LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES #18
 

Mat sur l'échiquier politique

Le récent texte de la loi du travail l’a une nouvelle fois mis en évidence : la droite et la gauche politiques sont désormais des notions obsolètes, ou presque.

Le 21ème siècle sonnera-t-il le glas des différents bords politiques ? Nous sommes bien partis pour en prendre le chemin, surtout depuis quelques années. La dernière preuve en date repose dans les réactions des députés à la proposition de loi de Myriam El Khomri visant à réformer le monde du travail. Qualifiée d’erreur à gauche, la droite encourage pourtant la ministre sur cette voie, le texte trouvant des partisans jusque dans les sphères dirigeantes du Médef, le plus grand syndicat de patrons en France. Cette situation paraît tout à fait incongrue quand on sait que ce sont des socialistes qui nous gouvernent, et que, dans les fondements mêmes du parti, se trouve la nécessité d’aider le peuple, ou, dit plus grossièrement, la « masse populaire ».

L’histoire aux oubliettes

Dans l’histoire, les termes de droite et gauche trouvent leur origine quelques mois après la prise de la Bastille en 1789, lorsque les députés de la nouvelle assemblée nationale se sont réunis pour voter sur la future place du roi face aux députés. Lors de ce débat, les partisans du maintien du pouvoir royal se trouvaient sur la droite du président de la séance, tandis que les opposants au droit de veto du roi étaient, eux, placés sur sa gauche. Les premiers étaient majoritairement des aristocrates et les seconds des membres du troisième ordre, le tiers-état. Il suffit donc de se replonger dans le passé pour se rendre compte que les notions de droite et de gauche sont fortement ancrées dans des valeurs tout à fait ambivalentes, qui paraissent plus difficiles à mêler que le contraire.
Toutefois, les années passant et les modèles politiques évoluant, il est devenu de plus en plus difficile de séparer distinctement ces deux bords politiques, qui restent, faut-il le rappeler, une notion purement française. En effet, quand il s’agit de dire oui ou non au roi, les camps sont bien plus clairs que sur une politique économique ainsi que sur toutes les caractéristiques qui l’accompagnent.


Mauvaise excuse

Invoquer le système pour mêler, ou même intervertir les intérêts des différentes classes sociales, que l’on soit de gauche ou de droite, ne devrait malgré tout pas servir d’excuse quand il s’agit de relever le pays dans un secteur défini. Car faire partie d’un parti politique, c’est aussi respecter les idées de celui-ci, et cela devrait être encore plus le cas lorsqu’on est Président de la République ou Premier Ministre. Ce n’est pourtant pas ce que semble vouloir faire Manuel Valls lorsqu’il répète à tort et à travers qu’il faut « dépasser les clivages républicains » au moment du vote d’une loi. La ministre du travail a pris ces paroles à la lettre, et s’est transformée en lèche-bottes des patrons avec sa réforme du travail. Etrangement (ou pas), on accuse plus souvent la gauche de faire un politique de droite que la droite de faire une politique de gauche. Cela est peut-être dû à des revendications plus fortes de la part des électeurs, qui vont placer plus d’attentes dans un Président se présentant comme socialiste, que dans la personne d'un chef d’Etat chez qui l’on sait pertinemment que le social n’est pas la tasse de thé. Le peuple élit donc un candidat de gauche pour contrer les intérêts des classes dominantes, puis se rend compte que cela ne change rien, et se retourne vers la droite lors des élections suivantes.
 

Extrêmement votre

Les mandats de Nicolas Sarkozy et de François Hollande ont fait apparaître des comportements politiques assez peu conventionnels chez une partie de la population active. Les commentaires tels que « tous les mêmes », « tous corrompus », ou encore la mise en avant du clivage UMPS par des observateurs et des personnalités politiques pas toujours fréquentables ont ainsi permis au Front National de transformer le bipartisme en tripartisme, et d’espérer influer dans les futures élections plus encore que Jean-Marie Le Pen ne l’avait fait en 2002. Lorsque l’extrême monte, c’est toujours le signe d’un dysfonctionnement à l’intérieur même des formations politiques habituellement dominantes. Aujourd’hui, celles-ci n’arrivent plus à faire passer des messages que les Français peuvent croire, contrairement au FN qui, lui, use de grandes phrases et de promesses électorales extrêmement radicales et dénuées de bon sens, séduisant tous les déçus du système à la recherche d’une solution miracle.
Si le clivage gauche-droite n’est plus ce qu’il était, c’est aussi parce que les générations de politiques commencent à lasser. Pour preuve, Emmanuel Macron est un des hommes de gauche bénéficiant de la plus forte côte de popularité, des dizaines de points au-dessus de son président et de son Premier ministre. Alain Juppé contre de son côté cette pensée en étant, à droite, le chouchou des Français, et de loin. On a donc d’un côté la jeunesse, de l’autre une longue absence des cercles dirigeants du pays, pour, au final, un résultat équivalent au niveau des chiffres.
Pour remettre en place l’échiquier politique et lui permettre de retrouver son aspect d’antan, il n’existe pas vraiment de remède garanti sans effets secondaires, mais, pour commencer son rétablissement, il faudrait commencer par croire en ses propres idées sans tenter de réaliser celles des autres. Cela suffirait au moins à prouver que l’on peut encore parler de valeurs sans prononcer un gros mot.