Lettre 12 – Semaine 35/35 – Dublin

Last day, lettre à la fin,

 

 

Je ne t’attendais pas, bien que tu m’aies prévenue avant même le début de cette aventure que tu viendrais me chercher le 18 juin 2018.

J’ai essayé de t’oublier, je t’ai repoussée de 30 jours le temps d’un dernier voyage, mais malgré tous mes efforts je sais que tu me rattraperas demain matin à 10h05 sur le siège 18E de l’avion direction Bâle. Je me rapproche dangereusement de toi, la fin.

Toi et tes amis les souvenirs et la nostalgie viendrez me rendre visite rapidement, mais s’il vous plait laissez moi encore profiter de mon dernier jour.

 

Un dernier jour à Dublin, c’est la statue de James Joyce qui regarde le ciel gris presque nuancé de bleu parce qu’on veut trouver du positif dans chaque détail. Un dernier jour à Dublin, c’est toujours autant de touristes autour de Trinity College et dans Temple Bar, pourchassés par les compagnies de bus et les agences de voyages. C’est Grafton Street qui grouille de monde et des musiciens tous les 50 mètres. Ce sont peut être aussi des dizaines ou des centaines de glaces vendues malgré les 15 degrés, car si l’on patientait sagement que le soleil daigne se montrer pour avoir un cornet dégoulinant entre les doigts, on ne se trouverait probablement jamais en Irlande.

 

Moore Street, le marché noir bat son plein au cœur du brouhaha et des sachets qui se remplissent de fruits frais : pommes, clémentines, poires, tomates, cannabis, bananes, cigarettes… que du frais mais pas obligatoirement du fruit. Un éternel duel, combat silencieux entre les marchands et la Guarda locale.

Groupés autour du Spire, cette immense tour dont personne ne connaît l’utilité, les associations aux gilets fluorescents continuent de s’acharner à arrêter les passants pour les milliers de causes qui méritent d’être défendues dans le monde.

Les directions indiquées par les panneaux rédigés en irlandais et en anglais rappellent à chaque carrefour un peu de l’héritage celtique du pays très fortement influencé par la culture britannique.

La harpe, emblème national irlandais se fond dans le décor des architectures, bâtiments officiels et devantures de pubs, tout comme le signe de la Guinness.  

Les affiches et autocollants rouges et bleus installés lors de la campagne pour le référendum sur l’avortement laissent deviner la tension présente dans la capitale quelques semaines plus tôt.

Dublin ressemble à n’importe quelle autre grande ville, avec ses loyers aussi chers que Paris, sa mode londonienne et son multiculturalisme ambiant. Le nombre de barbes, moustaches et bras tatoués arpentant les ruelles doit cependant sûrement être plus élevé que la moyenne européenne.

Les gens lisent le journal, déambulent sans destination ou au contraire se pressent, le téléphone collé sur l’oreille un pied dans le bus : juste un autre lundi pour eux, le dernier lundi pour moi.

 

Après avoir traversé O’Connell Bridge, je profite une dernière fois du parc Saint Stephens Green, verdoyant après la pluie des dernières années euh jours pardon, les pigeons m’escortant de près pour une demi miette de sandwich au fromage.

17h30, l’heure de ma dernière bière au Toners avec mes professeurs, le match de foot Tunisie – Angleterre en fond. Rebecca s’amuse joyeusement à m’imiter au jour 1, quand ma détresse face à l’anglais pouvait se lire sur mon visage et que construire une phrase contenant un tant soi peu de peu de sens signifiait un effort considérable. Donal, Dairmaid, Rebecca, Connor, tous voient défiler des dizaines d’élèves dans leur classe et tentent comme nous de garder une trace de nos passages en nous enseignant leur langue, teintée de leur subtile accent.

20 heures, direction Abbey Street saluer Karl, le remercier d’avoir eu assez de patience pour m’employer chez Reynolds pendant un an malgré mes bafouillages de débutante et mes (lourds) problèmes de compréhension avec les clients. Merci aussi pour tous les chemins de randonnée et les bons plans qui m’ont permis de vivre un voyage au milieu des montagnes et des moutons, « fucking cool » comme il aurait dit.

 

L’Irlande ce n’est pas le pays le plus dépaysant du monde, ce n’est ni le Japon ni les USA, c’est coûteux à tous les niveaux, il pleut… souvent, l’adaptation à la gastronomie prend du temps. Mais si des gens du monde entier déménagent pour y vivre c’est bien qu’il y a ce petit je ne sais quoi en plus : indescriptible, propre aux gens et à la culture, qui dépasse largement la bière, les trèfles et les moutons.

Michel Sardou était juste de décrire les lacs du Connemara comme une terre où des hommes d'ailleurs viennent chercher le repos de l'âme et pour le cœur un goût de meilleur.

 

Thanks a million, it’s not the end, 

 

Manon

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PAR MANON DEBUT
28 juin 2018