Avec I Told You, Tory Lanez signe son autobiographie

Jusqu’ici, Tory Lanez n’avait pas réalisé le grand saut. Avec I Told You, le rappeur de Toronto a sauté la tête la première dans le grand bain mi-août. Pour ses débuts, Tory présente un double album composé de 28 tracks. En réalité, le projet n’en comprend que 14. L’artiste apporte une nuance pour chaque morceau avec l’ajout d’un « skit » : un extrait audio qui retrace les moments les plus marquants de sa vie. Un processus narratif appréciable et original. Grâce à cet album, Tory Lanez revient sur un parcours parsemé d’embûches.
 

Un album à son image
 

Alors qu’il connaît un succès croissant depuis sa mixtape Lost Cause, sortie en 2014, Tory Lanez a tardé à sortir son premier album. Il a tout simplement pris son temps et attendu le meilleur moment pour intégrer la cour des grands. Grâce à ses nombreuses mixtapes, il s’est perfectionné. I Told You démontre que Tory a atteint une maturité musicale rare pour son âge. Rappelons que l’artiste a soufflé ses 24 printemps en juin. Son album propose un spectre musical assez large car Tory sait tout faire, ou presque. Le kid de Toronto rappe, chante, produit, compose. Autant dire qu’il a un bagage à faire valoir. Son album illustre parfaitement cette polyvalence. I Told You regorge de pépites, et Tory excelle dans tout ce qu’il entreprend. En témoigne le morceau Luv, complètement marqué dancehall, devenu l’un des plus grands singles de l’artiste. Say It, au succès planétaire, fait aussi partie du tracklisting, un titre R&B enivrant et sensuel, parfait pour conclure un rendez-vous galant ! Évidemment, Tory Lanez ne se contente pas de chanter et justifie à nouveau qu’il est un très bon rappeur. Il laisse parler son flow foudroyant notamment dans le morceau introducteur I Told You / Another One et To D.R.E.A.M

L’album met en scène une autre caractéristique de Tory Lanez : une confiance en soi à toute épreuve. Ce sentiment inébranlable, frôlant parfois l’arrogance. Limite avec laquelle s’amuse Tory. L’intitulé et la pochette de l’album le relèvent avec insistance. Le titre I Told You ( signifiant littéralement « Je te/vous l’avais dit » ) évoque une mise en garde du rappeur, sûrement négligé par les autres artistes ou les différents médias. L’artiste canadien pourrait également s’adresser à son public, comme pour accentuer la qualité musicale du projet. En effet, rappelons-le, l’album est une pépite à écouter à bon escient. En toute circonstance le flow acerbe ou la douce voix du jeune Tory vous seront salutaires. La photo choisie pour illustrer l’album est la représentation parfaite de l’audace de Tory Lanez. Audace qui se transformera fréquemment et consciemment en impertinence. Tout est calculé du côté de l’artiste. Une communication travaillée, approfondie portant aujourd’hui ses fruits. Sous la bannière I Told You. Tory, torse nu, couvert d’un manteau en fourrure, comme en revêtait les rois ou les empereurs, nous fixe d’un air dédaigneux. Un sentiment de suffisance s’échappe de son regard. Et Tory a bien raison… Il a fait le taff ! 




Osain Vichi
(Photo : Mad Love - Interscope Records)

Retour sur une jeunesse mouvementée
 

Cet album est submergé de mélodies entraînantes et fantastiques. Et Tory Lanez se confie. Là est l’une des grandes réussites de I Told You. Tory se confesse et partage sa jeunesse difficile et chaotique. Jeunesse qui a de toute évidence forgé le caractère bien trempé du rappeur de Toronto.  Jeunesse qui a développée cette assurance indestructible chez Daystar Peterson, de son vrai nom. Jeunesse vécue par de nombreux noirs vivant à Toronto, semblable à celle de leurs voisins américains. Tory a commencé au plus bas, se retrouvant même sans toit, comme il le clame dans I Told You/Another One. Morceau touchant et sincère. L’artiste a conscience du chemin parcouru. Il n’avait « que » cette voix et cette idée de faire de la musique. Envie qui par la suite le sauvera. Miraculé, talentueux, culotté mais sans moyens. Tory fera tout pour arriver à ses objectifs, s’en sortir grâce à sa musique, vivre de son talent, devenir riche en tant qu’artiste. Difficile à imaginer dans un tel environnement. Complexe à réaliser dans un ghetto de Toronto. Mais Tory a cette foi, salvatrice. Personne ne croyait en lui, il réalise alors qu’il est le seul à pouvoir changer son destin. Ainsi se façonne cette fierté si importante chez le personnage.
 

Suivra un aplomb précieux et remarquable dans sa musique. Cette audace fera tomber toutes les barrières, toutes les limites pour l’artiste. Le manque d’argent sera le plus grand défi. Pour Tory tout se résume à « faire de la musique à tout prix ». Afin de suivre ce slogan, le rappeur sera obligé de commettre des actes contre sa volonté. Diverses actions qui auront des répercussions conséquentes dans sa vie. Problématique à laquelle d’autres ont dû répondre avant lui. Les 10 premiers morceaux traitent de cette situation ambiguë et dangereuse. Jusqu’au succès, tout peut arriver, et la mort ou la prison ne sont donc pas à exclure. Tory est l’un de ces innombrables exemples rappelant que le « hood » étouffe et détruit la jeunesse. L’espoir et le rêve ne font pas le poids avec la violence du ghetto. Peu s’en sortent et Tory est l’un d’eux. Lanez a réussi. 

La musique a permis à Tory Lanez de connaître un destin – pour le moment – bien moins sombre. Cette envie musicale est devenue un objectif indéboulonnable et il s’est démené pour l’atteindre. La possibilité d’avoir une carrière dans ce milieu l’a sauvé. Il s’est faufilé à travers les flammes du ghetto pour saisir cette chance. Une voie de secours l’attendait et il a su enfoncer la porte pour y parvenir.
 

L’éloge de l’Amour
 

Nombre de sentiments s’entremêlent dans I Told You. L’un des principaux sera étonnamment l’amour. Un amour qui, combiné à la musique, tire Tory vers le haut. Le duo l’empêche de sombrer. Un amour perturbé par la réalité du quartier. Une difficulté rappelée et développée dans trois morceaux notamment : Guns and Roses, Cold Hard Love et Dirty Money. L’artiste insiste sur la complexité d’allier la vie de couple et la vie de « hustler ». L’environnement du quartier nuit à la réussite amoureuse. Cet aspect est mis en avant de fort belle manière par les extraits audio à la fin des titres. Tory est constamment interrompu dans ses moments de tendresse pour une mission. Et il n’a surtout pas le choix, pour financer son projet musical il doit participer à ces actions. Plusieurs fois sa concubine est mise en cause, il fera des sacrifices pour la protéger. Avec sa réussite musicale, s’en suit la liberté de vivre son amour avec passion et sans contraintes. Luv en est la preuve. Le rappeur porte aux nues l’amour dans ce titre dancehall. Il clôture l’album sur une note positive et bienfaisante. Comme pour exprimer le sentiment d’avoir atteint ce pourquoi il s’est tant battu. Il a réussi à réaliser son fantasme. Nous ne pouvons que nous réjouir pour le boy de Toronto.

Ce projet prône l’amour. D’ailleurs l’album se termine sur deux morceaux qui louent ce sentiment, Say It et Luv. Les deux grands succès de l’artiste… Soulagement ! Les terriens sont encore des êtres sensibles ! Tory avoue donc clairement que l’amour l’a sorti des abîmes. Une aide vitale pour le fougueux canadien. En proclamant cet aspect, Lanez démontre et prouve qu’il a grandement mûri. Simple exemple, le mot « B**** » est nettement moins mentionné. L’album traite d’un sentiment profond et le met en valeur. Tory Lanez en parle comme d’un incontournable. Il aime et ne s’en cache, bien au contraire. Héritier de la scène Motown ? Le parallèle est en tout cas plus que cohérent.
 

Avec I Told You, l’artiste maîtrise pleinement son image, arrogant et intouchable d’une part, sensible et attachant de l’autre. I Told You est l’un des plus beaux projets de cette année. Tory Lanez frappe fort avec cet album et confirme ainsi les espérances qu’il a suscité. Il nous avait pourtant prévenu.