Fabien Marchesini, 19 ans, est étudiant à l’école W. Rédacteur sur le média jeune du Carnet Politique, il nous livre son analyse sur le désintéressement de la jeunesse pour la politique.
 

Salut Fabien, tu es rédacteur pour le Carnet Politique, tu peux nous en parler ?

De base, j’écrivais des articles puis j’ai lancé la chaîne YB Le Micro du Carnet, donc je fais plus de la création de vidéos. 80% de la rédaction sont de jeunes bénévoles qui parlent d’actualité politique en France, certains sont encore lycéens. Il nous arrive de parler de la politique à l’étranger, notamment lors de l’élection de Trump, on a fait une série d’articles, en essayant d’en parler via le prisme de la France, comment son élection peut impacter la France, en somme.
 

Lors de la primaire de la droite, y’avait-il une certaine pression que vous vous infligiez pour en parler de la manière la plus adéquate possible à un public jeune ?

La seule pression, c’est l’envie de bien faire. Ce qui est intéressant, c’est d’avoir dans la rédaction presque tout l’échiquier politique de représenté. Ce n’est pas une rédaction « de gauche », ou « de droite ». Quand on écrit on est toujours influencé, mais comme tout le monde. Par rapport aux jeunes, on a essayé de rendre ça ludique. On a fait des programmes LinkedIn pour chaque candidat. Au lieu de présenter les candidats de façon très linéaire, très classique, on a fait ça.
 

Changer le mode d’information pour un public jeune, c’est important ?
 

Innover peut plaire à tous, pas qu’aux jeunes. Mais ce sont eux qui sont les plus réceptifs à cela. Nous, on est très libres, on peut se permettre de faire ça de cette manière-là, mais on voit que les jeunes préfèrent un truc décalé comme ce profil LinkedIn plutôt que lire un article de 5 000 signes sans originalité.
 

Est-ce important, à cet âge-là, de commencer à prendre des initiatives comme celles-là ?
 

Evidemment, c’est positif que des jeunes de 19 ans, de 15 ans s’engagent comme ça. Ça montre qu’il y a un intérêt pour ces sujets-là et que la politique n’est pas réservée aux vieux. Cela montre que c’est à nous d’inventer la politique de demain. Si l’on trouve qu’il n’y a pas assez de transparence, trop de langue de bois, c’est à nous de changer ça.
 

L’échéance présidentielle de 2017 fait-elle, seule, se mobiliser une frange de la jeunesse ?
 

Forcément, car la présidentielle, c’est le grand moment politique en France. Tout le monde, jeunesse comprise, se passionne plus pour cela que pour la cantonales. Cela donne un petit coup de pouce pour plein d’initiatives pour que les jeunes s’engagent.
 

Beaucoup de sites jeunes ont été fondés pour parler actu. Selon toi, ces rédactions peuvent-elle parler à toute la jeunesse de France ? Ou est-ce qu’on ne retrouve pas le même différend que celui entre les journalistes et la société ?
 

Effectivement. Je ne pense pas pouvoir représenter toute la jeunesse de France. C’est sûr que le profil de ceux qui écrivent pour ces sites sont plutôt des étudiants, blancs, issus des classes moyenne supérieure, parisiens… Mais on n’y peut rien quelque part. Grâce à Internet on peut voir de nouveaux horizons, « recruter » dans tout le pays, en étant partout. On n’a jamais fait de conférence de rédaction physique ! Mais voilà, on ne peut pas représenter toute la jeunesse française. On pourrait faire des initiatives, aller présenter ces médias jeunes dans des endroits plus défavorisés, des lycées… Mais il faut une réelle organisation, en tant qu’étudiants, on n’a pas forcément le temps. Sur la question de la représentativité par exemple, on connaît d’avance la réponse. On ne représente par le panel exact des Français. Mais pour moi ce n’est pas un problème.
 

Ce serait du rôle des politiques de réintégrer la jeunesse à cette mécanique ?
 

Les responsabilités sont partagées. Ce serait logique que ce soit la classe politique qui les motive, pour gagner des voix. Ils ont tout intérêt à ce que tous les électeurs potentiels soient intéressés. Après ils n’ont pas vraiment de succès. Eux, leur objectif c’est de se faire élire, s’il faut se passer des jeunes, ce n’est pas grave ! Fillon par exemple, il n’a jamais parlé à la jeunesse. Le Maire a misé là-dessus, tout comme Juppé, mais les jeunes ont-ils réellement pesé dans leurs campagnes ? A part pour le côté réseaux sociaux…
 

Alors de quels moyens peuvent user les politiques pour parler à la jeunesse, source potentielle de voix ?
 

Regardez Mélenchon, il a 100 000 abonnés sur YouTube. Il n’y a pas meilleure façon pour alpaguer les jeunes que de leur parler directement. C’est ce que les réseaux sociaux permettent. Les jeunes n’ont plus envie du filtre médiatique, du rédacteur en chef qui donne des consignes aux journalistes qui, eux-mêmes interprètent le message politique… Mélenchon répond directement aux commentaires YouTube et ça marche extrêmement bien. Même durant ses meetings, les jeunes sont sur des chaises, à un mètre de lui. Il veut être proche de la jeunesse et le montre physiquement. En cela, je ne suis pas sûr que les candidatures citoyennes soient une vraie solution. On regardera toujours plus la com’ d’un politique « classique » que d’un inconnu. Bruno Le Maire a misé là-dessus d’ailleurs, il m’expliquait qu’on pouvait tout à fait avoir 50 ans et être jeune dans sa tête. Même si c’était un mauvais exemple vu son résultat à la primaire !
 


Théophile Pedrola & Léo Sanmarty
(Photo : Léo Sanmarty)