Le gouvernement de plus en plus seul même dans son propre camp

Les décisions du gouvernement font de plus en plus de sceptiques : désormais, c'est au tour de Martine Aubry de critiquer la politique de l'exécutif dans une tribune parue dans le journal "Le Monde".

 

Alors que le président français était en voyage dans les îles françaises du pacifique et en Amérique du Sud et que le gouvernement était en pleine préparation d'un nouveau projet de loi visant à modifier le code du travail, ils ont dû faire face à une nouvelle vague de contestation venant de leur propre camp. En effet, dans Le Monde du 24 février plusieurs personnalités de gauche comme Martine Aubry, Daniel Cohn-Bendit ou Benoît Hamon, ont co-signé une tribune intitulée « Sortir de l'impasse » critiquant l'action des gouvernements de Manuel Valls.


De nombreuses réformes critiquées

 

Dans cette tribune, la critique s'organise autour de plusieurs sujets. Ils critiquent le pacte de responsabilité, la déchéance de nationalité, les déclarations à Munich du premier ministre, la modification du code du travail et l'utilisation abusive de l'article 49-3.

En ce qui concerne le pacte de responsabilité, ils reprochent au gouvernement de ne pas avoir écouté la majorité parlementaire qui a proposé différentes réformes qui n'impliquaient pas de pacte avec le syndicat des patrons, le MEDEF. Ils estiment que les 41 milliards d'euros utilisés pour ce pacte ne l'ont pas été de la bonne manière et qu'ils auraient été plus utiles dans des domaines tels que l'écologie, l'agriculture ou encore l'éducation.

Vient ensuite la question de la déchéance de nationalité, que les signataires qualifient « d'impasse ». Pour eux, elle est contraire au principe d'égalité si elle s'applique uniquement au binationaux mais crée des apatrides lorsqu'elle s'applique à tous les Français, ce qui est interdit par la convention de New York du 30 août 1961. Il est également question de la dérive que peut occasionner cet réforme si elle est instaurée dans la Constitution lorsqu’elle tombera entre de mauvaises mains. Les signataires proposent ensuite au gouvernement une alternative à la déchéance de nationalité qui est l'indignité nationale pour tous les terroristes, qu'ils soient binationaux ou non. L'indignité nationale consiste en la privation des droits civiques.

La troisième source de critiques concerne les déclarations de Manuel Valls à Munich, la semaine dernière. Les signataires rappellent au premier ministre que la France a toujours été une terre d’accueil pour les personnes qui été menacées dans leur pays comme les républicains espagnols pendant la dictature de Franco. Pour eux, « la mission de la France n'est pas de dresser des murs mais de construire des ponts ». Ils critiquent ainsi la volonté de Manuel Valls de vouloir accueillir moins de réfugiés.

Puis il est question du pré-projet de loi qui modifierait le code du travail. Ce pré-projet constitue pour eux en un affaiblissement des droits des salariés qui pourront être licenciés plus facilement, pourront saisir moins souvent le tribunal des prud'hommes, travailleront plus longtemps sans être payés en heures supplémentaires. Pour eux cette mesure n’entraînera aucune baisse du taux de chômage en France et favorisera uniquement les patrons.

La dernière source de critique est l'utilisation de l'article 49-3 dont le gouvernement a prévu de se servir si la loi rencontre des difficultés à être adoptée. Le gouvernement l'avait déjà utilisé pour faire passer la loi Macron l'année dernière. Pour les signataires, il faut prendre en compte l'avis des députés car ils sont les garants de la démocratie.


Les réactions à gauche

 

Cette tribune est pour certains une faute politique ou témoigne pour d'autres de la rupture de la gauche. Parmi les personnalités politiques de gauche, elle a suscité de nombreuses réactions. Pour Jack Lang cette tribune est « un coup de poignard » contre l’exécutif. Pour Manuel Valls cette tribune ne contient pas « le début d'une proposition » pour faire avancer les choses en France. D'autres membres du gouvernement comme Jean Marie Le Guen ont vivement critiqué Martine Aubry après cette tribune. Ce dernier a déclaré sur BFM TV que « Martine Aubry n'a pas complètement assimilé la défaite des primaires il y a 4 ans » et pour lui « la manière dont elle s'engage n'est pas profitable à la gauche ».

 

Cette tribune témoigne du divorce consumé entre le gouvernement et le reste de la gauche et donne du plomb dans l'aile à la volonté d'une gauche unie en vue de l'élection présidentielle de 2017 face à une droite qui selon toute vraisemblance le sera derrière le vainqueur des primaires des Républicains et un Front National rassemblé derrière Marine Le Pen.