LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES #11 
 

Voeux au sommet

Jeudi prochain, le président de la République François Hollande prononcera à l’ensemble des Français les vœux présidentiels. Tradition républicaine, ces vœux servent-ils vraiment à quelque chose ? La réponse est plus compliquée qu’il n’y parait.

Ceux qui ne sortiront pas le 31 décembre au soir devront trouver des moyens de s’occuper. Mis à part manger, cette part de Français pourra s’installer devant son téléviseur et regarder les vœux présidentiels – rien ne les empêche de faire les deux en même temps, d’ailleurs. Ils pourront alors se poser une question qui apparaît à nos yeux comme une interrogation emplie de sens : pourquoi le président de la République se borne-t-il à vouloir déclarer des veux à sa population, et en quoi cela concerne-t-il les Français dans leur ensemble ? C’est vrai, comme dit Pierre Bourdieu, que l’Etat est totalement implanté dans notre vie quotidienne, mais de là à ce qu’il nous souhaite ses vœux… D’aucuns pourraient prononcer cette phrase, et ils auront tort, car la réalité cache un cérémonial bien plus complexe que prévu, qui est devenu au fil des années un rendez-vous très important du mandat de chaque président de la République.

Reflet et projection

Les vœux présidentiels ont été instaurés par le premier président de la Vème République, Charles de Gaulle. Auparavant, les présidents français ne prononçaient pas d’élocution la veille du jour de l’an (de toute manière, ils n’avaient aucun pouvoir, donc les Français n’y auraient pas prêté attention). Depuis de Gaulle, tous les présidents se plient au rituel sans sourciller, en faisant donc une tradition républicaine. Faut-il alors en conclure que les vœux présidentiels sont un symbole du pouvoir acquis par le chef de l’exécutif sous la Vème République ? Présenter ces vœux comme un reflet du pouvoir présidentiel n’est pas vraiment la bonne formule : il vaudrait mieux évoquer l’expression de « rappel de présence étatique dans vos chaumières, petits Français ». Net et sans bavure. Les douces voix des chefs de l’état réconfortent ceux qui sont seuls et qui n’ont personne avec qui partager les pommes de terre à la vapeur du 31 décembre. Toutefois, ces discours qui rentrent dans la case du « dix minutes à perdre » - comprenez qu’ils durent tous aux alentours de dix minutes – sont d’une utilité très importante pour les présidents, tous autant qu’ils fussent, sont et seront. Il ne s’agit pas en effet de simplement raconter sa vie et de terminer l’élocution par un sobre mais efficace « bonne année, bonne santé ». Non, les présidents utilisent ce moment pour faire de la politique, et tenter en plus de ça, parfois, d’attirer de nouveaux électeurs. Nicolas Sarkozy et François Hollande ont par exemple annoncé des réformes durant certains de leurs vœux présidentiels, comme pour prouver que même durant les fêtes, l’alcool n’agit pas sur leurs neurones de dirigeants et qu’ils continuent de penser à la France entre deux morceaux de foie gras.

Sincérité face caméra

Les vœux du Président de la République, encadrés dans une norme que chacun d’entre eux adapte à sa façon, reposent sur le même fond depuis des décennies, mais restent aujourd’hui encore l’occasion pour le peuple français de voir l’homme qui les dirige en direct à la télévision, un évènement qui n’est pas très fréquent. François Hollande n’a ainsi effectué que six conférences de presse à l’Elysée depuis le début de son mandat, même s’il est vrai que ses interventions informelles se sont avérées plus nombreuses que prévu avec les différents évènements ayant eu lieu en 2015 en France. Quoi qu’il en soit, les vœux présidentiels sont les seuls moment chaque année où le président s’exprime en direct de chez lui, sans aucun journaliste pour l’interroger sur ses pensées et ses objectifs. Ces instants observés tous les ans par plus de 10 millions de Français insèrent une proximité entre le politique et le citoyen, qui est nécessaire à la République. Bien sûr, entre ce qui est dit et ce qui est fait durant l’année suivant chaque discours de vœux, il y a un écart souvent important, mais c’est le cas de beaucoup de promesses des politiques avant leur mandat, alors on peut leur pardonner (un peu de sympathie dans ce monde de brutes !). Le plus important ne se trouve pas au niveau politique, qui se ressent déjà dans le cadre choisi par le Président pour prononcer son discours, mais au niveau des mots d’espoir sortant de la bouche du chef de l’Etat tous les 31 décembre. Que la situation politique ou économique nationale soit désastreuse ou parfaite, le président va axer ses vœux sur le côté positif des choses, pour donner le sourire aux gens avant la nouvelle année, et les laisser espérer que des solutions à leurs problèmes vont pouvoir être mises en place par le gouvernement. Emploi, éducation, économie… le président doit montrer aux Français qu’il compte s’occuper d’eux, surtout lorsqu’il est très critiqué comme ce fut le cas pour Nicolas Sarkozy et François Hollande. Pour les autres, appréciés du peuple, l’essentiel est de profiter de leur dynamique pour faire passer leurs promesses plus facilement.
Au final, les vœux présidentiels ne sont pas de grands moments de télévision, vous l’aurez compris. On ne demande pas non plus du grand spectacle pour le soir du 31 décembre, et encore moins de la part de notre chef d’état. Ces vœux ont malgré tout le mérite du réconfort, ce dont des milliers de Français ont besoin à l’aube d’une nouvelle année alors que la période des fêtes se termine. Dans ce contexte, critiquer les vœux présidentiels ne sert pas à grand-chose, si ce n’est à enfoncer des portes ouvertes. Ce qui n’a jamais vraiment amené à des résultats très concluants.

 

Ian Langsdon/Pool/AFP