LAISSEZ-NOUS TRANQUILLES #8 
 

Protestations d'urgence

En marge de la COP21, et malgré l’interdiction de manifester mise en place par le gouvernement, des heurts ont éclaté place de la République, donnant lieu à plusieurs centaines d’interpellations.


L’esprit manifestant français n’est pas mort. Malgré les attentats il y a deux semaines et l’état d’urgence instauré par le gouvernement, Paris a vu ce week-end des dizaines de milliers de personnes se rassembler en son sein, plus particulièrement sur la place de la République. La raison : la tenue de la COP21 cette semaine sur le site Paris-Le Bourget, dans le nord de la ville lumière. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’au vu des évènements, notre gouvernement n’a pas vraiment eu du nez en assignant à résidence des militants écologiques considérés comme violents…


Le calme et la tempête

La grande marche pour le climat avait été annulée, comme beaucoup d’autres rassemblements, à la suite des attaques terroristes du 13 novembre. Des mesures prises par le biais de l’état d’urgence, afin que d’éventuels assaillants n’en profitent pas pour causer un nouveau carnage. On était donc en droit de s’attendre à ce que les grandes places parisiennes soient désertées ou presque en ce dimanche pluvieux de fin de mois de novembre. Surtout après que des milliers de chaussures aient été déposées tout autour de la statue de la République de bon matin. D’heure en heure malgré tout, les gens ont afflué sur la place, la plupart d’entre eux se contentant de manifester paisiblement, en se contentant d’être là et de marcher en criant des slogans écolos, ou bien tout simplement de faire passer un message à travers des pancartes et des panneaux. Seul signe des mesures gouvernementales : la présence de nombreux policiers aux abords du lieu, prêts à intervenir en cas de débordement.
Et ils ne se sont pas faits prier : dès que certains militants ont commencé à les provoquer, les représentants des forces de l’ordre ont répondu à coups de gaz lacrymogènes balancés au hasard, ou presque, dans la foule. En conséquence, une grande partie des militants pacifiques présents sur la place de la République ont dû faire les frais des actions de certains de leurs homologues ayant des envies d’en découdre… Heureusement qu’il n’y a pas eu de mouvements de foule plus importants, sinon des blessés auraient pu être à déplorer.


Défense dommageable

Le summum du ridicule a peut-être été atteint par les manifestants qui ont lancé des bougies hommages aux victimes de la tuerie du vendredi 13 pour se défendre face aux gaz des CRS…
D’accord, l’état d’urgence, de la manière dont il a été divulgué, limite certaines libertés fondamentales, comme le droit de manifestation. Mais, jusqu’à preuve du contraire, les gens continuent à se rassembler pour faire valoir leurs causes, et ce quoi que veuille entendre le gouvernement. Et, à l’heure où celui-ci évoque une prolongation de ces mesures d’exception, se montrer en utilisant la violence n’est pas le meilleur moyen de faire avancer les choses. En plus, coupler la violence à un manque de respect aux morts, deux jours après l’hommage national à ceux-ci… François Hollande et Manuel Valls ont dénoncé cette attitude regrettable, et on les comprend. Face à cela, le comportement des manifestants qui ont bloqué l’accès aux bougies et aux fleurs est à saluer, même si il relève, il est vrai, du simple bon sens collectif.
En bref, cette journée marquant la veille de l’ouverture de la COP21 ne s’est pas passée exactement comme cela était prévu, mais ce n’est pas une surprise. La peur que la conférence environnementale ne symbolise pas les espoirs portés par de nombreux militants écologistes, surtout après les attentats, a peut-être pris le dessus et s’est transformée en un besoin de violence pour se faire entendre. Et puis, dans cette sorte de mini-conflit asymétrique, les militants qui ont lancé des fleurs et des bougies sur les policiers qui leur faisaient face ne sont que le symbole de ce qui peut arriver lorsque les provocations dérapent sur des actes concrets bien regrettables. De ce dimanche 29 novembre, retenons la chaîne humaine, le pacifisme de milliers de personnes, plutôt que les heurts et les interpellations. Ne dit-on pas que la majorité l’emporte toujours ?

 

Joël Saget/AFP