La pause photo : JR pose sa photo

Collage, photographie, noir et blanc... JR est de retour à Paris. Après avoir investi le panthéon avec ses photographies d’anonymes et l’Assemblée Nationale avec des portraits filmés, l’artiste français jette son dévolu sur l’un des lieux phares de Paris, la pyramide du musée du Louvre.

 

Un « artiviste urbain »

 

Lunettes noires fixées sur le nez, barbe bien taillée, le jeune photographe français de 33 ans, né Jean René, n’en est pas à son premier projet. Entre 2003 et 2016, il a organisé plus de soixante expositions, publié ses photos dans une vingtaine d’ouvrages et réalisé six films. Tout cela couronné par de nombreux prix. Quelle est la clé de ce succès ? Une utilisation humaine et moderne du collage photographique qu’il expose librement sur les murs du monde entier, attirant ainsi ceux qui n’ont pas l’habitude de se déplacer dans les musées. Que ce soit au Proche-Orient, dans les favelas de Rio, dans un bidonville au Kenya, à New York, au Havre ou à Shanghai, les œuvres de JR ne laissent personne indifférent car elles s’adressent à ce que nous sommes, au plus profond de nous-mêmes. Parmi ses plus beaux projets, on compte « Women are Heroes », « Portraits d’une génération » ou encore « Face 2 Face ». A chaque fois, le photographe mélange l’art, l’action ainsi que son engagement pour la liberté et l’identité.

 
 

Faire disparaitre la pyramide

 

Invité par le musée du Louvre, JR voit les choses en grand et décide de faire disparaitre la pyramide, emblème du « plus grand musée du monde », à l’aide d’une anamorphose. L’artiste a recouvert la façade la plus photographiée de la construction de verre avec une photographie en noir et blanc de la partie du musée désormais cachée par la pyramide. L’anamorphose prend tout son sens lorsque l’on est placé à une certaine distance de l’installation, révélant ainsi ce qu’on ne voyait plus depuis la fin des années 1980, époque où l’artiste Pei construit le monument, provoquant une forte polémique.

 

Le mélange des époques

 

L’œuvre de JR, à la fois amusante et saisissante grâce à l’effet de trompe l’œil, est également intéressante au niveau de l’interprétation que l’on peut en donner. Ainsi, le choix d’une photographie en noir et blanc pour recouvrir la pyramide n’est pas anodin et symbolise l’époque révolue pendant laquelle on voyait encore cette façade du musée. D’autre part, le procédé optique de l’anamorphose est ancien et il est ici associé à une technique plus récente, celle de Photoshop. La réalisation fonctionne alors comme un « copié-collé visuel à l’échelle du paysage urbain » selon Emmanuelle Jardonnet, journaliste au Monde.

 

Pour le lancement de sa création, visible jusqu’au 27 juin, JR a organisé un programme marathon s’étalant sur une journée complète, du samedi 28 mai au dimanche 29 mai. Projections de films, magie, danse et concerts ont rythmé ces 24 heures dédiées à l’art et à ses représentations protéiformes.

(Crédits photo : Cécile Lemoine)