Macron : la carte jeune a la côte mais doit déjà se réinventer

Sans surprise aucune, Emmanuel Macron a présenté sa candidature mercredi dernier, dans un atelier des métiers de Bobigny, en Seine-Saint-Denis (93). Devant un parterre de marcheurs suspendu à ses paroles, l’ex-ministre de l’économie a exposé les grandes lignes de son programme, désormais bien connu, sans en dire plus sur le fond.
 

Il y a quelques semaines, nous vous disions qu’Emmanuel Macron devait accélérer sensiblement son processus de campagne. Il a visiblement eu la même idée, donnant l’impression qu’il n’en pouvait plus d’attendre. De courant janvier, la date de l’annonce de sa candidature est passée à « avant Noël », puis le « 13 décembre » et, finalement, c’est dès la mi-novembre que l’ancien ministre de Manuel Valls a choisi de passer la vitesse supérieure. Le timing est bien évidemment orchestré, Macron annonçant sa candidature deux jours avant le débat des Républicains, lui qui se pose comme l’alternative au choix par défaut de la politique traditionnelle.


Macron, fossoyeur de la gauche en 2017 ?
 

Les Marcheurs du mouvement macroniste aimeraient bien représenter une nouvelle épine dans le pied du PS et de LR. Si à droite, on craint qu’il dissuade un certain nombre d’indécis de voter dès dimanche, c’est bien à gauche que cette nouvelle pourrait faire de gros dégâts.

Les premiers sondages indiquent que Macron marche directement sur les plates-bandes de François Hollande et de Manuel Valls, les deux hommes forts du quinquennat qui n’avaient clairement pas besoin de cette nouvelle concurrence, venant éparpiller encore un peu plus les voix des électeurs de gauche pour le printemps prochain. Ainsi, François Hollande passe en-dessous des 10% au premier tour s’il devait gagner la primaire, hypothèse certes hautement improbable en cette mi-novembre. Lee PS avait encore ne serait-ce qu’un espoir de passer au second tour ? Il est aujourd’hui réduit à néant.
 

Quelle campagne jusqu’au printemps ?
 

Si les meetings d’En Marche ! ressemblaient déjà beaucoup à une campagne présidentielle, un nouveau virage va devoir être pris pour Macron et son équipe. L’ancien banquier est crédité de près de 16% d’intentions de vote au premier tour, essentiellement dus à sa jeunesse, sa belle gueule et sa volonté de changement dans un espace politique atone. Désormais, il est temps de convertir une base d’électeurs plus large, pour éventuellement penser sérieusement au deuxième tour. Pour cela, il va évidemment lui falloir un programme plus solide, basé sur des actions concrètes et non pas de simples velléités sociales-libérales pour relancer l’économie du pays. Macron a cinq mois pour l’établir, l’exposer et, éventuellement, devenir un sérieux outsider dans une Présidentielle qui s’annonce indécise comme rarement.

Théophile Pedrola
(Crédits photo : Patrick Kovarik / AFP)