Bonjour cher Journal,

Je suis l'étudiant anonyme. On parle beaucoup de moi, mais on se connaît mal. Et si on faisait connaissance ? C'est vrai ça, une onzième fois, je m'apprête à raconter plus ou moins n'importe quoi sur tes pages, cher journal. Mais que sais-tu vraiment de moi ? Cette question est narcissique en effet, d'autant que je viens de me faire adopter par Alain Delon. Pour autant, je n'ai plus forcément envie de te montrer une face déformée par l'orgueil de la bonne formule, de m'énerver sur les dernières frasques de l'Empereur des Républicains, ou tout simplement de me trouver subversif parce que je trouve Macron encore plus à droite que Valls. Alors cette semaine, je vais essayer de te monter qui je suis vraiment, même si je sais que tu vas émettre des doutes quant à la modeste autobiographie que je vais te fournir.

 

Lundi, je commence à peine à profiter de mes vacances. Je me promène, je profite du soleil, la belle vie en somme. J'ai bien fait de choisir une destination insulaire et tropicale pour mes vacances, car au moins, je ne verrai pas toutes ces gueules de cons qui me collent au cul toute l'année en France. Seul petit hic, j'ai été obligé d'emmener quelques potes à moi pour faire bien, question de principe il paraît. En revanche, je suis un sanguin. Et quand des mecs assez baraqués, à moitié à poil et tout tatoués sont venus me provoquer avec des danses sauvages, il a fallu me retenir pour que je n'aille pas leur apprendre le respect. Mais bon, ça va, dans ma grande magnanimité, j'ai accepté de leur laisser la vie sauve. Bref. Je me suis rendu à l'office du tourisme, j'ai papoté avec des gens de Papeete, j'ai promis de leur donner de l'argent, puis j'ai repris l'avion. J'ai quand même d'autres choses à faire que d'entretenir des sans-dents, de couleur de surcroît. Le problème, c'est que je crois que je me suis fait embrouiller par la compagnie de tourisme qui organise le voyage. J'ai ré-atterri sur une île, j'ai redécollé, j'ai ré-atterri sur une île, j'ai redécollé, etc. Je pense que c'était à chaque fois la même île. Tous les gens étaient pareils partout, ils se ressemblent tous, et en plus ils sont tous pauvres. Bon, pour faire bonne figure, j'ai participé à une cérémonie chamanique totalement païenne et prohibée par Alain Soral, ce qu'il dit dans son livre hein voilà. J'ai poussé l'hypocrisie jusqu'à connaître leur protocole à la noix. Du coup, mes potes ont cru que je m'applaudissais tout seul, les cons. Pourquoi je suis ami avec ces gens-là sérieusement, quelle bande d'imbéciles. La seule qui avait l'air d'approuver, c'était George. Mais bon, comme elle est dans mes amis uniquement pour concurrencer l'amie noire de Morano, je m'en fous un peu. Heureusement, jeudi, le voyage a pris un nouveau tournant. J'ai pu visiter le pays des Incas, dans lequel j'ai été très surpris de trouver beaucoup plus d'Espagnols que de descendants de Pachacutec. Je ne savais pas que le Pérou était aussi près de l'Europe ! Enfin bref, pas grand-chose à redire sur le pays, il y a de la bonne bouffe et des jolies montagnes. D'ailleurs, la différence de relief avec les îles m'a tellement bouleversé que dans ma chambre à quatre heures du mat en rentrant du Pizarro Club, j'ai gerbé les sept tortillas que je m'étais englouties pendant la journée. J'ai peut-être abusé sur la nourriture, c'est vrai. Mais en même temps, quand on m'a proposé sept recettes apparemment aussi délicieuses que différentes, en sachant que je ne viens pas non plus tous les quinquennats, j'ai voulu tout tester. Bon, c'est à ce moment là que j'ai vraiment compris que je n'avais pas de bol, parce que mon avion est tombé en panne dans ce foutu pays de montagnards. On m'a souvent dit que j'avais la poisse, ce que je prenais avec un mépris que je réserve à plus ou moins tous mes interlocuteurs. Pourtant, ça se confirme de plus en plus, je suis un affreux poissard. Rien que de l'admettre, ça me déprime, moi qui suis d'un naturel aussi joyeux de déconcertant. Pour preuve, Jamel a proposé de m'écrire un spectacle pour 2017, quand je serai « enfin au chômage » comme il dit. On verra plus tard pour ma reconversion, pour l'instant, je décuve.

 

On va pas se le cacher, la suite de la semaine n'a pas été de tout repos non plus. Je me suis baladé dans divers pays d'Amérique du Sud dont je ne me rappelle même plus les noms, j'ai mangé toutes les spécialités locales pour faire plaisir, et je suis reparti en France. D'ailleurs, est-ce que quelqu'un dans mon entourage va se rendre compte que je suis malade en avion ? Parce que franchement, on m'emmène en voyage toutes les semaines, tout ça c'est bien joli, mais qu'est-ce que ça m'emmerde ! En plus, je ne vais jamais dans des pays où ils parlent Corrézien et je suis obligé de manier mon anglais de maternelle, que j'entretiens en regardant le Muppet Show. Et puis merde, quitte à parler à des gens de l'autre côté de la planète, autant le faire par Skype. Il paraît que je dépense trop en voyages, et comme je suis malade en avion, une conversation par Internet marcherait tout aussi bien ! Mais non, il faut y aller, parce que Skype, c'est pas assez officiel. Manuel est super chiant pour ça, il est trop rigoureux avec le protocole. Ce qui ne l'empêche pas de m'engueuler au téléphone et pas en face à face. Pourquoi personne ne me respecte ? Hier encore, j'avais 61 ans, je caressais le cul des vaches à la Porte de Versailles, et je me suis fait insulter par une bande de pécores analphabètes. Paraît-il que j'ai fait des conneries, mais c'est pas possible, j'étais en Uruguay. C'est ça le pays dont je ne me rappelais plus le nom ! L'Uruguay ! Bon, en revanche maintenant, je ne me rappelle plus pourquoi j'y suis allé.

 

Enfin bref, cher journal, je t'ai pour la première fois décrit mon réel agenda. Tu peux le voir, je suis très occupé, et même en vacances, j'essaie de comprendre de nouvelles cultures pour pouvoir le ressortir dans la copie de mon prochain partiel sur la conquête de l'Empire inca par Pizarro. Bon, le principal problème en ce moment, c'est que Manuel, mon binôme avec qui je suis délégué, a tendance à prendre des décisions à ma place. Et comme je suis en vacances, je me fais engueuler en revenant. Je n'aurais jamais dû me présenter comme délégué de licence, je le savais. D'ailleurs, si la courbe d'insalubrité des chiottes de la fac ne s'inverse pas, je ne me représente pas. C'est dit, comme ça, j'irai en Polynésie sans que tout le monde se foute de ma gueule.