Idomeni, la faute à qui ?

La frontière gréco-macédonienne a été témoin dimanche 10 avril d’affrontements et surtout d’une violente répression de la part de la police macédonienne sur quelques centaines de migrants. La petite république du sud des Balkans a vivement été pointée du doigt par certains pays européens et plus principalement par la Grèce.

 

Les faits

 

Depuis la fermeture de la frontière sud de la Macédoine il y a maintenant plus d’un mois, pas moins de 11 000 réfugiés de nationalités différentes se sont retrouvés bloqués dans un camp de misère du côté grec de la frontière, appelé Idomeni. Vivants dans d’épouvantables conditions et bloqués entre les deux pays, la tension et la frustration des migrants n’a fait que monter en plus du délaissement dont l’Europe a fait preuve à propos de leur sort. Suite à la formation du camp et au verrouillage des frontières, plusieurs révoltes et tentatives de franchissement en force sont survenues. Celles-ci ont toujours pu être maitrisées par les autorités macédoniennes, jusqu’au dimanche 10 avril où l’une d’entre elles a tourné à l’affrontement. Essayant de couper le grillage mis en place par la Macédoine et lançant des pierres et divers projectiles sur les policiers, les migrants se sont vu recevoir diverses grenades lacrymogènes et assourdissantes ou encore des tirs de balles caoutchoutées. Tout cela pour un bilan d’environ 300 blessés parmi lesquels on retrouve de jeunes enfants, principalement pour des problèmes respiratoires en raison des gaz lacrymogènes.

 

Le ravivement des tensions avec la Grèce

 

Les premières réactions ne se sont pas fait attendre pour qualifier l’agissement des autorités macédoniennes à la frontière, les plus vives étant venues directement depuis l’autre côté de la frontière. Le premier ministre grec Alexis Tsipras a ainsi immédiatement déclaré « honteux » les actes du gouvernement macédonien, expliquant que ces migrants n’étaient en aucun cas agressifs et ne présentaient pas de risque pour la sécurité des policiers en place à la frontière. Il a également affirmé que ce comportement était indigne d’un pays européen et surtout d’un candidat à l’entrée dans l’Union Européenne depuis plusieurs années. Face à cela, les autorités macédoniennes et le président de la république Gjorge Ivanov ont répondu que le maintien de l’ordre dans le camp d’Idomeni et aux abords de celui-ci relevait de la responsabilité de la Grèce étant donné qu’il se situe de son coté de la frontière. Une guerre pour discréditer l’autre devant la communauté internationale semble relancée entre les deux Etats qui entretiennent de très mauvaises relations diplomatiques depuis 1991, date de l’indépendance de la République de Macédoine. Celles-ci durent maintenant depuis 25 ans car la Grèce ne lui a jamais reconnue l’appellation Macédoine, homonyme d’une région du nord de la République Hellénique.


 

La Macédoine montrée du doigt et prise au piège

 

En plus de traverser actuellement une importante crise politique interne dont elle ne voit pas la fin, la Macédoine, l’un des pays les plus pauvres et les plus petits d’Europe, se retrouve pointée du doigt par l’opinion publique européenne, et prise au piège d’une situation qui la dépasse. Cet Etat est devenu une étape inévitable de « La route des Balkans » dont les grandes puissances d’Europe encouragent la fermeture depuis plusieurs mois, notamment avec l’accord signé entre l’Union Européenne et la Turquie le 20 mars dernier. Cet accord prévoit le rapatriement de tous les migrants qui arrivent en Grèce à partir de cette date. C’est donc indirectement que la fermeture de ses frontières a été motivée par les gouvernements d’Europe occidentale. Parallèlement, ce blocage est également due aux fermetures successives des frontières des pays au nord de la Macédoine qui font partie de cette « route des Balkans », entre autres L’Autriche, la Hongrie, et la Serbie, la Slovénie et la Croatie. Si ces décisions ont été prises lors de sommets entre pays des Balkans, la Macédoine n’avait d’autre choix que de suivre la tendance, plutôt que de risquer de voir des dizaines de milliers de réfugiés bloqués sur son territoire. Dans cette éventualité elle n’aurait été en aucun cas en mesure de contrôler et de prendre en charge seule ces importantes masses de population.

 

La suite des évènements est désormais connue, le pays délaissé par le reste du continent n’a plus d’autre solution que d’user de ses propres moyens s’il souhaite s’éviter une double crise, intérieur et extérieur. Ailleurs en Europe, ces évènements vont pouvoir détourner au moins pendant un temps l’attention de l’opinion concernant la mauvaise gestion de la crise migratoire et de la situation des réfugiés par les gouvernements de l’UE. La Macédoine est à présent en position de bouc-émissaire de l’Europe, qui n’a malheureusement plus d’autres choix que la violence face à la colère et à la détresse plus que compréhensible de la part de ces aspirants à des jours meilleurs.

 

(Bulent Kilic/AFP)