Cher journal,
 

Tu dois t'en douter, mais je vais encore te parler de la mobilisation. Non pas que tu puisses arrêter d'être mon support d'écriture, je te préviens malgré tout de ce qui va suivre. En effet, ce que je raconte a été tellement concentré sur ça que tu pourrais te demander si je t'écris n'importe quoi, ou si l'actualité est devenue tellement chiante que même Marine Le Pen s'est exilée au Canada pour retrouver un semblant de vie politique. Je dois bien t'admettre que ce n'est aucune de ces raisons. Il est vrai que l'actualité est chargée, que la haine des terroristes continue d’atterrir sur le tarmac d'une Europe ensanglantée, que celle-ci vend son cul à la Turquie pour échapper à l'affreuse vague de migrants cannibales, voleurs de poules et d'emplois venus de Syrie. Et comme tu peux le voir, je continue à parler des quatre bobos de 22 ans qui défilent Place de la République pour se donner bonne conscience après avoir, comme il se doit, dénoncé un sans-papier aux services de Bernard Cazeneuve.
 

Il faut bien remarquer que le mouvement ne provoque pas dans l'opinion un réel engouement. Et ce n'est certainement pas parce que l'opinion n'existe pas que la popularité du président de l'UNEF va remonter. William Martinet porte bien son nom, martyrisant tous les jeudis des millions de Français ensauvagés par les discours haineux de la fille du borgne tortionnaire, tout en se faisant ramollir le cerveau par trois heures quarante non-stop d'émissions de Cyril Hanouna. Dès qu'il parle, Martinet fouette l'oreille avec une telle violence, que même les séances SM que faisait subir Sarkozy à Eric Woerth dans la cave de l’Élysée après chaque article de Médiapart pourraient passer pour une colonie de vacances chez les Bisounours. Mais l'avantage d'évoluer dans une université remplie d'étudiants intelligents, c'est de pouvoir siffler les délégations de l'UNEF à chaque fois qu'une passe en scandant qu'elle a toujours fait partie de la lutte. Quel bonheur d'utiliser allègrement le terme de social-traître, que les trois quarts des manifestants ne comprennent pas, et que le dernier quart surutilise tant la belle expression ressemble de plus en plus à un néologisme chiasseux de Marc Lévy.
 

Il faut quand même remarquer que dans le tas, en plus des gentils étudiants (dont je fais partie entre mes heures de matage d'House of Cards ou quand je me fais tellement chier que je me dis « Boarf pourquoi pas »), on retrouve aussi des grands méchants lycéens. Loin de moi l'idée de diaboliser ces jeunes, ils n'ont en effet pas besoin de moi pour ça. Ce ne sont que quelques – c'est à dire beaucoup trop – bêtes enragées et aliénées qui ne comprennent traître mot à la lutte. Ils ne font que la décrédibiliser en se comportant comme de véritables barbares. As-tu remarqué la haine dans leurs yeux lorsqu'ils provoquaient les CRS, ces braves CRS qui protègent la Nation au péril de leur vie. Heureusement que l'histoire retiendra le courage héroïque de ces protecteurs de la République, défendant la démocratie contre ces adolescents anarchistes qui continuent de croire que Hollande est la réincarnation islamiste et démonique d'Hitler.
 

Pour toi qui pourrait ne pas avoir suivi, cher journal, je te signale malgré tout que je dis n'importe quoi sur ces chers lycéens. C'est, comme disent les jeunes, pour la blague, tu comprends ? Je me moque gentiment de cette communauté d'élèves de Première S, prêts à rater leur précieux oral de Français pour se prétendre subversifs. D'autant qu'il est évidemment vrai qu'une partie de ces jeunes gens ne savent pas pourquoi ils défilent, profitant de la trêve des cours pour aller voir le dernier blockbuster du cinéma français, une adaptation d'un récent succès américain, avec Kev Adams dans le rôle d'un milliardaire déguisé en chauve-souris, et Franck Dubosc ultra-crédible en extraterrestre allergique à un caillou verdâtre fluorescent. Je me souviens avec émotion de l'époque où j'étais moi-même au lycée, alors que le prédécesseur de ce cher François tentait d'augmenter l'âge de la retraite. Ah quelle bonne excuse mes camarades avaient-ils trouvé là pour occuper la cafétéria et ainsi pouvoir se resservir en frites. La politique est de plus en plus une affaire de gosses, alors même que la jeunesse se dit désintéressée de la politique. Elle préfère jeter quelques cailloux à la tête des policiers, sorte d'invitation malicieuse à entamer une partie de billes ou d'osselets avec les forces de l'ordre. Et pourtant, en s'avilissant devant le journal de David Pujadas, on assiste à des scènes ahurissantes où des policiers matraquent et tabassent, presque gratuitement, des assaillants à peine pubères et incapables de réagir.
 

La manifestation est loin d'être un jeu pour enfants. Ça ne l'a jamais été, ça l'est encore moins aujourd'hui, une mobilisation pendant un état d'urgence, bien qu'illégal, devenant encore plus dangereuse que l'organisation d'une bar mitzvah dans le Paris de 1942. Laissez ça aux grands, je préférerais, et je ne suis pas le seul, voir Martinet sous les matraques des policiers. C'est un plaisir gratuit et sadique, mais tant qu'il la ferme...