Morandini et Bolloré ne suffisent pas à expliquer une grève aussi longue. Les journalistes d’I-télé et leurs confrères qui les soutiennent sont venus pour exprimer une colère bien plus profonde vis-à-vis de la profession de journaliste.
 

Plus d’officiers à bord à I-télé
 

Ce n’est pas tant l’arrivée de Jean-Marc Morandini que dénoncent les grévistes. Lorsque Vincent Bolloré a commencé à s’attaquer au fonctionnement de la chaîne d’informations, la plupart des cadres et des personnalités motrices de la chaîne ont pris la décision de partir, nous a confiée une anonyme travaillant derrière les caméras à I-télé. "C’est une peur, nous explique-t-elle, une peur de travailler en effectifs réduits, sous pression, avec des encadrants n’ayant pas assez d’expérience dans le domaine et ne connaissant pas les rouages de la chaîne".


“C’est quand même dur de voir son frigo vide”
 

Rares sont ceux qui ont voulu parler ouvertement. Certains pigistes soutenant le mouvement ont vu leur travail refusé par la direction d’I-télé. Les travailleurs en CDD craignent que délivrer des informations mène à la non reconduction de leur contrat.

Nous sommes tombés dans la manifestation de vendredi sur un reporter indépendant, qui est venu pour soutenir des connaissances. Pour lui, un problème transcende la profession : la précarité. “Quand on fait ce métier, on sait qu’on ne va pas gagner beaucoup d’argent, mais c’est quand même dur de voir son frigo vide”. Il est très dur de vendre des contenus d’information, et cela ne rapporte pas beaucoup d’argent. Certains photos reporters, par exemple, arrondissent leurs fins de mois en photographiant des soirées. La question de la rémunération est primordiale. 

Nous avons découvert un stress permanent pour ceux qui travaillent à leur compte, le stress de commettre l’erreur qui vous grille auprès de toutes les rédactions pour lesquelles vous écrivez, d’où une volonté de discrétion.
 

La profession reste optimiste
 

L’avenir est incertain mais les journalistes gardent espoir. Pour les grévistes, il reste la perspective d’une profession avec de meilleures conditions de travail.

Internet leur offre des perspectives formidables, aussi bien pour les formats que pour la qualité du contenu. C’est pour eux un outil d’émancipation de la parole, pour écrire des papiers librement, mais la question de la rémunération reste primordiale. Dès lors, il y a comme une légère impression qu’écrire pour les grands groupes devient une manière de finir le mois.

 


Nathan Bonin
(Crédits photo : Nathan Bonin / LPA)