Cher journal,

Comme tout bon étudiant qui se respecte, et après une longue et difficile session de partiels, j'ai plus ou moins rien foutu. J'ai joué à des jeux vidéo aussi beaux et chers qu'inintéressants et j'ai fait les soldes comme un vrai pigeon francilien. En complément, j'ai réussi en une semaine à dormir plus qu'Ariel Sharon en 10 ans, pendant sa période de métamorphose en betterave Monsanto. Que de choses à te raconter donc, cher journal, et tu vas pouvoir apprécier la joie que j'ai à te raconter... absolument rien.
   Comme tu peux t'en douter, je n'ai pas du tout suivi l'actualité, qu'elle soit politique ou fromagère. Si ça se trouve, Michel Drucker est mort, Mélanchon est devenu Ministre de la propagande et Mahmoud Abbas a pris le pouvoir en Israël. Et pourtant, je ne suis au courant de rien. En outre, ce n'est pas comme si j'essayais en ce moment même de me mettre à jour sur les questions gouvernementales et internationales. Je préfère allègrement surfer sur des sites aussi intelligents que vulgaires, regarder les dernières vidéos de blogueuses beauté ou encore assister à un combat de catch entre un Premier ministre droitisant et un humoriste à la coupe de cheveux nous rappelant les pires images de Justin Bieber ; on aurait presque envie que ce pauvre Jérémy Ferrari ait collaboré sous les nazis, juste pour le voir se faire tondre à la Libération. Tout ça pour dire que je passe en revue tout ce qui peut devenir un sujet de moqueries de ma part, pour trouver un bon mot à inscrire sur tes pages, cher journal. En effet, pourquoi vouloir à tout prix m'aventurer sur le terrain de la politique, alors qu’il est bien plus aisé de se moquer de la dernière faute de français d'une blondasse siliconée à Myconos que des incohérences de discours de Manuel Valls. Je me suis sûrement trompé de voie, l'écriture n'est probablement pas le meilleur moyen de survivre, ou mieux, de faire de l'argent. Gagner sa vie est un privilège dont peu de Français peuvent encore se targuer, à l'heure où même Jack Lang n'est plus le premier invité sur BFM pour parler du dernier mort en date.

   Car oui, les situations changent, tout se transforme. Plus personne n'est sûr de conserver sa place pour le lendemain, et le futur est aussi incertain que la conscience socialiste d'Eric Besson. Les idoles d'hier ne sont plus que les résidus d'un avenir déjà abandonnés. Nathalie Kosciusko-Morizet est aujourd'hui en charge du ramassage des feuilles mortes devant le sièges des Républicains. Elle qui souhaitait être au-dessus de Laurent Wauquiez sur l'organigramme du parti, la voilà en bas du trottoir, c'est-à-dire à une mesure sarkozienne en dessous du nouveau ladre du mari de Carla Bruni. Et de même que Sarkozy se croyait sauveur de la droite, de la France et du monde il y a à peine un an, il est certain qu'aujourd'hui, l'homme qui a le plus de chance de gagner les primaires à droite n'est autre que Manuel Valls. Tout le reste de la classe politique est décrédibilisé, Juppé était déjà vieux à la mort de Mitterrand, Fillon est aussi joyeux et charismatique que le méchant masqué du dernier Star Wars, tandis que Sarkozy reste égal à lui-même, ce qui est déjà beaucoup. Quand on rajoute le fait que NKM et Wauquiez se bagarrent le dernier cerveau mis à disponibilité par Nico, on comprend que c'est quand même la merde à droite.

   Alors, pour assurer mon avenir, je devrais peut-être penser à me reconvertir. Je pourrais ouvrir une boucherie chevaline dans le Vercors, ou un cabinet d'avocats à Levallois-Perret. Ce sont deux domaines très porteurs et qui disposent d'une clientèle locale importante. Pourtant, je préférerais faire des discours enflammé devant une assemblée de dignitaires à l'écoute, tel Dominique de Villepin devant le public en furie de l'ONU, chantant son hymne interplanétaire « La Guerre en Irak c'est pas cool ». Pourtant quand on voit que mes deux mètres donnent à mon dos la même courbe que les sondages de François Hollande, et que le KFC en bas de chez moi n'arrange pas ma silhouette, je ressemble plus à Jean-Pierre Raffarin qu'à son successeur à Matignon. Tant pis, si ce n'est que ça, je me contenterai d'une place au Sénat, dans le fond, où je pourrai roupiller tranquille en faisant semblant d'écouter le dernier discours contestataire de Robert Hue sur le prix du Minitel.

   Bon, cher journal, à moins que mes réflexions de dépressif à moitié dans les vapes te paraissent inintéressantes, ce qui est totalement hors de pensée, tu retrouveras des conneries assez similaires dans ce que je t'écrirai la semaine prochaine. Parce que oui, je vais encore rien foutre pendant sept jours, et je te tiendrai au courant de l'évolution de ma santé mentale. Je vais sûrement lire les bouquins que mes professeurs m'ont imposé au premier semestre, et que j'ai complètement négligés. J'ai rien de mieux à faire de toute façon, je vais pas travailler non plus...