Etre étudiante en journalisme c’est surveiller minutieusement l’actualité. Des grandes tendances aux détails, rien n’est censé m’échapper. Retour sur un mois de janvier multicolore.

Par Juline Garnier
5 février 2019

Mes fiches de révision de l’actualité étaient étonnamment très colorées en ce début d’année. Si j’avais pris pour habitude de mélanger le jaune de mon surligneur à la couleur du gilet des milliers de manifestants se massant dans les rues chaque samedi, j’envisage sérieusement d’acheter un paquet de feutres pour la suite. Gilets jaunes, Foulards rouges, Robes noires, Stylos rouges… Ce festival de couleurs a quelque chose d’inédit, jamais je n’ai vu (prenez en compte mon jeune âge) autant de manifestations organisées à la hâte et sans forcément l’appui des syndicats, incarnées par des couleurs.
 

En effet, c’est la première fois que je vois Paris se transformer en épreuve de l’émission Koh-Lanta. D’un côté l’équipe jaune, présente depuis des mois dans les rues, pointant les défaillances de la démocratie française. Lutte contre la hausse des taxes sur des produits indispensables à leur quotidien, lutte pour plus de considération puis lutte contre les violences policières, ils ont réussi à rendre visible des personnes qui d’habitude restent à l’écart des grands débats de société. Une manifestation démocratique, entachée par des actes anti-démocratiques : violences envers des journalistes et des policiers, quenelles et destruction de biens publics. En face, le mouvement des Foulards rouges (là c’est vraiment Koh-Lanta) a décidé de répliquer, pour dénoncer un mouvement qui en demande trop, entre les gilets jaunes qui cassent et ceux qui veulent la révolution.
 

Des Foulards rouges à ne pas confondre avec les Stylos rouges, des professeurs qui s’estiment oubliés par le gouvernement et par les revendications des Gilets jaunes. Eux aussi réclament une hausse de leur pouvoir d’achat par le dégel du point d’indice des fonctionnaires, pestent contre la réforme du lycée et le manque de moyens consacrés aux élèves en difficultés. Une colère noire contre une réforme floue, comme celle qui préoccupe… les Robes noires. Utilisant leur robe d’avocat comme symbole, les manifestants intégrant ce mouvement dénoncent une réforme servant une logique purement comptable, dont le principal objectif est de fusionner les tribunaux d’instance et de grande instance ; privant ainsi les citoyens d’une justice de proximité « humaine ».
 

Que retenir de tout cela ? Le gouvernement Macron a élevé à son paroxysme l’ère de la communication. Les différents manifestants s’enferment dans une bulle informative, les politiques se chamaillent à coups de tweets et tout le monde joue à qui sera le plus populaire. L’utilisation d’un symbole et d’une couleur dominante est d’une logique publicitaire implacable et permet un maximum de visibilité. Malgré le nombre de manifestants, ceux qui n’appliqueraient pas cette logique n’auraient accès qu’à une journée de médiatisation tout au plus, comme ce fut le cas pour la manifestation pour le climat et celle contre les violences faites aux femmes. Toutefois, j’espère qu’aucun d’entre eux n’ait l’idée de se renommer « les mains vertes » pour la première et je n’oserai aucun rapprochement avec la couleur des bleus des femmes battues et un quelconque changement de nom pour la deuxième.
 

Le gouvernement au milieu de ce capharnaüm de revendications ne sait plus où donner de la tête et joue les directeurs artistiques avec l’organisation de son débat national. Un seul symbole paraît dépasser ce raisonnement marketing, celui du drapeau arc-en-ciel LGBT avec l’élection de Bilal Hassani en tant que représentant de la France à l’Eurovision. Une manière de réunir toutes les couleurs qui ont mobilisé les Français sous une même bannière ? Pas sûr que ce soit la solution, au vu du dernier scandale révélé par l’exhumation de tweets polémiques parus sur son compte. Faudrait-il alors une troisième victoire de Coupe du monde de Football ? Pas sûr non plus que le pays attende quatre années entières.