les ambitions de Donald Trump concernant les taxes sur les exportations des entreprises françaises outre-Atlantique. Sans surprise, François Fillon a également réitéré sa volonté de dialogue avec la Russie, non pas pour des raisons d’« amitié » avec Vladimir Poutine mais parce qe l'état russe « ne finance pas l’Etat islamique ». La lutte contre le califat est depuis le début de la campagne du candidat des Républicains un thème récurrent, son dernier livre en date étant titré Vaincre le totalitarisme islamique.
Dans cette même optique sécuritaire, François Fillon veut modifier en profondeur les règles concernant l’immigration. Son objectif : réduire celle-ci à « son strict minimum » tout en bannissant les arrivées s’effectuant « sans assimilation ni intégration ». Afin de parvenir à ses fins, le Sarthois sort un atout de sa manche, « conditionner l’aide au développement » des pays d’origine des migrants en fonction de l’acceptation ou non de ces derniers à favoriser leur retour. Au vu des nombreuses polémiques sur ce point, notamment en Tunisie, cette mesure ne serait pas la plus facile à mettre en place si François Fillon remportait la présidentielle.


La justification de son programme

François Fillon a profité de ce discours pour revenir sur les grandes mesures qui ont été le plus commentées depuis sa victoire à la primaire. Parmi elles, la suppression de 500 000 postes de fonctionnaires, nécessaire à ses yeux pour « rendre efficace la fonction publique ». Le candidat de droite s’est ainsi présenté comme « l’ennemi de la bureaucratie », qu’il accuse d’ « emmerder les Français » en s’adressant à la douzaine de milliers de personnes présentes ce dimanche après-midi à la Villette.
Concernant la Sécurité sociale et son apparent souhait de la privatiser, avant qu’il ne revienne dessus suite à des plaintes émanant de son propre camp, François Fillon considère que « les fossoyeurs de la Sécurité sociale sont ceux qui s’opposent à toute réforme ». Comprendre, entre les lignes, ses adversaires à la présidentielle. L’ex-Premier ministre s’est par ailleurs attardé plus en profondeur sur le social dans son discours, détaillant notamment quelques points lui permettant de s’autoproclamer « candidat du pouvoir d’achat » - tout comme Nicolas Sarkozy il y a cinq ans. Baisse des charges pour les couples à hauteur de 300€ par an, augmentation des petites retraites entre 300 et 600€ selon les cas, mise en place d’une « loi de programmation pour la guerre contre la pauvreté »… La tête de file des Républicains pour la présidentielle est ambitieux et le fait savoir, sans toutefois préciser le coût de ces revalorisations.


Attaque sur attaque

Le discours de François Fillon s’est aussi caractérisé par une longue partie en forme d’offensive directe contre les autres candidats à la présidentielle. Citant André Malraux, il a présenté son opposition comme « quatre gauches » dont fait partie l’extrême-droite. Pour Fillon et ses soutiens qui ont pris la parole à l’estrade avant lui (Virginie Calmels, François Baroin, Valérie Pécresse, Jean-Christophe Lagarde…), le Front National a exactement le même programme que le candidat de la France Insoumise : « Le FN nous a dit qu’il fallait préférer l’original à la copie. Aujourd’hui, l’original, c’est Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen la copie ». Cette comparaison loin d’être confirmée par les programmes a surtout permis à François Fillon de se positionner sur l’Europe, dont il souhaite « le réveil » aux niveaux de l’industrie, de la culture et de la défense communes – il a même évoqué l’ouverture d’un musée européen à Strasbourg.
Les deux autres gauches présentées par François Fillon en ont elles aussi pris pour leur grade. Celle de Benoît Hamon tout d’abord, accusé par le candidat des Républicains de fonder son programme sur « le rêve » et non sur « les actes », Fillon étant aussi insupporté d’entendre dire « que les Français n’ont pas d’autre avenir que le revenu universel », la mesure-phare du récent vainqueur de la primaire de la gauche.
Enfin, et même si Valérie Pécresse a présenté François Fillon comme « l’homme à abattre » de la campagne présidentielle, il semble que les Républicains aient choisi leur souffre-douleur. Au coude à coude avec Emmanuel Macron dans les sondages, François Fillon présente le leader d’En Marche ! comme un candidat de gauche, « le prototype du candidat du système » et questionne l’indépendance de son mouvement hors-parti : « Macron continuera la politique de François Hollande ». En ce dimanche 29 janvier, ce sont toutefois les orateurs précédant François Fillon qui ont fait figure de slashers anti-Macron. Qualifié - morceaux choisis - de « socialiste hors-sol », de « passager clandestin de la gauche » et de « marin d’eau douce », Emmanuel Macron possède désormais la confirmation qu’il est l’ennemi public numéro un à droite, signe que le presque quarantenaire inquiète ses rivaux les plus ardus. La lutte pour l’électorat du centre-droit sera effectivement essentielle dans la course au second tour de la présidentielle, et si l’UDI s’est déjà ralliée à François Fillon, ce soutien ne paraît pas suffisant pour rassembler cette manne d’électeurs face à un Emmanuel Macron qui attire depuis le dénouement de la primaire un nombre conséquent de juppéistes déçus. Macron-Fillon, ce sera en tout cas le duel à suivre dans les prochains mois.


Paul Idczak
Photo Paul Idczak / LPA