LA SCHIZOPHRENIE OCCIDENTALE

par Théophile Pedrola

Aujourd’hui, la France est en guerre contre un ennemi insaisissable. Engagée dans un combat sans règles contre un ennemi que l’on ne connaît pas, ou peu. Sans trêves, sans lieux d’asile, ponctuée de « pertes inutiles ». C’est un ennemi sans cœur qui vous veut du mal. Aussi bien à vous qu’à moi. La quête d’une coalition internationale pour terrasser l’ennemi rassemble nombre de pays occidentaux. Seulement, la montée du terrorisme n’est-il pas le fruit d’une politique schizophrène dictée par nos gouvernements ? Eléments de réponse.

Tout d’abord, quelques précisions. Cet écrit n’a pas pour but de tourner au ridicule notre politique. Encore moins de ridiculiser ceux qui nous gouvernent. Ce papier n’existe que pour soulever une question importante dans la lutte contre notre ennemi commun. D’autre part, je ne saurais que trop vous conseiller la lecture de cette enquête réalisée par Graeme Wood, histoire de connaître ce que l’on combat. Courrier International en a fait une très bonne traduction.

 

Dans les temps instables que nous connaissons actuellement, chaque décision politique acquiert une importance capitale. Les relations géopolitiques sont primordiales et les intérêts présents dans chaque région du monde font constamment naître des conflits. Le centre du monde aujourd’hui ce n’est pas la Triade. Encore moins l’Asie du Sud-Est. Ce qui va décider de notre futur, c’est le Moyen-Orient.

Pour endiguer la vague terroriste qui s’abat sur nos contrées, la France semble suivre la voie peu enviable des Etats-Unis d’après 11 septembre 2001 : soutenir des politiques peu glorieuses qui promettent d’endiguer le terrorisme. Une situation qui se retrouve dans la Syrie d’aujourd’hui. Après avoir insisté sur le problème que représente Bachar El-Assad du fait de sa politique dictatoriale, Etats-Unis et Europe semblent prêts à collaborer avec ses services pour combattre Daech. Mariano Rajoy déclarait même que le monde devait compter sur lui dans le combat. Des paroles simples mais lourdes de sens quand elles concernent un dictateur responsable du massacre de la Ghouta en août 2013. François Hollande déclarait alors : « C’est le régime qui a commis cet acte abject qui le condamne aux yeux du monde. ». Ce qui ressemble à un aveu d’impuissance témoigne d’un désir de stabilité politique dans ce pays ravagé par les combats. Les Etats-Unis et la France n’en sont pas à leur coup d’essai dernièrement.

 

La France, pays des droits de l’homme, n’hésite pas à soutenir de puissants dirigeants africains. Comme au Tchad par exemple. Le président Idriss Déby collabore avec la France en mettant son armée au combat contre l’islamisme, s’attirant les bons regards du gouvernement tricolore. D’un autre côté, Déby, au pouvoir depuis 24 ans, n’hésite pas à faire disparaître ses opposants politiques mais son engagement militaire pousse la justice française à fermer les yeux sur ses actes. Cette impunité a récemment poussé le fils du président à un cynisme épouvantable sur les ondes de RFI, estimant que la France « n’aura pas les moyens » d’inculper son père de président.

La France n’a pas le monopole de la contradiction et un de nos alliés face à la menace, les Etats-Unis, en fait également preuve en ce moment même en Egypte. Soutenir Abdel Fatah al-Sissi est une décision largement contestable. Pire encore, les USA aident le dictateur à établir son régime militaire. L’histoire se répète inlassablement : si Sissi se voit aidé par le gouvernement américain, ce n’est pas parce que la Maison Blanche se plaît à voir un dictateur à la tête de l’Egypte, c’est parce que son armée combat des islamistes du Sinaï jusqu’au Yémen. Le dur prix à payer pour assurer une « stabilité ».

En effet, peut-on réellement parler de stabilité ? Il ne fait aucun doute que l’appui des armées tchadiennes ou égyptiennes, pour ne citer qu’elles, est important. Seulement, l’avènement d’un puissant dictateur au détriment de millions de personnes est une aubaine pure et simple pour les groupes terroristes de la région, opposés, eux, au dictateur en question. Je ne vous apprendrais rien en vous disant que les islamistes appellent à conquérir le pouvoir par la violence, tout en se moquant éperdument de toute action démocratique tel que le vote.

Une telle politique de nos gouvernements semble conduire droit dans le mur car il est évident qu’un régime dictatorial n’apportera jamais la stabilité tant espérée par nos têtes pensantes.

 

En temps de crise, il semble néanmoins normal de « choisir » ses ennemis n°1 et, actuellement, il s’agit de Daech. La coalition semble peu à peu se tourner du côté russe, pensant à collaborer avec Assad pour anéantir l’EI. Assad devenant un problème secondaire. Seulement, nul doute qu’en cas de collaboration, Assad exigera de ne plus devoir rendre de compte à l’Occident. Une nouvelle impasse qui illustre le chaos qui règne au Moyen-Orient entre prises de pouvoir islamistes, tyrannisations dictatoriales et un peuple entre les deux, pris entre soumission et tentation de rébellion djihadiste.

 

François Rihouay/Reuters