LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES #15
 

par Paul Idczak

Nobles présidentiels

Le député PS René Dosière a publié hier des chiffres présentant le coût des anciens présidents à l’Etat. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce statut n’est pas bénévole.

En 2012, François Hollande déclarait à la France entière qu’il serait un président normal. Cette expression claire et simple a séduit les Français qui l’ont élu à la présidence de la République face à Nicolas Sarkozy. Davantage outil électoral que réalité, l’usage de ce terme sorti de la bouche de l’homme politique socialiste n’est toutefois pas anodin, et mérite que l’on s’y attarde. En effet, parler de normalité lorsqu’on cherche à gouverner le pays, n’est-ce pas quelque peu étrange ? Si l’on prend la définition basique du terme, la normalité est « l’état, le caractère de ce qui est conforme à la norme ». Mais de quelle norme parle-t-on ? La norme du Français moyen, ou bien la norme du politique qui signifie bien souvent avoir obtenu un diplôme à l’ENA ou à l’ENS, puis avoir gravi les échelons pour paraître tel une figure supérieure sur le petit écran de millions de personnes ? Non, il est évident qu’en étant président, on ne peut pas se targuer de représenter une quelconque forme de normalité pouvant parler aux petits Français, même quand il s’agit d’un communiste. D’autant plus que l’après-mandat présidentiel est bien plus heureux que la fin du CDD d’un salarié. Les chiffres que le député socialiste René Dosière a publié le 2 février confirment ce cheminement de pensée aboutissant à une conclusion simple : les anciens présidents sont des pompes à fric publiques. Avec 6 millions d’euros cumulés pour Valéry Giscard d’Estaing, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac l’année dernière, les finances de l’Etat sont en surchauffe ex-élyséenne.

De la surprotection en stock

La première fois que l’on lit ces chiffres, l’étonnement peut être de mise. C’est vrai, comment un vieil homme comme Giscard peut-il coûter à l’Etat 2,5 millions d’euros ? La réponse est plus simple qu’il n’y paraît : le statut d’ancien président a été mis en place par Laurent Fabius en 1985. Depuis cette date, une simple lettre envoyée aux anciens chefs de l’Etat leur octroie d’office de nombreux privilèges tels qu’un appartement et une voiture de fonction, des policiers se chargeant de leur garde rapprochée, ou encore 7 collaborateurs à leur disposition à tout moment. Membres de droit au conseil constitutionnel, les ex-présidents sont toujours liés à l’Etat, ce qui explique ces avantages généreusement offerts à leurs personnes. Cependant, aujourd’hui, seul VGE siège toujours dans l’institution étatique chargée de statuer sur la constitutionnalité des lois, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac l’ayant respectivement quitté en 2013 et 2011. Récompensés pour leurs bons et loyaux « services » à la tête de la France, les chefs d’Etat peuvent vivre un train de vie de roi aux frais du contribuable, alors qu’ils sont loin d’en avoir besoin. Il est en effet facile, quand on réfléchit un peu, de se rendre compte que Jacques Chirac dormirait toujours sur ses deux oreilles sans les 6 policiers surveillant sa résidence à plein temps, et qu’un chauffeur en moins ne serait peut-être pas une mauvaise chose concernant Nicolas Sarkozy. L’Etat doit ainsi payer 6 millions d’euros pour assurer la protection et certains aspects de la vie quotidienne de trois hommes, deux d’entre eux étant à la retraite et presque voire totalement inactifs sur le plan politique. L’aura de Chirac et de Giscard respire peut-être en filigrane, mais elle ne vaut pas plusieurs millions d’euros…

Inégalités de faveur

Ce coût est un élément qui éloigne les politiques de la population, qui exacerbe les différences entre cette classe privilégiée protégée par l’Etat et des millions de personnes en situation précaire qui doivent travailler toujours plus pour espérer boucler leurs fins de mois. François Hollande, une fois qu’il aura quitté l’Elysée, aura lui aussi droit à ces cadeaux de l’Etat. Déclarera-t-il alors qu’il est un homme normal ou s’abstiendra-t-il de le faire ?
Ici, c’est le système qui est en cause, et non les anciens présidents : ceux-ci ne peuvent pas refuser ces aides, qui existent et doivent être mises en place en vertu du respect de la décision ministérielle de Laurent Fabius évoquée plus haut. Quand on vous offre quelque chose, on est obligé de l’accepter, et les chefs de l’état sont dans le même cas. Pour une société plus équitable, c’est au gouvernement de statuer sur un changement, et c’est d’ailleurs ce que réclame René Dosière, partisan d’une limite temporelle de ces « privilèges ». Quelques millions de plus dans les caisses de l’Etat, ça ne ferait effectivement de mal à personne.