Lettre 7 – Semaine 18/35 – Dublin

 

Mes très chères tatie Thérèse, tatie Christiane et mamie Suzanne !

 

Finies les cartes postales sableuses des vacances au bord de la mer relatant nos chamailleries fraternelles et les couleurs des cerfs-volants. Recouvertes d’une écriture plus ou moins lisible, on pouvait tenter de déchiffrer sur celles-ci, quelques mots mûrement réfléchis : « Coucou Mamie, ici il y a du soleil, je m’amuse bien, hier on a été à la piscine et on a mangé une glace, gros bisous ! »  Aujourd’hui plus de papier, de timbre ou de stylo, un simple transfert Internet suffit, merci la technologie ! Les news sont en revanche restées intactes et nous pouvons même constater qu’elles se sont légèrement étoffées en terme de contenu.

 

Si j’aime toujours l’école, l’anglais, mes cours et que mon adaptation à la culture irlandaise se poursuit en douceur, il faut tout de même que je précise quelques détails concernant le fonctionnement de tout cela. Etant dans une école internationale et non traditionnelle irlandaise, le système éducatif ne suit pas le modèle irlandais.  

Première différence : la plupart des écoles (primary et secondary schools) ne sont pas mixtes, même si la tendance commence doucement à s’inverser. La mixité se trouve à partir de l’université, plus généralement au moment des études supérieures. D’autre part, certains établissements appartiennent à la paroisse mais sont financés par l’état, la religion ayant encore une forte influence dans le pays. Tous les matins en montant dans le bus, j’ai donc la chance de croiser des ribambelles d’uniformes sautillants qui descendent et empruntent le chemin de l’école. Chaque établissement a son propre modèle et je les trouve plutôt beaux, très colorés et élégants.

PAR MANON DEBUT
9 février 2018

"L'accent français est tellement fort que vous ne prendrez jamais d'autre accent !"

Pour continuer sur mes propres cours, dans une semaine je passe en C2 développement, c’est une sorte d’aboutissement en soi puisque c’est le niveau le plus avancé de l’école. Je travaille tellement mes rédactions écrites que mon niveau d’anglais est devenu meilleur sur feuille qu’à l’oral, ironique non ? Mais ne vous en faites pas, comme ma prof irlandaise m’a bien fait comprendre (et accessoirement les Irlandais par leurs subtiles expressions faciales quand ils ne me comprennent pas), « l’accent français est tellement fort que jamais vous ne prendrez aucun autre accent ! ».

Pour contrebalancer le paquet de langage formel que je dois digérer chaque semaine en classe, quand je travaille chez Reynolds, Karl le manager s’amuse beaucoup à m’apprendre des mots ou des expressions pas très très formelles pour le coup : « How are you ? » avec une bonne articulation devient « Hawayya ??? » qui s’associe aisément avec un regard inexpressif. Notre charmant « Bye Bye » se transforme en « BoBoi », accent Dublinois de banlieue. Le reste des exemples, je les garde pour moi afin de ne pas heurter votre délicate sensibilité. 

 

Vendredi après-midi, comme j’avais trois heures devant moi, je me suis promenée le long du canal qui traverse Dublin. Il m’a mené jusqu’au musée d’art moderne : IMMA (Irish Museum of Modern Art). Des expositions temporaires sont exposées en continu et surtout surtout, c’est un musée gratuit… je crois que ce mot est sorti de mon vocabulaire tellement les occasions de l’employer ici sont rares. J’arrête de me plaindre et je vous présente l’expo the Edge of the Landscape de William Crozier, peintre irlandais/écossais :

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Ce que j’ai trouvé intéressant dans ce défilé de tableaux exaltant les couleurs primaires, ce sont les différents temps de la vie de Mr. Crozier. Il a vécu entre 1930 et 2011 et a eu de nombreuses inspirations qui se répercutent énormément dans ses œuvres. Une période post-traumatique montre un certain nombre de squelettes et de sang… d’autres, de simples paysages sans présence humaine. Jean Paul Sartre fut l’une de ses inspirations dans les années 1940 à Paris. Comme quoi les français sont vraiment partout. On dira que le côté « penché » des mes photos provient du fait que j’ai fait de l’art moi aussi avec la caméra, ou peut être que les clichés n’étaient pas tout à fait légaux et qu’il fallait faire preuve de discrétion, à vous d’interpréter… 

 

Après cette pause artistique, petite actu sportive : samedi, vers 17 h, le Sinnotts Bar a accueilli des dizaines d’irlandais et de français venus assister au match de rugby France-Irlande. Plus de huit gigantesques écrans, des litres de bière, des drapeaux nationaux et des supporters motivés étaient réunis dans pas beaucoup de mètres carrés. On peut dire que c’était mémorable car les français qui menaient au score à 1 min de la fin, on réussit à perdre après la 80ème minute de jeu par un drop de Jonathan Sexton, joueur irlandais qui avait déjà marqué environ 100% des points irlandais au cours de la partie.  Je me suis bien fait huer en rentrant à la maison le soir mais je ne garde que le meilleur : l’odeur de Guinness sur mon t-shirt quand les bières ont valsé de joie ou de déception que sais-je, à la 81ème minute.

Ma lettre touche à sa fin, j’espère que Lille va aussi bien que Dublin. Comment va le jardin ? Des confitures de pommes et de poires sont à prévoir pour le printemps ?

En attendant un autre Skype je vous embrasse très fort !

 

Manon

 

Ps : Ma nouvelle colocataire allemande vous passe le bonjour.

Jean Paul Sartre fut l’une des inspirations de William Crozier. Comme quoi les français sont vraiment partout.