Des milliers de gilets jaunes manifestaient dans toute la France samedi 1er décembre. A Paris, la journée a été entachée de nombreuses violences, plongeant les rues de la capitale dans une atmosphère chaotique.

Par Paul Idczak & Léo Sanmarty
Photos Léo Sanmarty

2 décembre 2018

Les annonces de l’exécutif ne les auront donc pas calmés. Samedi 1er décembre, des milliers de « gilets jaunes » ont une nouvelle fois manifesté à Paris et dans toute la France. Ils étaient 8.000 dans les principaux lieux de rassemblement de la capitale, selon les chiffres de la police. L’épicentre de la colère se situait place de l’Etoile, bondée depuis le début de la matinée, et dont les images d’affrontements entre les casseurs et les forces de l’ordre feront encore probablement le tour du monde. On s’est rendus sur place pour prendre la température autour des lieux.

Combien de temps faut-il pour atteindre « la plus belle avenue du monde » ? En matinée, les Champs étaient ouverts, mais en début d’après-midi, avant même l'heure « officielle » de début de la manifestation, les CRS ont déjà bloqué les différents accès. Le long de la Seine, des processions éparses de « gilets jaunes » espèrent atteindre leur but. Quelques-uns brûlent des radars, en s’écartant de l’objet par peur d’une éventuelle explosion. Une femme clame haut et fort que les gilets jaunes « vont prendre la Bastille ! » Les déplacement se font au gré des « consignes » des CRS, qui demandent aux « gilets jaunes » de se rendre un pont plus loin pour trouver une entrée ouverte. Il n’y en a finalement qu’une seule. En l’occurrence, celle où les heurts ont lieu : autour de l’arc de Triomphe.

Barres de fer déracinées

Philippe, 66 ans, accompagne les flots discontinus de troupes parées de jaune. « Un seul accès, c’est dommage pour ceux qui veulent manifester normalement », déplore-t-il. Le jeune retraité regrette le sort donné aux retraités de la part du gouvernement : « Il y a eu la hausse de la CSG, et maintenant la baisse des pensions de reversion pour les veufs… Il n’y a pas d’équilibre. »  Autour de lui, en plus, avance un groupe apparemment prêt à en découdre. « Ne restez pas avec eux », conseille Philippe. Les barres de métal plantées dans l’herbe autour de la statue du Génocide arménien ont été sorties de terre par certains casseurs.
 

L’avenue Marceau, au sud de l’Etoile, fait tout de suite comprendre au visiteur ce qui l’attend lorsqu’il parviendra au bout. Sur les contre-allées, des véhicules retournés portent les traces des incendies qui les ont rendus hors d’usage. L’odeur âcre de la fumée commence à prendre au nez, et les pavés disséminés sur les trottoirs vides rappellent les affrontements du matin. A chaque rue, les CRS forment des lignes où les fouilles sont obligatoires. Une fois ces protections franchies, les « gilets jaunes » ont pour beaucoup pris leurs précautions anti-lacrymogène : un foulard, en général, des masques à gaz pour les plus équipés. Avenue d’Iena, Sophie, une jeune Parisienne, patiente avec trois amis. Sa bouche cachée par un tissu aux motifs violets, elle témoigne de la colère palpable. « Le gouvernement a réagi trop tard, dit-elle. Maintenant que la mayonnaise a pris, ils se retrouvent dans une impasse ! »

Flashballs menaçants

Rideaux de CRS et chapes de fumée blanche remplissent le champ de vision. L’oreille finit par s’habituer aux fréquentes déflagrations de pétards et aux sons secs des projectiles échangés entre manifestants et CRS. La majorité de la place de l’Etoile paraît néanmoins apaisée, après les violentes images de la matinée. C’est dans la lisière que les esprits s’échauffent. Les Champs sont bloqués par les fourgons blindés et les CRS en ordre de bataille, pointant leurs flashballs menaçants vers quiconque oserait défier leur autorité. Devant eux, pavés et les lacrymos constellent les airs, compliquant l’accès à l’Arc tant l’atmosphère dégénère rapidement. Face aux heurts, une partie des « gilets jaunes » a d’ailleurs privilégié République ou Bastille aux Champs transformés en champs bataille du 8e arrondissement. 412 interpellations et 133 blessés viendront ternir le bilan de ce troisième samedi de mobilisation jaune fluo.