Cher journal,
 

La semaine dernière, j'ai failli à ma tâche, je ne t'ai pas écrit. Tel un lâche, je t'ai laissé affronter seul cette dure journée qu'est le dimanche, une dure journée où tous les thugs du 16e vont à la messe en se trouvant subversifs. Je te présente mes excuses, mais j'avais la grippe, et le virus me rendait aussi efficace devant une page blanche que PPDA sans ses dix-huit nègres. J'aurais très bien pu simplement t'écrire mon bulletin de santé. Ou l'ordonnance que mon cher médecin m'a procurée, après trois heures quarante d'attente dans une salle remplie du public de Michel Drucker. Mais j'ai préféré me reposer, pour tenter de revenir plus en forme ensuite. Du coup, j'ai plein de trucs à te raconter.
 

La semaine dernière, comme tout bon étudiant évoluant comme il peut dans une université de gauchistes, je me suis fait embarquer dans une manifestation pour le retrait. Ne m'étant que peu, voire pas du tout renseigné sur les événements contestataires prévus en France, je comprenais très superficiellement le sujet de la colère de mes camarades manifestants. De plus, à chaque fois que je posais la question du pourquoi de cette manif, on me répondait que si je ne savais pas, je n'avais rien à faire là. On m’invitait ainsi rapidement à retourner dans mon arrondissement de bourgeois et de me faire violer par les mâles de mon quartier, avant de me faire traiter de social-traître, une insulte dont je n'ai pas encore exploré toutes les subtilités. Ce n'est qu'en étudiant plus précisément le profil des manifestants que je me suis rendu compte qu'ils avaient tous un point commun majeur. Que ce soient les ouvriers ou les étudiants, tous sont des pauvres. Oui des pauvres, de simples pauvres, qui utilisent la contestation de rue pour en glander encore moins que d'habitude. Et ça se réclame des ouvriers d’antan ? Mais eux savaient travailler, ils connaissaient la valeur de l'argent et du travail. Aujourd'hui, avec tous ces droits sociaux que la gauche hypocrite et la droite prostituée leur ont cédé, ils ne foutent plus rien, et se plaignent dès que les gentils patrons veulent les faire travailler dix minutes de plus tous les trois ans.
 

Tentant de calmer mon exaspération, je comprenais alors que le retrait en question devait être un retrait d'argent, les manifestants se battant visiblement pour que les gentilles banques leur accordent un revenu supplémentaire, qu'ils ne méritent évidemment pas. Les banques travaillent d'arrache-pied pour prendre le maximum d'argent là où il y en a, c'est-à-dire chez les pauvres qui ne méritent pas ce même argent. Pourtant, on sent les pauvres insensibles au discours disant qu'ils sont sans pognon pour une bonne raison, un ordre social instauré depuis l'Antiquité, quand Alain Juppé n'était qu'un adolescent. Un ordre social qui privilégie les riches, ceux qui ont le pouvoir de diriger l'économie et donc le monde. Parce que les politiques sont bien gentils à penser qu'ils peuvent encore changer la vie des gens, mais tout n'est plus qu'une question d'argent. Quand une grande entreprise se pointe avec des contrats alléchants, du vin millésimé moins cher que de la villageoise et la dernière villa des Balkany saisie par un tribunal de grande instance incorporé dans une filiale mercantile de Martin Bouygues, les politiques baissent leur froc. Non, ils n'ont pas de couille, et pourtant quelle bande de glands.
 

Du coup, quand ces cons de politiques essaient de reprendre le pouvoir, les gentils patrons refusent. Et le compromis disparaît. Le gouvernement s'est dit qu'il allait rassembler tout le monde autour de lui, Valls se prenant pour le messie du social-libéralisme. Sauf que Gattaz n'est pas de cet avis, et il se doit de défendre un ordre établi, celui selon lequel les patrons trinquent au champagne, pendant que les ouvriers trinquent tout court. Les héros nationaux, ce sont les dirigeants qui font de l'argent, pas les travailleurs sans qui l'entreprise ne serait rien. Et ça, le gouvernement l'a compris, quoique sur le tard. Pour mener une vraie réforme du travail, rien de mieux que de ne pas négocier avec les salariés. Pourquoi faire une loi qui avantage tout le monde quand on peut se contenter de lécher les bottes exclusives du MEDEF ? Il est tellement plus difficile de trouver le compromis, cet idéal que tous les bobos gaucho tentent de vendre aux ouvriers aliénés. Et là où le gouvernement devient lui-même social-traître, c'est quand il promet des changements en faveur des pauvres, tout en ne dénonçant pas l'enculage qu'est en train de pratiquer le MEDEF, devenant le Barbarin de nos attentes sociales.
 

La gauche semble se pourfendre quand elle arrive au pouvoir, et pourtant. Pourtant oui, les manifestants peuvent espérer un avenir meilleur. Car si Valls viendra lui-même écraser les défilés anti-El Khomri avec quelques chars gentiment prêtés par Vladimir Poutine ; en 2017, il ne pourra pas venir dézinguer toutes les urnes qui sacreront la victoire incontestable à 95% de Nicolas Dupont-Aignan. Alors s'ouvrira un nouvel avenir social, un nouvel ordre mondial dirigé par les vrais gens, les vrais travailleurs. Ou alors ça sera la merde.