Aux Fauvettes, Ozon causait

Le réalisateur François Ozon était présent au cinéma les Fauvettes le mardi 20 septembre pour une masterclass animée par Jean-Pierre Lavoignat. L’occasion pour le cinéaste d’évoquer de nombreux aspects de son cinéma. Morceaux choisis.

Son moteur

« J’ai trouvé très tôt ma place. J’ai su que j’aimais faire des films, et raconter des histoires. J’aime le travail, mais je ne suis pas dans la souffrance comme certains réalisateurs. Je pars du principe que quand un film doit se faire, il se fait. »

Son choix de carrière
« Mon père avait une caméra Super 8, et il nous montrait ses films de vacances quand il revenait de voyage. Finalement, c’était un assez bon cinéaste, même s’il était biologiste ! J’ai récupéré sa caméra et commencé à tourner quelques courts métrages vers la fin de mon enfance. […] J’ai fait du théâtre, mais j’étais très timide et je me liquéfiais sur scène. Bizarrement, c’est en observant mon prof qui était assez sadique que je me suis rendu compte que je voulais être à sa place, et pas sur scène ou devant la caméra. »

Sa productivité
« Il y a plein de moyens de trouver un sujet de film : ouvrir un journal, allumer la télé, parler avec ses amis… Nous sommes entourés d’histoires. Le problème se trouve davantage au niveau du désir : quelle narration va-t-on avoir envie de développer et de travailler pendant des mois ? Je fais confiance à mon inconscient pour choisir la bonne histoire pour chacun de mes films. Et pour contrer le manque de désir, je me fixe des dates de production que je dois respecter. »

Sa vision du cinéma
« C’est de l’ordre du ludique. On est de grands enfants : je joue à la maison de poupées quand je fais Huit Femmes, à la guerre quand je fais Frantz… en tant que metteur en scène, je joue. On est dans la croyance qu’ont les enfants quand ils jouent au docteur par exemple. Le cinéma est très lié à l’enfance, c’est un immense terrain de jeu. »

L’écriture
« J’écris tout seul, mais j’ai besoin d’un regard extérieur, un avis de consultant. Avoir quelqu’un avec qui on s’entend bien et avec qui on a envie de dialoguer est très important dans le processus d’écriture. Le plus compliqué reste de trouver la fin d’un film. Une fois qu’on l’a trouvée, il ne reste plus qu’à tracer le chemin vers ce dénouement. »

L’imaginaire
« L’imaginaire, et le cinéma en lui-même, permettent de se sauver de l’effondrement. Créer des fictions, se projeter dans des aventures, ce sont des moyens de s’échapper de la réalité, ça aide à régler certaines choses. On peut même parler de valeur thérapeutique. Le film Sous le sable est porté par un deuil personnel, et cela a aidé à sa réalisation. Charlotte Rampling (l’actrice principale du film, ndlr) m’a dit qu’elle avait joué son rôle en pensant à sa sœur, morte alors qu’elle était très jeune, ce qui explique pourquoi elle porte si bien son personnage. »

La manipulation
« Pour reprendre les propos de Buñuel, je filme la réalité comme un rêve et les rêves comme la réalité. J’aime jouer sur cette ambiguïté entre ce qui est réel et ce qui ne l’est pas. Je sais à l’écriture que c’est un rêve que je filme, mais si c’est nécessaire de montrer un personnage qui se réveille, je n’hésite pas à le faire. Je l’ai d’ailleurs déjà fait ! »

Sa manière de filmer
« J’essaie au maximum de travailler avec les acteurs avant le tournage d’une scène, mais c’est assez difficile car ils arrivent souvent en retard ! Je me retrouve donc souvent à travailler avec la script et l’assistant. […] Je sais souvent ce que je veux filmer, mais je me laisse aussi la liberté de voir avec les acteurs comment tourner une scène particulière, ça dépend. Comme j’aime travailler avec mes acteurs, cela se fait le plus souvent sur le plateau avec eux. […]
Je fais rarement des story-boards, à part pour quelques scènes un peu compliquées et qui nécessitent des effets spéciaux, comme celle des tranchées dans Frantz, par exemple. Mais tout un film en story-boards, non ! C’est d’un ennui total de travailler sur des vignettes sans la présence des acteurs. »


Son rapport avec les acteurs
« Puisque je suis derrière la caméra, je parle beaucoup aux acteurs. Du coup, ils se sentent privilégiés, un rapport de confiance s’installe rapidement entre nous.
J’attends qu’un acteur s’empare d’un rôle, et qu’il y ait un rapport simple entre nous. Je ne suis pas dans le sadisme comme mon professeur de théâtre, mais dans l’empathie. Il faut, en tant que réalisateur, s’adapter aux acteurs et aux actrices. Quand on a plusieurs grands noms dans un film, c’est là que l’adaptation est la plus compliquée. »


Ses choix de casting
« Dans un film, ce sont les acteurs qu’on voit en premier. C’est pour ça que j’aime jouer avec leur image, comme celle de Catherine Deneuve dans Potiche. D’un autre côté, c’est aussi très émouvant de voir de jeunes acteurs tourner pour la première fois sans avoir conscience de leur image à l’écran. Au contraire, quand on travaille avec une star, tous ses anciens rôles trainent derrière vous, et il faut prendre cela en compte dans la balance. »

Les actrices
« Les personnages féminins m’intéressent plus. Je trouve que l’intériorité est plus visible sur le visage d’une femme que sur celui d’un homme. Je prends beaucoup de plaisir à travailler avec les actrices, car une complicité va plus facilement s’installer. Avec les acteurs, au contraire, il y a plus de conflits. […] Les femmes sont plus victimes que les hommes dans notre société, elles doivent davantage se battre. Mes films incluent souvent un travail d’identité chez les personnages, et il sera plus visible chez un protagoniste féminin. »

Les acteurs débutants
« Ça se passe tout le temps très bien entre les jeunes acteurs et moi. Il y a une relation forte qui se crée pendant le tournage. J’essaie aussi de les préparer à l’après, de les préparer pour la sortie du film. Il y a de nombreux cas où les acteurs ne se remettent pas d’un rôle, j’essaie que ça n’arrive pas avec les acteurs que je fais débuter dans mes films. »

Paul Idczak
(Crédits photo : Mars Distributions)