Lettre 6 – Semaine 16/35 – Dublin

 

Très chère coloc lilloise du boulevard de la Liberté !

 

Au fil de mon voyage, alors que le temps suit son cours et que je me sens appartenir jour après jour au paysage, cela serait tout de même mentir de ne pas avouer que lors de rares moments, mon esprit vagabondant librement, mes pensées ne me ramènent pas inlassablement vers Lille et vers vous.  

Vous qui n’êtes pas à mes côtés, vous qui décortiquez l’actualité news après news, vous qui foncez vers les concours à toute allure alors que je poursuis mon aventure.

Ne cherchez pas d’angle dans cette lettre, il n’y en a pas. Vous trouverez en outre de timides rayons de soleil rebondissant sur la fine couche de neige, réchauffant les froides températures qui enveloppent l’Irlande depuis quelques temps. Je crois savoir que l’une des épreuves à valider est une écriture d’invention, je vous propose donc pour un court instant de vous laisser guider par le fleuve de mon imagination (et de mes mille occupations !).

 

Après un Christmas break français bien mérité et un nouvel an bien arrosé, mon cerveau a (plus ou moins) re switché en anglais, et moi j’ai fait un grand saut pour passer du niveau C1.1 à C2.3 : Fini les sous-titres des séries pré-dodo, on passe aux gros titres des journaux et on se branche Irish news !

Grâce à mon brave job, 6 Abbey Street chez Reynolds, tous les soirs entre 21h30 et 22h une de mes tâches consiste à trier, empiler et ficeler les piles de newspapers invendus de la journée avec grand soin… alors autant que je vous sois utile en vous apportant de fraiches infos et points de vue, tout droit venus de Dublin.

 

Alors qu’en France, la loi Veil est inscrite dans le « Code de santé publique » depuis le 17 janvier 1975, l’avortement ou abortion en Irlande est illégal et fait débat depuis l’annonce en septembre dernier d’un référendum prévu pour mai ou juin 2018. Le 8ème amendement reconnaît depuis 1983 un droit égal à la vie d’une mère et de l’enfant qu’elle porte. Excepté en cas de danger de mort pour la mère, une femme ayant avorté sur le sol irlandais peut encourir jusqu’à 14 ans de prison. Cela fait donc de l’Irlande un des derniers pays européens à restreindre voir empêcher l’avortement. A Malte cette pratique reste entièrement illégale, ainsi qu’en Pologne et à Chypre, où l’avortement est toléré sous certaines conditions.
Selon Mediapart, 170 216 irlandaises auraient ainsi avorté à l’étranger depuis 1980. Il n’est donc pas rare (plutôt quotidien même) qu’au cours d’une ballade dans les rues pavées de la capitale, des associations internationales comme Amnesty International, qui portent des gilets jaunes super fluo et un grand smile, t’interpellent pour t’expliquer la question et l’argent que tu peux investir dans cette cause.

 

Autre fait notable, Dolores O’Riordan (qui se situait contre la dépénalisation de l’avortement), la chanteuse principale du groupe de rock irlandais The Cranberries (qui signifie au passage  Les Canneberges, petit arbrisseau sauvage de baies rouges) est décédée...
Je peux vous assurer que son portrait a, comme vous vous en doutez, fait la Une de tous les journaux pendant une semaine, que ce soit en tête de « The Irish Times » ou de « The Sun ».

En guise d’hommage, voici le lien d’une de leur plus célèbres chansons,  Zombie : 

PAR MANON DEBUT
22 janvier 2018

Ecrite en 1994, les paroles portent un message de paix, notamment suite à « l’attentat de Warrington » provoqué par  l’IRA (Irish Republican Army) qui avait engendré la mort de deux enfants en 1993. Plus largement, la chanson fait référence aux violences faites dans le monde et à l’année 1916 en Irlande, date de l’insurrection de Pâques : les groupuscules armés républicains et nationalistes irlandais souhaitaient chasser les britanniques d’Irlande en organisant une insurrection. La révolte fut très violente mais dura peu de temps. Après six jours, les forces britanniques reprirent le contrôle. Il faudra attendre le traité de Londres du 6 décembre 1921 pour que l’Etat libre d’Irlande voit le jour…

 

Après cette chouette pause actualité, je vous propose de sauter avec moi dans un bus et de vous délécter de la fameuse histoire de The Giant’s causeway :
 

« La légende raconte que le géant irlandais Fionn Mac Cumhaill défia au combat le géant écossais Benandonner. Pour le faire, il construisit une chaussée à l’aide de colonnes de pierres, un chemin reliant les deux pays afin que les deux géants puissent se rencontrer sans que leurs pieds ne trempent dans l’eau. Cependant Fionn se cacha de Benandonner quand il réalisa trop tard que celui ci était bien plus imposant que lui. Oonagh, sa femme, eut alors l’ingénieuse idée de le déguiser en bébé et de l’installer dans un berceau. Quand Benandonner vit la taille du ‘bébé’, il estima alors que son père Fionn devait être un géant parmi les géants ! Terrifié, il prit peur et rebroussa chemin, courant se réfugier en écosse. Afin que Fionn ne puisse jamais le suivre, il  détruisit la chaussée. »
 

Je vous laisse apprécier les vagues, les très beaux tags muraux  du Peace Wall de Belfast et le superbe logo d’EF qui vous accompagnera tout au long de la vidéo. J’ai transmis cette vidéo de propagande à l’école en échange d’une réduction sur le voyage pour faire un clip où tout le monde à l’air toujours heureux alors qu’en réalité, on se les caille bien et qu'on a fait 6 heures de bus.

Tendresse, courage et chocolats,

Best regards girls, 

 

Manon, still Lilloise malgré le sang couleur Guinness