Fullmetal Alchemist : un film qui veut rattraper le manga

Le 19 février sortait Fullmetal Alchemist, adaptation en live action du manga du même nom, l’un des plus connus du monde. Critique.

Par Julia Maz-Loumides
22 février 2018

Un peu d’histoire s’impose pour bien saisir les enjeux de ce long métrage réalisé par Fumihiko Sori. Full Metal Alchemist (FMA) est un manga écrit par Hiromu Arakawa et adapté en deux séries animées : une première en 2003 et une seconde, Fullmetal Alchemist Brotherhood, en 2009, reprenant la trame du manga originel de manière plus fidèle.

Après une sortie le 1er décembre au Japon, l’adaptation est désormais disponible sur la plateforme Netflix : que vous soyez fan absolu de L’Alchimiste de Métal ou simplement curieux, partez, vous aussi, à la recherche de la pierre philosophale !

 

 

« L’humanité ne peut rien obtenir sans donner quelque chose en retour. Pour chaque chose reçue, il faut en abandonner une autre de même valeur. En alchimie, c’est la loi fondamentale de l’échange équivalent. »
Fullmetal Alchemist
 

 

Imaginez un monde où l’alchimie serait élevée au rang de science universelle. Nous suivons l’histoire de deux frères, Edward et Alphonse Elric. Lors d’une expérience interdite, les deux enfants tentent de ressusciter leur mère. Le cadet, Alphonse, perd son corps tout entier tandis que l’ainé, Edward, se fait prendre sa jambe gauche puis son bras droit pour sauver l’âme de son frère qu’il rattache à une armure de métal. Improbable ? Sûrement. Mais c’est bien là l’histoire de FMA.

Edward rejoint « l’armée » en devenant un alchimiste d’État et reçoit le surnom de Fullmetal Alchemist, littéralement l’Alchimiste de Metal, pour partir en quête de la légendaire pierre philosophale, source ultime de pouvoir, qui lui permettrait de récupérer le corps de son frère et ses membres.

Jusqu’ici entre le manga et le film, l’histoire se coordonne. Mais comment, en deux heures, faire tenir 27 volumes ? C’est là que la limite se fait ressentir. « Nous resterons fidèles au manga », annonçait le réalisateur Fumihiko Sori. Malgré une mise en contexte très appréciée dès les premières minutes du film, le scénario devient rapidement difficile à suivre pour les néophytes et apparaît pratiquement bâclé pour les fans de la première heure. Les nombreux clins d’œil, au manga ou à l’animé, ravissent bien évidemment les connaisseurs : nous retrouvons le Docteur Marcoh, Nina & Alexander, Cornello… Avec une trame tournée autour de la recherche de la pierre philosophale.

 

Toutefois, il paraît impossible, et le film le prouve, d’approfondir comme il se doit les différentes facettes des personnages ainsi que les histoires qu’ils amènent : une faiblesse scénaristique palpable qui survole toutes les questions philosophiques et éthiques posées par le manga.

Parlons-en de ces personnages. Le jeu asiatique est connu pour son côté « too much » qui peut surprendre le nouveau spectateur. Les sentiments sont poussés à leur paroxysme, les gestes deviennent grossiers, les voix forcées, les mimiques grotesques… Il faut regarder ce film en prenant en compte cet aspect : non, vous ne regardez pas un blockbuster américain avec des acteurs rodés, il s’agit d’un film japonais dont les acteurs reprennent, sûrement un peu trop, les mises en scène des mangas et animés. Comme le disait le réalisateur cité plus haut, « nous resterons fidèles au manga », et ce jusque dans la façon d’interpréter les rôles.

Au niveau de la distribution, Ryosuke Yamada, qui interprète le rôle d’Edward Elric, va sûrement recevoir nombre de critiques quant à sa coupe de cheveux ressemblant plus à une perruque blonde laquée. Toutefois l’acteur trouve ses marques et nous livre un jeu très proche du personnage originel. De même pour Dean Fujioka dans la peau du parfait Roy Mustang, dont le charisme crève l’écran. Une mention spéciale également pour Ryuta Sato qui joue le jovial Maes Hughes : son côté attendrissant et son rire marqué arrachent nos sourires.

Concernant les « méchants », les trois homonculus, sortes d’humains artificiels aux pouvoirs inquiétants, ils sont brillamment choisis : Yasuko Matsuyuki pour la sulfureuse Lust, Shinji Uchiyama pour le gourmand Gluttony et Kanata Hongo pour le terrible Envy. Pour la voix d’Alphonse, Atomu Mizuichi ne déçoit personne, à condition de regarder le film en VO. La seule pour laquelle les fans grinceraient des dents serait Tsubasa Honda qui interprète Winry Rockbell, meilleure amie et mécanicienne des deux frères : si le film se veut conforme au manga, pourquoi avoir choisi une brune à la niaiserie à peine cachée pour jouer l’adolescente blonde, forte et courageuse, qui soutient sans cesse les Elric ? Mystère.

 

Pour faire la part belle des choses, il faudrait se concentrer un peu plus sur l’œuvre en elle-même sans faire intervenir le manga à tout va.
 

Je souhaiterais faire une ovation pour le côté « live action ». Alphonse Elric est une armure métallique en mouvement, créée de A à Z par ce système et travaillée en avale. Un seul mot : splendide. Le film parvient à rendre le personnage réel, comme si un acteur habitait le géant : la fluidité en plus. Visiblement tout le budget a été placé dans cette prouesse car, à côté, les effets spéciaux frôlent la catastrophe, à la hauteur d’un film d’il y a dix ans et loin de ce que le marché propose actuellement. Manque de sous ? Pourtant la Warner Bros, qui distribue le film, est une machine à créer des blockbusters. La pilule s’avale difficilement : les créatures fantastiques semblent sorties d’un fan film, les pouvoirs des alchimistes crient au vulgaire fond vert et les transformations de Gluttony s’élèvent au rang de piètre film d’horreur.

Après 137 minutes de visionnage, je peux l’affirmer : je retourne au manga. Lui, au moins, est complet. Le gros souci du film reste son timing, en 2 h il semble impossible de retranscrire cette belle histoire, alors les choix scénaristiques deviennent forcément mauvais, car il faut couper, trancher, malmener… Les personnalités si profondes et détaillées des homonculus se réduisent à des « méchants » contre les « gentils ». Le manga ne possède justement pas ce côté si manichéen, il apporte nombre de nuances en touchant subtilement au côté philosophique de la vie et de la mort. Les questions éthiques détiennent également leur importance : ressusciter un humain, créer un être artificiel, grandir hors de son corps, tuer pour survivre… Toute une panoplie de questions qui donne au manga une force incomparable ainsi qu’une double lecture formidable. Il manque ce recul et cette profondeur au film. Peut-être cela sera-t-il apporté par le second volet. Car, passé le générique de fin, une dernière scène fait son entrée, annonçant ainsi, à la façon d’un Marvel, que l’histoire d’Edward et Alphonse Elric n’est pas finie…