LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES #7
 

Trump récupère vite !

La récupération est un art à part entière. Et quand il s’agit de politique, Donald Trump va souvent plus vite que les autres. Cette semaine particulière nous l’a une nouvelle fois rappelé.
 

Il y en a qui n’ont pas peur de la polémique, décidément. Deux jours après les attentats de Paris qui ont fait au moins 130 morts et plusieurs centaines de blessés, il fallait bien s’attendre à ce que quelqu’un trouble l’ordre des choses et l’émotion palpable qui régnait sur la France et une grande partie de la planète. Hors du cadre franco-français où l’union politique a été quelque peu cassée par les propos de Nicolas Sarkozy et de Marine Le Pen qui, on a tendance à les comprendre, pensent d’abord aux régionales qui semblent prêtes à leur sourire, les réactions marquantes de la semaine sont bien évidemment celles de l’américain Donald Trump. L’extravagant homme d’affaires américain reconverti candidat aux primaires républicaines n’en manque pas une pour mettre en avant ses valeurs conservatrices très américaines, quelle que soit la situation. Samedi 14 novembre, soit le lendemain des attentats, il a déclaré lors d’un discours au Texas que « les choses se seraient sûrement passées autrement si les français avaient des armes ». Plus de 10 mois après les attentats de Charlie Hebdo à la suite desquels il avait tenu les mêmes propos, à peu de choses près, sur Twitter, Trump rejoue donc à son sport favori : le surf sur la vague des attaques terroristes.

Une tactique osée…

Donald Trump est une grande gueule, avec des idées précises sur lesquelles il fonde sa campagne électorale dans l’optique des primaires de l’année prochaine. Face à des millions d’Américains susceptibles de voter pour sa personne, le milliardaire joue la carte choc, en martelant des propos qu’il est très dur de contredire sans s’empêtrer dans un débat qui n’en finirait pas. Lorsqu’il évoque le contrôle des armes à feu en France, il exacerbe le modèle étatsunien face à des foules acquises à sa cause, légitimant ses propos polémiques qui en choqueraient plus d’un s’ils avaient été prononcés sur le sol européen. Récupérer un acte aussi atroce que les attentats de Paris nous paraît, à nous Français, comme une chose inconcevable à tous points de vue. Si les armes à feu circulaient librement en France, peut-être que les victimes des attaques auraient été moins nombreuses, mais on ne le saura jamais. De plus, alors même que des milliers de français tentent d’aller faire le djihad, autoriser tout le monde à posséder des armes chez soi reviendrait à donner à Daesh une opportunité inespérée de multiplier ses attaques sanglantes… Dans tout cela, Trump ne pense évidemment pas à l’Europe, mais à lui-même et à son pays, alors que le débat sur les armes à feu revient de plus en plus souvent sur le devant de la scène outre-Atlantique.

… qui fonctionne très bien

L’électorat ultra-conservateur de Donald Trump encourage son chouchou à continuer sur la voie qui le caractérise. Le républicain a même aujourd’hui de grandes chances d’être le candidat de son parti pour les prochaines élections présidentielles, c’est dire. Pourtant, il ne faut pas être un génie pour faire du Trump. Il suffit de taper sur tous ceux qui critiquent la religion, les blancs et certaines lois fondamentales, comme le deuxième amendement de la Constitution, qui concerne la libre –possession et la libre-circulation des armes à feux dans tous les Etats-Unis. Dans la lignée directe de Ronald Reagan, Trump, représenté par son slogan « Make America great again » (déjà utilisé, à l’époque, par Reagan), profite des évènements pour attirer toujours plus de monde, à la manière de Marine Le Pen en France. Les Américains, qui ont encore dans la tête les attentats du 11 septembre 2001, n’ont pas encore été touchés par l’Etat Islamique sur leur sol. Donald Trump promet ainsi à qui veut l’entendre qu’en votant pour lui, on vote pour un homme qui saura comment agir pour contrer cette menace qui prend de plus en plus d’ampleur, surtout après les récents évènements.  Fichage accru des musulmans, limitation de l’immigration, politique extérieure plus agressive… le milliardaire n’a pas peur des grands mots, même s’ils choquent toute la classe politique américaine. Cette semaine, il a déclaré à plus ou moins demi-mot que le fichage de l’ensemble des musulmans était une éventualité en vue de la sécurité intérieure des Etats-Unis. S’il a démenti un peu plus tard avoir voulu affirmer cela, les profondeurs de sa pensée sont désormais claires, et la xénophobie latente. Un grave défaut s’il veut devenir président, puisque les populations afro-américaine et hispanique représentent près d’un quart de la population étatsunienne aujourd’hui. Si voir Donald Trump prendre ses quartiers à la Maison Blanche est une éventualité totalement improbable et quasiment impossible, l’ancien présentateur de l’émission de télé-réalité The Apprentice a déjà acquis ce qu’il espérait : une tribune libre à la résonance internationale. Et cela lui réussit plutôt bien…

Flickr