Marine Le Pen à l'épreuve de la politique extérieure au Canada

En déplacement d’une semaine au Québec, la présidente du Front National Marine Le Pen a essuyé camouflet sur camouflet, témoignant de la difficulté de l'extrême-droite à exporter ses idées politiques à l'étranger.
 

Un accueil politique glacial
 

Particulièrement discrète dans le paysage médiatique depuis quelques mois, Marine Le Pen souhaitait capitaliser sur sa popularité grandissante en France pour aller tester sa nouvelle force de puissance politique tricolore à l’étranger. Pour cela, un déplacement d’une semaine au Québec, territoire où les expatriés ont voté à 6% en sa faveur en 2012, contre plus de 17% en France. Un territoire loin d’être acquis donc. Seulement, son objectif n’était pas seulement de séduire ce faible électorat (80 000 français sur tout le territoire canadien) mais aussi et surtout de parler aux politiques de cette puissance mondiale, membre du G8.
Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’accueil a été très froid. Boudée par le gouvernement canadien qui n’a pas accepté de la rencontrer, Marine Le Pen s’est également heurtée aux refus successifs de la Coalition avenir Québec, de centre-droit puis du Parti québécois, parti souverainiste qui s’est dit « aux antipodes du FN dans sa doctrine et ses propositions ». Seul un parti politique, de gauche, le Québec solidaire, a proposé une entrevue, par simple « humanisme » selon ses dirigeants. 
C’est un véritable échec pour Mme. Le Pen, qui gardait déjà un bien mauvais souvenir de sa dernière escapade outre-Manche, à New York, ponctuée de son fameux « Je ne parle pas anglais moi, je suis française ! »


 

Des moqueries des médias
 

Vexée, Mme Le Pen s’en est alors vertement pris à la politique extérieure du Canada, notamment à cause des 25 000 réfugiés syriens accueillis par le pays de Justin Trudeau. Elle a ainsi estimé au micro de la radio nationale Radio Canada : « Le pays des Bisounours dans lequel semble vivre une partie de la classe politique canadienne facilite la vie des gens qui professent et recrutent » pour les filières djihadistes. Pour elle, la politique canadienne est « pleine de bons sentiments, très dans le consensus, où personne n’ose dire la vérité »
Une sortie médiatique très peu appréciée dans le pays. De nombreux journaux se sont fait un malin plaisir de tourner au ridicule la présidente du FN, notamment dans un éditorial acidulé signé de La Presse intitulé : « Jeanne d’Arc chez les Bisounours » la décrivant pleine d’amertume et d’agressivité.

 


Poussée en-dehors de ses hôtels
 

Semblant faire l’unanimité contre elle, Mme Le Pen s’est même faite renvoyer des hôtels qu’elle avait réservé pour rencontrer des journalistes. En effet, les établissements ont eu peur qu’elle provoque des émeutes, en raison d’un précédent point presse perturbé par un groupe chantant l’air bien connu de « La jeunesse emmerde le Front National »

 

 

Un aveu d’échec en-dehors de la métropole
 

Si cet épisode ne va pas améliorer ses relations avec le Canada, il avait pour but de la roder à un électorat différent de celui de la France métropolitaine. En effet, après le Québec, elle doit se rendre premièrement à Saint-Pierre-et-Miquelon pour entamer une tournée des collectivités d’outre-mer. Le FN récolte en effet de bons scores sur les îles françaises même si ni Mme Le Pen, ni son père ne s’y sont jamais rendu. C’est donc un exercice nouveau auquel se livre MLP qui semble, malgré la déconvenue canadienne, bien lancée dans sa campagne pour la Présidentielle 2017. 

(Wikimedia Commons)