Cher journal,
 

A peine un mois de glandouille et je me fais déjà chier. Je me suis tellement plaint d'avoir du travail pendant l'année que j'ai oublié de prévoir ce que je ferai quand j'aurai du temps libre. Conséquence immédiate, je me retrouve à regarder le JT de Jean-Pierre Pernaut, en apprenant plus sur les homards de l'île d'Oléron que sur des sujets intellectuels censés m'intéresser. Aussi dépressif que Brice Hortefeux à un concert de Joey Starr, je tente par tous les moyens de me trouver quelque chose à faire.
 

C'est alors que ce constat alarmant me frappa de plein fouet. Nous sommes à moins d'un an des élections présidentielles, et Nicolas Sarkozy n'apparaît même pas tous les soirs au 20 heures de David Pujadas. Par quelle sorcellerie le comte palatin de Neuilly est-il empêché de réaliser sa dose d'audience quotidienne nécessaire à remettre en route son moteur, fonctionnant à l’orgueil, avec une autonomie lui permettant de tenir un dîner entier avec François Fillon. Pourtant, il faut bien constater la présence peu régulière de notre ancien président dans les médias, probablement trop occupé à réfléchir sur quelle marque de lance-roquettes utiliser pour dégommer l'entièreté de la droite au premier tour des primaires. Sûrement une arme d'assaut ne sera pas obligatoire pour chaque concurrent, une dose de somnifère devant suffire pour endormir Juppé jusqu'en 2022, tandis qu'une place confortable sera réservée au traître Henri Guaino dans le camp de concentration ouvert dès mai 2017 aux abords de Dachau Sur Seine. Sarkozy rassemble ses troupes pour la bataille finale, oubliant probablement que, en attendant le deuxième tour des primaires, le chemin est très fortement miné. Les kamikazes NKM et Morano vont tout tenter pour stopper la remontée de celui qui jadis occupait l’Élysée avec autant de prestance que Frank Dubosc en Prix Nobel de la paix. Dans le même temps, Bruno Lemaire tente de faire croire aux gens qu'il existe, alors que tout le monde sait depuis longtemps qu'il n'est qu'une réincarnation fantaisiste d'Hervé Mariton, après sa désintégration instantanée suivant l'élection du président des Républicains. Et n'oublions pas le bourgmestre meldois Copé, jamais à court d'idées pour passer pour un con.
 

L'avantage avec les primaires de la droite (et du centre il paraît), c'est que les candidats passeront moins pour des cons que dans le monde normal. En effet, rassemblés tel un cheptel de bovins attendant patiemment leur tour pour l’abattoir, les candidats de la primaire sont dans leur élément. Aucun ne semblera plus con que les autres, tous se retrouvant au plus ou moins même niveau d'accablante médiocrité. Et ça va parler de l'avenir républicain, du devenir identitaire, de l'immigration intempestive, des talonnettes de Sarkozy et du dentier de Juppé. Autant dire que le débat s'annonce passionnant, entre énormes conneries et piques dirigées, et je me fais d'autant plus chier en attendant comme un con que les discussions stériles commencent. Dans ce contexte, je retrouve un semblant de respect pour le troubadour Cambadélis, annonçant sa volonté d'organiser une primaire à gauche. Si un débat Copé-Morano me fait saliver autant que Gérard Larcher devant un cassoulet, il faut admettre qu'une discussion politique acharnée entre Hollande et François de Rugy refera vivre les plus grands matchs de boxe de Mohammed Ali. Les grands enjeux du XXe siècle se joueront sur le ring de 2017, Hollande insultera Hamon, Hamon coachera Montebourg, Montebourg tabassera Macron et Macron ira rapporter à Hollande. Ça s'annonce totalement inutile, entre un Président sortant défendant un bilan géographiquement proche de la fin du monde, et des frondeurs aussi audibles qu'un album de Carla Bruni.
 

Et là, cher journal, tu es en droit de te demander pourquoi j'attends ça avec autant d'impatience. Qu'est-ce qui me donne envie dans cette liste de débats encore moins glamour que le dernier film de Kad Merad ? En réalité, tout est devenu tellement pourri, les politiques ayant tellement déçu tout le monde, qu'ils seraient au moins en droit de nous faire un peu rigoler, de nous divertir. Qu'ils ne s'inquiètent pas, on va tenter de se démerder sans eux pour la suite. Certains commencent à y réfléchir, et c'est sûrement pour ça qu'ils se font charger par la police. Attention, il ne faut pas renverser l'ordre établi, les inutiles devant rester ce qu'ils sont : puissants. Du coup, je l'avoue, voir ces politiques prêts à se crucifier à leur siège de l'Assemblée pour rester élus, ça me fait rire. Et pour la cinquantième fois, on va élire un Président dont on va se plaindre au bout de deux mois. Et ce peu importe le Président, ou la Présidente, comme le souhaitent certains kapos d'Hénin-Beaumont. Oui ça me fait rire, parce que, même si c'est déjà vu et vachement cliché, il vaut mieux en rire qu'en pleurer.