Lettre 5 – Semaine 10/35 – Dublin

 

Hola Monica,

 

Tu ne seras probablement jamais en mesure de comprendre cette lettre puisque tu parles espagnol et non français, mais ça ce n’est rien. Je te la traduirai, je t’appellerai, on se retrouvera peut être chez toi à Mexico ou chez moi à Lille un jour, qui sait. On se débrouillera, on s’est toujours débrouillées pour communiquer à Dublin chez les Hynes.
 

Je voulais profondément te remercier d’avoir partagé cette chambre avec moi, d’avoir été ma roomate au cours de ces 3 mois en Irlande. Evidemment, je me suis expatriée pour apprendre l’anglais, rencontrer des Irlandais et des moutons sauvages sur les routes, mais tu fais autant partie de cette expérience que tous ces beaux clichés. Tu m’as fait découvrir un échantillon de ta culture au fur et à mesure que nous découvrions ensemble la culture irlandaise, par ta joie et tes histoires tu as ajouté un pays à visiter à ma liste de voyages. Plus de frontières pour toi, vivant au jour le jour tu sautes de ville en ville : Dublin, Brighton puis Malte pour achever ton périple.

Tu vas pouvoir constater en direct la rivalité Irlande – Royaume-Uni maintenant que tu es du côté « British », surtout que depuis quelques jours l’Irlande donne du fils à retordre à Theresa May, la Première ministre britannique. Alors que les accords autour du Brexit tentent de se concrétiser pour faire avancer le dossier, reste la question inévitable de l’Irlande du Nord.
 

Depuis le siècle dernier, l’Irlande est déchirée par de nombreux conflits internes qui ont donné lieu à des violences civiles entre 1969 et 1998, engendrant plusieurs milliers de morts. Ces « troubles » comme ils étaient nommés étaient liés à des questions de droits civiques : la minorité catholique vivant en Irlande du Nord se sentait écrasée par l’influence britannique, de confession majoritairement protestante. Cette sanglante période à l’origine de l’inspiration du titre Sunday Bloody Sunday du groupe irlandais U2 s’est apaisée au début du XXème siècle restant ancrée dans les mémoires.

Le problème aujourd’hui ? Le Royaume-Uni voudrait sortir du marché unique européen et de l’union douanière, et cela inclurait inévitablement l’instauration d’une frontière autour du pays et par conséquent de l’Irlande du Nord, qui elle ne veut surtout pas de cette frontière pour des raisons économiques. De plus, elle diviserait à nouveau le pays et risquerait un retour des tensions. La seule solution serait l’obtention d’un statut spécial en ce qui concerne la partie nord de l’Irlande, mais ce statut est inacceptable pour le parti protestant DUP qui désire rester lié au Royaume-Uni.

Enfin bref, cette histoire beat bien around the bush, et nous connaîtrons le mot de la fin chacune d’un côté de la frontière.

Sinon, tu vas m’applaudir, le manager de la boutique dans laquelle je travaille m’a enfin fourni la lettre qui va me permettre d’accéder au Saint Graal, le PPS number ou plutôt le « Personal Public Service Number », ce cher précieux va m’octroyer moult droits et opportunités. Grace à lui, je vais pouvoir avoir une identité ici et être remboursée des taxes que l’état prélève, si c’est pas Noël avant l’heure tout ça ! Tu pourras admirer une photo de l’exemplaire ci-dessous et apprécier la signature qui vaut de l’or.

Pour que tu aies un petit souvenir de Dublin et quand même de Temple Bar, le quartier le plus touristique de la ville, je t’ai préparé une petite vidéo souvenir parce que même si les bières coutent 7€ et qu’on est pauvre, il faut avouer que Noël et Temple Bar ça matche parfaitement bien et c’est très féérique.

Pour ne pas que tu oublies que tu as vécu trois mois avec une française un peu folle, voici la photo de nos têtes fatiguées à 3 heures du matin avant que tu prennes ton taxi pour t’envoler loin de moi : toi parce que tu viens de te réveiller et moi  parce que je rentre de soirée …

Je te souhaite une bonne découverte de la vie, merci pour tout ce que tu m’as appris et rappelle-toi que la langue n’a jamais été un frein à nos relations, que tu peux toujours mimer si tu n’as pas les mots, j’ai confiance en toi, you are the master.

 

Enormous hug,

 

Manon the French roomate

 

PS : Merci pour l’adorable mot de remerciement que tu m’as laissé.  

PAR MANON DEBUT
8 décembre 2017