Cela ne fait pas loin de deux semaines que la République de Macédoine est touchée chaque jour par des manifestations d’opposition au gouvernement. Des contestations qui durent maintenant depuis deux ans et qui viennent d’être ravivées en raison d’une loi faisant fort débat, votée le 16 mars dernier.


La loi pour l’amnistie

La Cour Constitutionnelle de Macédoine composée de neuf juges a voté le 16 mars une loi qui autorise le Président de la République Gjorge Ivanov à gracier, par décret, toutes les personnalités politiques suspectées de scandale. Cette mesure doit concerner les suspects qui font l’objet de fraudes électorales, de pédophilie, de viol, de trafic de drogue et même de crime de guerre. En faisant voter cette loi, le Président espère pouvoir mettre fin à deux années de crise politique rythmées par une multitude de scandales dans le camp du gouvernement comme dans celui de l’opposition. Les neuf juges de la Cour Constitutionnelle ont avancé comme argument que le droit d’amnistie devait revenir à l’exécutif. Cette loi a été mise en application mardi 12 avril, évènement déclencheur des contestations qui durent depuis cette date. Gjorge Ivanov a ainsi amnistié 55 personnalités politiques et leurs collaborateurs, tous soupçonnées d’avoir été impliqué dans des affaires d’ordres criminels. Il stoppe donc toutes les enquêtes en cours sur ces hommes politiques, qu’ils soient du VMRO-DPMNE, le parti de la droite conservatrice du Président et du Premier Ministre Nikola Gruevski, ou bien d’un parti d’opposition. Le Président Ivanov, sensé s’afficher dans une position neutre, comptait régler la crise politique et apporter plus de stabilité au jeune pays. Ironiquement, le VRMO-DPMNE a quant à lui exprimé son « profond désaccord » avec la décision d’Ivanov d’avoir inclus parmi les personnes graciées le chef de l’opposition Zoran Zaev.

 

Réactions de l’opinion publique et de l’opposition

 

La décision du Président a immédiatement conduit à de vives réactions dans la journée du mardi 12 avril. Le principal parti d’opposition, le parti social-démocrate (SDSM) et son chef Zoran Zaev estiment que le Président de la République détruit par cette amnistie tout état de droit en Macédoine et par la même occasion l’avenir du pays. Il a par ailleurs annoncé le boycott par son parti des prochaines élections anticipées prévues le 5 juin prochain qui restent selon lui tout autant frauduleuses que celles qui se sont tenues ces dernières années.

Depuis cette date du 12 avril, la « révolution colorée » a donc vu le jour, orchestrée principalement par le SDSM qui invite « tous les citoyens, étudiants, agriculteurs, indépendamment de leur religion ou de leur engagement, à préserver ensemble la démocratie du pays ». Ce mouvement se voulant pacifique s’est d’abord réuni devant le siège du VMRO-DPMNE sur lequel ils ont lancé des bombes à eau remplies de peinture ainsi que des œufs. Le mouvement a pris le nom de révolution colorée, entre autres pour la raison précédente mais également pour mettre en avant l’union de la communauté macédonienne très diversifiée ethniquement.

Nikola Gruevski a parallèlement organisé une contre-manifestation devant le siège du SDSM en opposition à l’amnistie de Zoran Zaev.

Il reste donc très difficile de pouvoir juger de l’efficacité qu’aura cette loi et d’imaginer le proche avenir politique de la Macédoine.