LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES #17
 

par Paul Idczak

Glissades footballistiques

Le (nouveau) dérapage de Serge Aurier ce week-end remet en lumière, si ce n’était déjà le cas, le problème de l’« agir sans réfléchir », récurrent dans le monde du football.

On ne sait plus quoi penser, décidément. Les certitudes des fans de foot sont sans cesse remises en question, quasiment chaque mois, par des actions isolées qui affectent l’image du premier sport au monde, déjà tant décrié. La vidéo Periscope de Serge Aurier, enregistrée par des internautes et publiée immédiatement après les faits, est la dernière en date. Dans celle-ci, l’Ivoirien, accompagné d’un de ses amis proches, insulte ouvertement son entraîneur Laurent Blanc et certains de ses coéquipiers comme Salvatore Sirigu, tout en semblant trouver cela parfaitement normal. Après tout c’est vrai, faire une vidéo en live sur Internet est le moyen le plus sûr de ne pas se faire attraper en 2016 ! Le joueur du PSG semble en tout cas avoir perdu toute part de rationalité samedi soir dernier, date où son chaperon, chargé de veiller sur les fréquentations du garçon, était justement en vacances en Thaïlande… Une interrogation ressort de l’affaire Aurier, mais aussi de celle concernant Karim Benzema avec la sextape de Mathieu Valbuena : pensaient-ils légitimement que cela ne se saurait pas ou bien étaient-ils dans une sorte de transe, les seuls voyants au milieu d’un monde d’aveugles ? La réponse se trouve quelques années plus tôt au moment de leur éducation, ou bien tout simplement dans leur mode de vie.

Une monde à part

Si les dérapages incontrôlés arrivent rarement dans d’autres sports que le football, c’est parce que les enjeux ne sont pas les mêmes. Le rugby, discipline la plus proche du football avec son cousin le football américain, prône des valeurs différentes bien plus propices à un respect de l’autre et à des comportements la plupart du temps totalement exemplaires. Dans d’autres sports collectifs comme le basketball, toute sortie un peu trop osée est directement sanctionnée d’une grosse amende et de nombreux matchs de suspension. Les sports individuels sont eux touchés par des dérives différentes, mais on ne trouve rien de comparable à ce qu’ont effectué Serge Aurier, Karim Benzema ou encore, plus largement, les dirigeants de la FIFA.
Les joueurs de foot suivent souvent une formation prolongée durant leur enfance qui ne met souvent pas assez l’accent sur l’apprentissage d’éléments d’éducation satisfaisants. La preuve : beaucoup de clubs mettent aujourd’hui en place une prime à l’éthique – qui s’élève à 150 000€ dans le cas de Serge Aurier – que chaque joueur empoche si son comportement avec les médias est adéquat. Entre les lignes, on peut en déduire qu’ils ne sauraient bien se comporter s’ils n’étaient pas payés pour le faire ! Puisque le monde du football est un monde à part, on peut penser que ses membres frondeurs, au vu de leurs propos postérieurs à leurs méfaits, ne sont pas conscients de la gravité de leurs actions. Benzema pensait régler une histoire avec Valbuena entre « gars sûrs », tandis qu’Aurier devait sûrement penser s’adresser à des personnes de confiance… Les deux avaient tort, et les voilà dans de sales draps. Enfin, c’est une façon de parler. L’un comme l’autre vont en effet sûrement s’en sortir sans véritables dommages, et leur avenir continuera de s’écrire sur des gros contrats frappés de plusieurs zéros. A l’heure du fair-play financier, c’est effectivement la valeur d’un joueur qui est dans les têtes des dirigeants, et un licenciement aurait tout l’air d’une catastrophe industrielle pour tout club chevronné devant faire face à un joueur comme Serge Aurier. Voilà possiblement une des raisons qui expliquent ces dérapages : les joueurs sont quasiment intouchables.

Un billet pour l’hiver

L’argument de la richesse des joueurs n’explique pas tout. Leur confiance aveugle dans les demandes de leurs « amis » paraît plus intéressante dans l’étude de ces comportements déviants. Il est normal que les footballeurs aient des amis extérieurs à leur sport, mais leur argent transforme souvent des connaissances en amitiés proches. Karim Zenati, l’homme derrière le scandale de la sextape, a demandé personnellement à Benzema de faire pression sur Mathieu Valbuena afin de le pousser à payer pour que la vidéo en question ne soit pas publiée. Dans le cas de Serge Aurier, il n’aurait sûrement pas fait de vidéo sur Periscope en dénigrant une partie de son équipe sans son ami fumeur de chicha… Dans des cas plus larges telles que la fraude fiscale, grande spécialité de certains joueurs du FC Barcelone, ce sont les parents qui encouragent la chose. Bizarrement, les joueurs qui sont bien conseillés arrivent à montrer une bonne image d’eux-mêmes, ce qui, on l’oublie trop souvent, reste très facile à faire !

Mauvaise éducation, mauvaises fréquentations, envie de flirter avec le risque, nombreux sont les facteurs pouvant expliquer les dérapages dans le monde du foot. S’ils ne touchent qu’une minuscule minorité de joueurs des grands clubs, ils ont tendance à se multiplier et caractérisent l’évolution de ce sport dans lequel l’argent prédomine et les égos sont boostés par des contrats juteux et des sponsorings sans limite pour les meilleurs d’entre eux. Car un joueur se doit aussi d’être bon en dehors du terrain, et ça, tout le monde ne le comprend pas.