Cher journal, 

Jeudi c'est Noël, et je trépigne d'impatience. Le problème, c'est que maintenant que certains de mes amis ont compris qui se cachait derrière le masque de l'étudiant anonyme, j'ai peur qu'ils m'offrent de l'encre, des stylos, ou même un nouveau journal, encore plus moche que toi. Si, c'est possible, et rien que l'idée de cette éventualité me fait autant peur que le film Halloween réadapté au cinéma par Luc Besson. Non, par Eric Besson tiens, avec Marine Le Pen dans le rôle de Mike Myers et tous les jeunes de l'UMP (et c'est là qu'on voit que le film date) en lieu et place de chaque personne assassinée. Effectivement, tu es extrêmement laid, mon pauvre petit journal, mais je commence à m'attacher à toi. Je ne saurais pas dire pourquoi, mais je vais donner une explication foireuse de type « je suis très très très matérialiste » ou encore « ouais je peux le revendre cher tellement ce que j'ai écrit dessus est formidable et tellement j'adore l'argent ». Ça me permettra d'avoir un peu de sous pour m'acheter des cadeaux à Noël à moi-même, de n'en faire à personne parce que je fais semblant de participer à ceux que fait ma mère, et d'en recevoir de la part des autres. Un plan parfait.
   Bref, jeudi c'est Noël ! L'impatience me ronge de plus en plus, le suspens est à son comble, est-ce que le père Noël a considéré que j'ai été un gentil petit garçon cette année ? Je crois que toute la France a du être méchante, car dimanche, la mère fouettard a battu des records en terme de résultats électoraux. Pour dresser un rapide bilan du deuxième tour : 50:50 pour le PS et les Républicains, puis avantage au PS parce que les Normands ils savaient pas trop, puis égalité parce que Pécresse a mis K.O. le pauvre Bartolone – qui ne comprend toujours pas pourquoi sa stratégie d'insultes envers candidats n'a pas fonctionné – puis avantages Républicains parce qu'en fait les Normands savent pas compter. Un bon gros bordel, sûrement le même qui résiderait dans une maison de retraite si on annonçait que Julien Lepers quittait Questions pour un champion. Bon, ceci étant dit, je vais changer de sujet, parce que j'en ai marre de toutes ces discussions sur les élections, sur le barrage au FN qui visiblement a fonctionné. Un peu trop peut-être, quand on remarque que tous les bobos de gauche ayant incité les électeurs à voter contre le vieux Wallerand ont fait que de nombreux votants du FN se sont reportés sur Pécresse. C'est ballot ! De toutes façons, ces gauchistes n'ont plus aucune leçon de morale à donner. Quand on voit qu'ils défendent les sans-abris et les immigrés contre vents et marées, tout en ayant chez eux une carte précise de Paris avec l'exact emplacement de chaque SDF, pour ne pas risquer de tomber sur l'un d'eux et de devoir lui donner ne serait-ce que 10 centimes, une cigarette ou un kit de montage Ikea pour abri en carton. Tout le monde le sait, il est bien plus difficile d'être usager du métro que SDF ou musicien dans les couloirs souterrains parisiens. Le SDF ou le musicien peut se permettre de juger l'usager radin, qui passe sans rien donner, même pas un sourire. Il peut même s'attirer la compassion parfois, vous imaginez ? Alors que l'usager lambda, celui qui est pressé de ne pas commencer la journée, mais qui doit se dépêcher d'aller au bureau parce que sinon il sera viré par le DRH Jean-Michel qui a déjà licencié quatorze femmes de ménages vietnamiennes ce mois-ci ; celui qui est obligé d'aller travailler parce que sinon il se retrouvera à la place du mendiant sur lequel il vient de trébucher. Et bien cet usager lambda, s'il se prend à insulter le SDF, ou même à lui cracher un gigantesque mollard, évidemment mérité, à la gueule, c'est toute la société hypocrite qui lui tombera dessus. Cette horrible société qui rêve de faire la même chose tout en achetant Charlie toutes les semaines, avant de poster un selfie avec le précieux journal sur Instagram. Et c'est là que je me rends compte que, malgré ma forte volonté, je n'arrive pas à changer de sujet. Si je parle d'autre chose, je m'emmerde profondément, à peu près autant que Patrick Sébastien lors d'une représentation de La Traviata, sauf si cette dernière est interprétée en alternance par Christine Boutin et Jeff Panacloc.
   Allez, je tente de parler d'autre chose. Je ne sais pas si tu as remarqué, mon cher journal, mais en ce moment il fait froid. Là, tu vas me dire que c'est parce qu'on est en hiver, et tu auras raison. En même temps, je ne vois pas pourquoi tu me répondrais, à moins que tu ne sois habité par Voldemort. Ce qui ne risque pas d'arriver. Au pire, ça serait Donald Trump. Et là, je me rends compte que je reparle de politique, ce qui est dommage. J'aimais bien la direction que prenait la discussion que nous avions sur le temps qu'il fait, similaire à celles que j'ai dans l'ascenseur de mon immeuble avec des petites vieilles qui oublient qui je suis alors que je les vois tous les jours. C'est triste franchement, Alzheimer est une vraie vacherie, d'autant que ce n'est pas une maladie qui touche uniquement les vieillards. La preuve, les Américains semblent avoir oublié tout ce qui constituait un système totalitaire, et veulent élire un capitaliste à la mèche bieberienne qui a un programme d'exclusion que même Pol Pot trouverait un peu osé. Attention, je ne dis pas que tous les Américains sont des nazis, ça serait aussi ridicule que de dire que tous les cadres des Républicains sont de près ou de loin liés à des affaires judiciaires. Et quand je dis les Républicains, je parle des Français évidemment. Parce que même si les Américains ont une sacrée domination sur nous sur un paquet de trucs scientifiques, quand il s'agit de parler de fraude fiscale et de détournements de fonds en politique, nous avons une avance considérable. Ce qui est con, c'est que le SDF qui demande 10 centimes pour bouffer, on l'insulte. Mais le politique qui prend nos impôts pour s'acheter une villa en Martinique en plus de son palais de Levallois-Perret, on le réélit. Sacré paradoxe, tu ne trouves pas ? Pas sûr que la politique soit aux mains des bonnes personnes quand on y réfléchit un peu.
   Bon, c'est pas tout ça, mais il faut que j'aille à la FNAC pour acheter des cadeaux à certaines personnes que j'aime bien, et qui sont assez débiles pour bien m'aimer aussi. Je vais devoir prendre le métro. J'espère que je ne vais pas croiser de SDF en revenant avec mes chers paquets, sinon je serai obligé de lui donner un peu d'argent pour ne pas souffrir son regard accusateur. La vie est quand même une belle connasse.