Laissez-nous tranquilles #22 :

Fortune et infortune

Entre polémique et impôts, le ministre de l’économie Emmanuel Macron n’a pas donné la meilleure image de lui cette semaine.

Emmanuel Macron est un relatif débutant en politique. L’ancien banquier de chez Rotschild a débuté sa carrière l’année dernière lorsque François Hollande l’a nommé ministre de l’économie, à seulement 37 ans. Prenant du galon mois après mois, il est depuis apparu comme une potentielle alternative socialiste au président actuel aux prochaines élections présidentielles. Et s’il ne devrait en toute logique pas se présenter à celles-ci, il a malgré tout lancé un mouvement aux allures de tremplin politique, « En Marche », en avril dernier. En marge de la polémique sur la loi travail, même s’il a effectué de nombreuses déclarations à ce sujet – sans manquer de retourner sa veste – Emmanuel Macron bénéficie en outre d’une côte de popularité assez élevée, valeur en partie dûe à l’absence d’un passif politique négatif dans des années où la plupart des « grands noms » des affaires françaises ont été affectés par des scandales ou des erreurs décisionnaires. Jusqu’à cette semaine, où une réponse maladroite a valu à l’homme de 38 ans de faire polémique.

Costard taillé sur mesure

Face à des manifestants à Lunel, dans l’Hérault, Emmanuel Macron a répondu à une remarque sur son costard en déclarant sans sourciller aux grévistes que « les t-shirts ne [lui] font pas peur. Pour s’acheter un costard, il faut travailler ». Réponse acerbe en forme de solution radicale à la grève qui paralyse en partie le pays depuis plusieurs semaines, cette remarque est surtout mal venue dans le contexte actuel, et c’est pourquoi elle fait polémique. Le même jour, le mouvement En Marche lançait en effet une campagne distribuant gratuitement des t-shirts dans les rues, ce qui peut paraître paradoxal au vu de la phrase prononcée par son leader ! Plus que cette simple coïncidence, Emmanuel Macron se trouvait surtout face à des grévistes accompagnés de chômeurs, en tant que représentant du gouvernement. Et invectiver des personnes sans-emploi de travailler pour s’acheter une tenue plus « huppée », alors même que le gouvernement est en train de faire passer en force une loi que ces mêmes chômeurs considèrent comme contraire au droit du travail, ne contribue pas forcément à augmenter les relations déjà tendues entre cette partie de la population et le pouvoir socialiste. Sur la toile, les réponses ne se sont ainsi pas faites attendre, celle d’une internaute intitulée « Macron tais-toi » atteignant même le million et demi de vues en moins de trois jours.
 

 

 

 

 

 


Macron s’est justifié sur sa sortie : selon lui, « on n’invective pas » et « on ne tutoie pas » un ministre, des explications qui ressemblent à une justification de sa sortie maladroite, certes moins grossière que celle de Nicolas Sarkozy au salon de l’Agriculture mais qui témoigne du décalage entre les hommes politiques et les citoyens protestataires face à qui ils font parfois face.

L’ISF, il s’en fout ?

Autre péripétie de la semaine d’Emmanuel Macron : il serait désormais assujetti à l’impôt sur la fortune, selon Médiapart. Avec un patrimoine réévalué par le FISC, le ministre et sa femme sont aux normes financières, mais leur fortune est donc imposable. Quand on connaît la fonction précédente d’Emmanuel Macron – banquier d’affaires chez Rotschild – et les revenus qui ont incombé de celle-ci -plus de deux millions d’euros – cette nouvelle n’est pas vraiment étonnante. Si ces faits sont avérés, Macron ne serait pas le premier ni le dernier à sous-évaluer son patrimoine pour ne pas avoir à payer l’ISF, même s’il avoue avoir toujours été en règle sur ce point-là. Et puis, s’étonner que les hommes politiques aient un patrimoine important revient à être surpris que l’eau mouille une veste de costume, c’est dans l’air du temps. Emmanuel Macron gère en tout cas sa communication post-crise sans éraflure, une attitude à souligner, même si, contrairement à François Hollande en 2012, il ne pourra pas se présenter comme un homme politique normal lors des prochaines échéances politiques. Le tout est de savoir s’il le souhaite vraiment.

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