Par Théophile Pedrola

Il était pourtant immortel

Ce matin, tout commençait parfaitement bien. La routine matinale d’un lundi, la tête dans le brouillard, juste ce qu’il faut pour tout de même partir du bon pied. Certains écoutaient la radio, d’autres consultaient leur smartphone et une info sauta aux yeux : « A 69 ans, David Bowie décède des suites d’un cancer ». Incrédule, on la relit, puis une troisième fois. Les réseaux sociaux sont enflammés. La mort de David Bowie, une idole des années 70, 80 et 90, provoque pourtant un émoi incroyable auprès des jeunes adultes. Enfant, Bowie me faisait peur, je voyais sa gueule et sa crinière rousse sur les CD’s de mes parents, je le reconnaissais de suite, mi-homme, mi-femme, mi chic, mi excentrique… David Bowie, dans mon esprit, côtoyait d’autres personnalités comme Andy Warhol, sans doute avec leur côté « Tout est de l’art mais rien n’est de l’art ». Comparaison odieuse pour les puristes, beau compliment dans mon esprit. David Bowie était déjà un petit peu absent de nos esprits, après sa longue pause musicale. Son retour en 2013, puis vendredi dernier nous a rappelé que ce génie du pop-rock existait toujours. S’il s’était un peu mythifié dans nos esprits, Bowie revenait, comme une fleur, cherchant comme d’habitude le renouvellement de son style, tout en sachant que ses Space Oddity ou autre Ziggy Stardust resteront des sommets inégalés de musique, une espèce de plaisir simple de la musique donc. Si Bowie nous a tous fait si mal ce matin, c’est parce qu’il était immortel. Ni totalement là, ni totalement absent, juste dans un coin de notre tête. Il est parti sans prévenir, comme un ami qui a trop bu, paisiblement selon ce macabre communiqué. Nous analysions encore son dernier album vendredi, avec notre habituelle impertinence, nous annoncions son retour, « un album annonçant le meilleur » selon notre spécialiste Thomas Hermans. Cet article prend aujourd’hui une toute autre résonance, c’est presque piteusement que nous le relisons, en espérant que de là-haut, sur Mars, avec Major Tom et son costume de Ziggy Stardust, il ne nous en veut pas, avec ses nouveaux amis partis trop tôt, provoquant peu à peu le suicide de ce qu’il reste du rock’n’roll. Tout le monde s’est fait bercer par ses musiques qui nous transportent, nous hantent et qui nous rentrent dans la tête. Bowie n’était ni vivant ni mort, il était là, dans notre tête pour ne jamais en ressortir. Bowie c’était notre côté fantasque à chacun, notre face sombre qu’il incarnait, c’était l’ami de tous et celui que personne ne connaissait. David Bowie était un référent, quelqu’un dont toutes les filles étaient un peu amoureuses. Bowie n’inspirait rien d’autre que le plaisir, la fête et le bonheur, peut-être malgré lui. On veut danser, se consoler, pleurer ou faire l’amour sur du Bowie. C’est peut-être la meilleure de toutes les choses à faire. Putain, tu vas nous manquer David.

(Eloïse Priou)