La grande manifestation du mercredi 9 mars était annoncée, et elle a bien eu lieu, dans toutes les grandes villes étudiantes, où des milliers de jeunes et de moins jeunes ont défilé pour protester contre la loi travail proposée par le gouvernement.

« C’est un signe fort envoyé au MEDEF, au gouvernement, au patronat et à tous ceux qui tentent de nous exploiter. » Victor, étudiant en science politique à Paris 8, micro à la main et debout à l’arrière d’une camionnette, mène ses troupes avec ferveur. Avec trois de ses camarades, ils scandent les slogans habituels contre la loi El-Khomri. Ils font face à des dizaines de milliers d’étudiants – 100 000 selon l’association étudiante UNEF et le syndicat Force Ouvrière, 30 000 selon la police – issus de Paris 1, de Paris 8, de La Sorbonne… Venus pour exprimer leur mécontentement face aux récentes décisions du gouvernement par rapport à la loi travail, tous ces jeunes ont donc mis en place ce que le pouvoir redoutait : une grande manifestation populaire initiée par la jeunesse. Imaginée depuis plusieurs jours par des assemblées générales organisées dans de nombreuses universités de toutes les grandes villes de France, à commencer par celle du Mirail à Toulouse – dont l’appel a été repris par certaines universités parisiennes – cette grève générale a lieu lors d’une journée stratégique. Effectivement, couplé à la grève des cheminots qui a provoqué la suppression de nombreux trains ce mercredi, le mouvement universitaire espère pouvoir convaincre le gouvernement de réviser le projet de loi travail, voire de tout bonnement l'abandonner.


Paris 8 aux premières loges

La veille, à Paris 8, la première assemblée générale d’Ile de France était réunie dans un des amphis de la fac de Saint-Denis pour discuter de cette importante manifestation. En présence de nombreux journalistes issus de divers bords politiques, les étudiants présents à cette réunion ont proposé tout au long des trois heures de l’assemblée des idées à mettre en place le lendemain et les jours suivants.
Partant de l’idée de lutter contre la loi El-Khomri par la manifestation, les étudiants – majoritairement les syndiqués – ont chacun leur tour pris la parole et les débats ont rapidement dérivé vers d’autres grandes questions actuelles, comme les droit des femmes ou les revendications des zadistes. Face aux trois organisateurs de l’AG, les débats n’ont pas vraiment enclenché l’ouverture de nouveaux modes d’action, mais ils ont au moins permis aux leaders de la fac de se positionner aux premières loges ce mercredi lors de la manifestation. Une fac représentée, entre autres, par Victor. Le jeune homme se félicite de la mobilisation de sa fac, mais également de celle des autres universités parisiennes : « Paris 8 a un lourd passé contestataire, qui permet de mobiliser de nombreux étudiants. Aujourd’hui, cette manifestation est impressionnante, car elle regroupe un grand nombre de jeunes qui n’avaient jamais manifesté auparavant. Cela prouve bien que la précarité est un sujet mobilisateur. ».



Universités et syndicats, un duo gagnant ?

En plus des étudiants, de nombreux syndicats prenaient part au mouvement de ce mercredi 9 mars. Charlène, représentante de la CGT et présente sur les Grands Boulevards cet après-midi, précise qu’aujourd’hui, les membres de la confédération « ne sont pas là pour être vus comme la première force syndicale mais comme un soutien au mouvement des jeunes, car c’est une initiative qui va de soi ». Face à une loi dont « la philosophie entière pose problème », il n’y aura pas de victoire tant que le projet ne sera pas annulé. La CGT était très visible ce mercredi, ses drapeaux rouges flottant par dizaines au-dessus des têtes des manifestants. Le cortège était toutefois mené par les étudiants eux-mêmes, qui prouvent ici qu’il existe encore des sujets capables de rassembler le grand nombre derrière eux, on plutôt contre eux dans ce cas précis.
Il est aujourd’hui difficile de dire si ces grèves et ces manifestations nationales auront un véritable impact sur la politique du gouvernement Valls. Les Français eux-mêmes sont partagés sur l’utilité de ce grand mouvement et sur ses retombées au niveau du pouvoir. De nombreuses facs semblent en tout cas déterminées à continuer la lutte jusqu’à ce que le projet de loi soit supprimé. Et, au vu des évènements du 9 mars, la jeunesse apparaît comme une force capable d’obtenir le dernier mot.