La Banque Centrale Européenne (BCE) souhaite permettre une démocratisation des transferts d’argent par le simple biais de son téléphone portable, faisant ainsi perdre aux banques traditionnelles leur quasi-monopole dans ce secteur.
 

La BCE avance pour cela une date : « d’ici 2018 ». Un an pour changer les habitudes quotidiennes de plusieurs millions de consommateurs, cela paraît très optimiste de la part de l’institution bancaire européenne. Pour rappel, la BCE est chargée de créer de la monnaie en cas de besoin, elle est la seule habilitée à faire cela mais dicte également les grandes orientations de la politique monétaire dans la zone euro.
 

Ainsi, la Banque Centrale espère mettre fin l’International Bank Account Number (IBAN) ce long code qui permet d’identifier son compte bancaire dans le monde entier. En France, il compte 27 chiffres, ce qui est bien difficile à retenir en cas de besoin. Désormais, un simple numéro de téléphone suffirait.
De même, les paiements par mobile permettraient de créer les virements instantanés. En effet, entre la demande à la banque et le reçu de l’argent par le destinataire, il se passe de un à trois jours, suivant les banques, parfois plus si vous êtes en fin de semaine, car ce que l’on appelle les « écritures bancaires » ne se font pas le week-end.



Au revoir les cartes bleues ?
 

C’est donc à un système véritablement archaïque que la BCE semble vouloir mettre fin, avec une finalité extrême : mettre fin aux cartes bleues, un désir de longue date de nombreux commerçants. Pourquoi ? Car à chaque fois que vous payez par carte, le commerçant reverse un pourcentage du prix à la banque concernée. Le pourcentage précis est difficile à définir car il dépend énormément des banques. Cela peut aller de 0,2% à plusieurs pour-cents du prix total ! Le paiement par mobile pourrait mettre fin à cette commission.
 

Pour les opérateurs télécoms, devenir de véritables nouvelles banques réclame de lourdes infrastructures, parmi lesquelles des serveurs capables de stocker les données de votre monnaie scripturale, ce qui peut freiner leurs velléités de modernisation. 
Orange n’est pas de cet avis et prévoit aux alentours de l’été l’ouverture de son Orange Bank. En effet, désormais, toutes les nouvelles boutiques auront leur espace « banque », seront dotées de distributeurs de monnaie et de « quelques innovations », promet la marque, qui reste pour l’instant très discrète sur le sujet. On sait seulement qu’Orange compte moderniser l’image de la marque en la rendant « hyper simple et pas chère. » Le but avoué étant la rapidité, en sautant les étapes chronophages des banques traditionnelles, notamment en promettant « une ouverture de compte en quelques minutes, et le retour à la maison avec sa nouvelle carte bleue prête à l’emploi. » Une carte bleue ? Oui, Orange Bank ne semble pas encore prêt à les jeter aux oubliettes. L’idée première reste tout de même de pouvoir gérer son compte comme l’on gérerait son forfait mobile.

 


Bataille et arrangements
 

Ce désir de la BCE est donc tout proche de devenir réalité, seulement, de nombreuses zones d’ombre demeurent encore. Parmi l’une d’elles, quid de nos comptes actuels dans les banques traditionnels ? Vouloir changer de banque est bien souvent un parcours du combattant, bien qu’il ait été un peu facilité aujourd’hui. Les nouvelles banques sauront-elles relever ce défi de facilitation des démarches ?
C’est sans doute pourquoi Orange veut moderniser l’image de la banque, pour attirer de jeunes adultes dans ses filets, déjà clients mobiles, pour qu’ils ne les quittent plus après. Une certitude, cela augure d’une féroce bataille entre les opérateurs et les banques. Enfin… après tout, certaines banques détiennent déjà quelques opérateurs télécom, par exemple le Crédit Mutuel avec NRJ mobile, ou BNP Paribas qui a quelques liens avec Orange. Peut-être pourront-ils s’arranger ?



Théophile Pedrola
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