Cette semaine, la joueuse de tennis russe Maria Sharapova a révélé avoir été contrôlée positive à un médicament interdit par l’Agence mondiale antidopage. Jouant la carte de la surprise, il est pourtant difficile de la croire.

Quoi qu’il arrive, ce n’est jamais la faute des sportifs. Depuis le 1er janvier, ce sont pourtant 99 d’entre eux qui ont été contrôlés positifs au meldonium, ce médicament officiellement placé sur la liste des produits interdits en ce début d’année 2016. Depuis, nous avons donc droit à une pluie d’aveux honnêtes, puisqu’une grande partie de ces sportifs – pour la plupart russes – ont déclaré qu’ils prenaient effectivement du meldonium, qui plus est avant la pratique du sport de haut niveau.
En prenant la législation de 2016, on peut donc admettre que le dopage au défaillant cardiaque que constitue ce médicament était donc en vogue chez de nombreux athlètes issus de disciplines variées depuis quelques mois. Maria Sharapova, lâchée par ses sponsors, aurait-elle donc profité du système, ou en est-elle la victime ?


 

Des règles qui ouvrent la porte au dopage

Si la Russe est aujourd’hui suspendue du circuit et que l’équipe de Russie de volleyball voit sa qualification aux Jeux Olympiques mise en suspens après le contrôle positif d’un de ses joueurs, c’est que le travail des équipes médicales n’a pas été bien effectué pour éviter que ce genre de mésaventures n’arrive. Car l’agence mondiale antidopage prévient les fédérations avant d’interdire un produit, quel qu’il soit, au début de l’année suivante, pour permettre aux sportifs qui doivent subir des traitements médicaux bientôt interdits de se conformer aux normes mondiales. Maria Sharapova l’a d’ailleurs elle-même reconnu, elle est « entièrement responsable » de sa situation actuelle et ne se cherche pas d’excuses. Si elle dit vrai et qu’elle prenait vraiment du meldonium depuis de nombreuses années dans le cadre médical, elle est excusable. Toutefois, au vu de la razzia sur le dopage russe qui a lieu dans ces premiers mois de 2016, il serait assez surprenant que ses propos ne cachent pas une volonté d’améliorer ses performances tennistiques plus qu’une nécessité sanitaire. Telle Alberto Contador et sa fameuse escalope assaisonnée au clenbutérol il y a 6 ans, Sharapova est dans une position délicate. Elle peut au moins compter sur le soutien indirect de l’inventeur du meldonium, le professeur Ivars Kalvins, qui ne considère pas sa découverte comme un produit « améliorant les performances athlétiques » du corps humain. Le professeur français Gérard Dime affirme pourtant que le médicament « aide à mieux gérer son poids et à mieux récupérer après l’effort » en améliorant l’apport en oxygène aux cellules. L’AMA aurait-elle fait trop fort en interdisant le meldonium sans vraie preuve scientifique ?
La vraie interrogation n’est pas là : le principal problème de la lutte antidopage aujourd’hui, c’est qu’elle peine à se maintenir au niveau des innovations dans le secteur qu’elle combat. Si des sports sont plus pointés du doigt et contrôlés que d’autres, comme le cyclisme ou l’athlétisme pour ne citer qu’eux, ce ne sont pourtant pas ceux qui amènent le plus de cas positifs par année, la palme revenant à l’haltérophilie et… à l’équitation. Il ne se passe malgré cela pas une année sans que l’on crie au scandale durant le Tour de France en observant certaines performances quasi-surhumaines dans les forts pourcentages. Tant que les faits ne sont pas là, le bénéfice du doute existe et il faut croire en la bonne foi de ceux qui vantent l’entraînement et la réussite physique des grands champions. Le cas Sharapova, assez unique dans la catégorie des meilleurs joueurs et joueuses de tennis, nous éclaire peut-être sur un phénomène généralisé qui ne serait, après tout, pas vraiment surprenant…


 

Profiter du spectacle

Il est évidemment regrettable que des sportifs de aussi haut niveau se fassent prendre au piège du dopage. Si cela décrédibilise le monde du sport, on ne peut s’empêcher de vouloir nous bander les yeux lorsqu’on regarde de grands évènements comme les Jeux Olympiques. Se dire que chaque sportif est dopé, qu’il ou elle ne serait rien sans ses médecins magouilleurs… ce n’est pas l’état d’esprit à faire valoir. Il vaut mieux se laisser porter par un spectacle bien souvent exceptionnel sans laisser nos arrière-pensées prendre le dessus. Effectivement, au fond, notre conscience personnelle imagine un football clean, un rugby familial, de l’athlétisme au talent et un cyclisme sans seringue baladeuse. Ce sont ces probables illusions qui ont fait du sport ce qu’il a toujours été, ce qu’il est et ce qu’il sera encore longtemps : un enjeu rassembleur, empli de suspense et de retournements de situation. Et la minorité coupable ne nous fera jamais changer d’avis sur la majorité (pour le moment) innocente, n’en déplaisent à ceux qui portent des accusations erronées.