Justice :
le cartel des transporteurs condamné

L’autorité de la concurrence a condamné ce mardi deux dizaines d'entreprises de transport de colis pour entente illicite.
 

L’autorité de la concurrence a rendu son verdict : 20 entreprises parmi les plus gros transporteurs de colis sont condamnés pour entente illicite sur les prix à une amende totale de 670,9 millions d’euros. Une affaire d’une très grande ampleur, pendant 6 ans, de 2004 à 2010, l’augmentation des prix de transport de colis était le fruit d’un complot dont nous allons voir les ficelles.


Des entreprises mythiques ont les mains sales
 

La liste des condamnés est longue, mais surtout elle évoque des entreprises célèbres, les plus gros du transport. A savoir : Alloin, BMVirolle, Chronopost, Exapaq (actuelle DPD France), Ciblex, Dachser France, DHL Express France, FedEx Express France, Gefco, Geodis, GLS France, Heppner, Lambert et Valette, XP France, Norbert Dentressangle Distribution, Normatrans, Schenker-Joyau (actuelle Schenker France), TNT Express France, Transports Henri Ducros, Ziegler France.

L’entreprise Chronopost - qui est celle qui transporte la plupart de nos colis envoyés par le biais de La Poste - est une des plus lourdement sanctionnée avec une amende avoisinant les 100 millions d’euros. Le leader du marché, Geodis, doit également d'exempter de sommes records pour son implication dans le cartel : environ 196 millions d’euros.


Un procédé d’une ampleur nationale
 

Pour comprendre comment de telles ententes ont été possibles, il faut s'intéresser au syndicat TLF, lui aussi condamné par l’autorité de la concurrence. Se présentant comme l’union représentative des entreprises de transport logistiques en France, ses réunions annuelles étaient en fait le lieu où les patrons des entreprises se mettaient d’accord sur l’augmentation des prix.

C’était donc pendant l’annuelle réunion du Conseil des Métiers du syndicat TLF que les entreprises de transport présentaient tour à tour leur stratégie d’augmentation des prix et les harmonisaient à la hausse. A la suite de ces réunions, TLF surveillait que les hausses décidées en réunions soit effectivement appliquées en menaçant les entreprises d’exclusion des négociations. Ainsi, en 2006 et 2007, les réunions ont permis de faire passer l’augmentation annuelle de tarifs de 5 à 7%.

Comme le précise l’autorité de la concurrence, les huit plus gros condamnés représentent plus des deux tiers du marché français. Les effets ont été énormes sur les PME clientes qui n’avaient pas les moyens de négocier une augmentation moindre des prix. 

 

De telles condamnations ont été possible par l’autorité de la concurrence grâce au système de la clémence : Deutsche Bahn et Alloin ont dénoncé le cartel et fournit les preuves dans l’espoir de voir leurs amendes amoindries. Il n’empêche que le scandale touche des entreprises dépendant des grands groupes publics comme la SNCF avec Géodis et La Poste avec Chronopost.